: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: mars 2014

samedi 29 mars 2014

Chateaubriand, Haute-Bretagne, croix de saint Michel-Belenos...et autres sites sacrés (III) Champ Dolent, Mont-Dol, fontaine saint Samson, Cathédrale de Dol de Bretagne, Brocéliande et...Jésus-Christ


                                                                   
Géographie mégalithique, croix de Belenos-st Michel, le pays de Dol et le légendaire arthurien : forêt Brocéliande selon une antique localisation...


Menhir du Champ-Dolent 

Site, situation, caractéristiques de l'objet, légendes locales. 
Annotations de l'auteur du présent blogue sur document numérisé de Paul Bézier, 1883.

Ces récits semblent avoir été assez bien connus localement, autrefois, autrement dit jusqu'à la période d'après-guerre et avant les bouleversements socio-spatiaux liés à l'exode rural post-1945 (fin de l'"autochtonie" et "mort du paysan") puis l'exode urbain post-1975 (périurbanisation et arrivée des néo-ruraux ou rurbains).

                                         
                                      
Annotations de l'auteur du présent blogue

Une pancarte naïve, destinée aux enfants (?) à proximité du site évoque le légendaire local. Par contre, aucune indication historique de quelque ordre que ce soit n'est portée à la connaissance du visiteur.




Fontaine Saint-Samson
Inscription : "Fontaine/ saint Samson, évêque fondateur de Dol au VIe s. Il vint en ce lieu en 548"






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Cathédrale de Dol, siège de l'antique évêché de Dol de Bretagne dont la fondation "mythique" est attribuée à saint Samson (Fin Ve s.-565) venu du Pays de Galles. La Bretagne comptait 9 évêchés confondus avec les pays historiques (à différencier avec les pays traditionnels). Le diocèse de Dol disparaît en 1801.
C'est de la Vita prima sancti Samsonis, document fondamental de l'historiographie bretonne datant du Haut Moyen Âge que nous parvient l'essentiel des connaissances concernant  la vie du saint abbé-évêque, personnage central du christianisme breton, mais aussi de précieuses informations sur l'émigration bretonne et la Domnonée. Le document, datant vraisemblablement au VIIe s, a ceci de particulier qu'il fut rédigé par un cousin du saint c'est-à-dire un proche de l'évêque. Chose rare qui permet de considérer les informations présentes dans le document comme fiables au-delà des "ornementations fabuleuses" mythico-légendaires présentes dans le récit. Deux autres"Vie de saint Samson" ont été rédigées tardivement. De nombreux  commentaires d'historiens ayant travaillé sur le sujet sont accessibles au profane. On voudra bien s'y reporter.

Présence et représentations de la Domnonée et de la Cornouaille de part et d’autre de la Manche. D’après les Vies de saints et les listes généalogiques médiévales. Bernard Merdrignac http://abpo.revues.org/1842

Sur G. Scholar :





Nef de la cathédrale


Autel de saint Samson


Quels liens entre les sites pagano-chrétiens du Mont-Saint-Michel, du Mont-Dol, de la cathédrale de Dol, de la fontaine de saint Samson et du menhir du Champ-Dolent ? Le Mont-Dol, la cathédrale de Dol forme une droite qui croise une autre ligne partant du Mt-St-Michel   . Ces deux lignes se croisent au lieu de la fontaine sacrée de St-Samson située à Carfantin (Kerfeunten soit le "village de la fontaine" en breton)  au sud-est de Dol. Entre outre, la cathédrale de Dol a été construite sur une autre source sacrée...Le Menhir du Champ Dolent, quant à lui, localisé à proximité de la fontaine Saint-Samson ne rentrerait pas dans un quelconque alignement inclus dans un complexe géométrique sacré. De plus, les hypothèses prétendant expliquer la raison de la présence de cette pierre dressée extraite du massif granitique de Bonnemain et transportée sur plusieurs kilomètres ne sont guère satisfaisantes...A voir...

Voir : Géographie des granites de la péninsule bretonne



La ligne Mont-Dol/Mt-St-Michel forme avec le parallèle du Mont-Dol un angle de 17°.  Lever du Soleil le 1er mai : Beltan, le "feu de Bel" (Belenos...)


Ajoutons  que la fontaine de Saint-Samson est parfois considérée comme la fontaine aux orages, celle du récit de Chrétien de Troyes  "Yvain, le Chevalier au Lion", XIIe s. (voir aussi "Le Roman du Rou" de Robert Wace situant Brocéliande en Armorique et à promixité de la mer selon "Owein ou le conte de la Dame à la Fontaine" écrit vers  1200-1225). L'étymologie de Barenton (la fameuse fontaine de Brocéliande) nous parle peut-être en faveur d'une fontaine non pas située dans la Brocéliande actuelle (forêt de Paimpont) mais plus à l'est. Barenton serait la contraction de Belenos-Nemeton, soit le dieu gaulois associé à la clairière sacrée des druides. Or, la fontaine de Saint-Samson est proche de la colline sacrée du Mont-Dol un des points de l'écorce terrestre formant la croix de Belenos. La fontaine et le Mont pourraient être intégrés à un  système géographico-religieux consacré à Belenos. La fontaine de Barenton  qui est, rappelons-le, au centre du croisement de deux alignements de lieux de cultes pagano-chrétiens serait donc la fontaine Saint-Samson. Cet ensemble interroge l'auteur des "Curiosités du Mont-Dol" en 1947 : "Qui nous dira pourquoi le Mont-Saint-Michel, le menhir de la Roche Longue, en Saint-Marcan, la Pierre du Champ-Dolent [NDA : ou la fontaine Saint-Samson], le menhir de la Pierre du Domaine en Plerguer, et le dolmen de la Maison des Feins sont sur la même ligne droite ?" Mais quid de la croix de Saint-Michel/Belenos ? Y a-t-il un ou plusieurs systèmes répondant à une organisation (politico-)religieuse particulière ?

 Continuons. La cathédrale de Dol serait la cathédrale du Graal selon Fulcanelli. Le Graal aurait, en effet, été apporté  de Jérusalem au VIe s. par saint Budoc, troisième évêque de Dol de Bretagne (voir "La chronique de Dol de Baudry de Bourgueil) .
La littérature du cycle arthurien décrirait l'ensemble de ces lieux et la forêt de Brocéliande serait localisée selon une hypothèse ancienne reprise par Chateaubriand (cf. : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/03/chateaubriand-haute-bretagne-croix-de.html) et réhabilitée récemment, au nord de l'Ille et Vilaine actuelle. Il y a d'autres hypothèses concernant cette localisation, il est inutile de les évoquer ici.

On voit ainsi apparaître progressivement plus encore qu'une géographie du sacré, une géo-sophie (Terre et Sage), une sagesse de la terre, des lieux mythiques narrés par les chroniqueurs médiévaux et redecouverts par les recherches scientifiques récentes. C'est en Bretagne que  sont localisés parmi les sites sacrés  les plus anciens d'Europe encore préservés, ayant successivement servi aux hommes présents sur cette terre bretonne au fil de l'évolution des choses spirituelles. C'est, en effet, ici en Bretagne armoricaine que nous trouvons le plus grand nombre de sites sacrés mégalithiques. C'est sur cette terre correspondant à l'arrière-pays du Mont-Saint-Michel que le Légendaire athurien EST HISTOIRE.
Mais c'est aussi ici que la croix de Belenos-St Michel signe la terre bretonne qui a vu naître selon une légende (?) locale la grand-mère du Christ, Anne. Ce récit faisant de Anne une bretonne semble confirmer par le fait que le Graal fut apporté à Dol en pays de Brocéliande. En effet, quoi de plus logique que de ramener la coupe de sang divin en Bretagne, car c'est ici, selon la "légende d'Anne" que vécurent les ancêtres du Christ et que s'incarna la grand-mère de l'homme-dieu Jésus-Christ avant de partir pour la Palestine pour accoucher de Marie, puis revenir en Bretagne à la fin de sa vie.  Jésus-Christ viendra rendre visite à sa grand-mère Anne rentrée en Bretagne. En définitive, la Bretagne est sans doute un des plus hauts lieux du christianisme, une terre sanctifiée par la présence du dieu vivant. Plus prosaïquement, la Bretagne est le territoire de ce christianisme celtique imprégné d'un vieux fond paien unique au au monde.

Le symbole de st Michel et de Belenos qui épouse la forme de la croix du nazaréen est le signe que le Christ-Dieu fait homme a ses  racines ici en Bretagne.  Cette croix  a traversé des siècles et des siècles jusqu'à nous. Ainsi, malgré les "profanations" récentes, le sacré (dialectique sacré-saint, païen-chrétien mais aussi dialectique de l'hiérophanie sacré/saint-profane) est-il présent à travers ces différents lieux mille fois modifiés pour satisfaire à chaque nouvelle mutation spirituelle et religieuse voulue par les hommes et guidés par les dieux  puis le Dieu unique et son Archange Michel.

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à suivre : carte qui nous permet de localiser ces sites sacrés. Certains forment une partie de la croix de Michel-Belenos.
On évoquera, également, le Mont-Garrot à proximité du Mont-Dol.  Le Mont Garrot près de Saint-Suliac (Ille et Vilaine), lui aussi tombe de Gargantua comme le Mont-St-Michel (la "dent de Gargantua" du Mont-Garrot est un menhir) et sur lequel saint Suliac, un Gallois (cf. émigration bretonne) mais qui n'est pas un des 7 saints fondateurs de Bretagne contrairement à saint Samson, combattit un dragon. Le Mont-Garrot est rarement sinon jamais mentionné à notre connaissance dans les différents écrits spéculatifs concernant les théories faisant du nord de l'Ille et Vilaine (l'arrière pays du Mont consacré à Michel-Belenos) un complexe mégalithico-pagano-chrétien lié à un système zodiaco-géométrique sacré. En outre, le Mont-Garrot semble avoir été un site mégalithique exceptionnel dans cette zone nord-est de l'Armorique (3 menhirs et 3 dolmens dont 1 allée couverte). L'occupation du site est, cependant antérieure au néolithique et  remonte au LXXe millénaire avant J-C, c'est-à-dire à la fin du paléolithique moyen.

A voir donc, les liens entre le Mont-Dol, Dol-de-Bretagne, la fontaine et le Mont-Saint-Michel...Plus généralement, entre l'ensemble des sites mégalithiques-paléochrétiens, chrétiens, lieux de combats mythiques (ou légendaires, cela dépend pour qui...) entre un saint et/ou l'archange Michel et Satan...et les liens éventuels (jamais démontrés) entre l'ensemble de ces sites et le Mont-Garrot...



Photographies :  J-M Lemonnier


ARTICLES LIES :

lundi 17 mars 2014

Quelques mots sur l'histoire de la Roumanie durant la seconde guerre mondiale : tragédies et lâchetés diverses


"La Roumanie a une contribution insigne à la fin de la guerre" (Radio New-York, 18 septembre 1944)

Le passage de la Roumanie dans le camp des alliés "a produit un renversement du front extrêmement dangereux qui ménerait non seulement à la perte de La Roumanie mais aussi à celle de la Bulgarie, de la Yougoslavie et de la Grèce, mettant en danger toute l'armée allemande des Balkans" d'après Keitel et Guderian, maréchaux allemands dans un rapport envoyé à Hitler

Et pourtant...

Malgré ce fait historique décisif évident, la Roumanie n'a pas été "récompensée" par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale. En réalité, elle aura été constamment manipulée par les grandes puissances de la fin des années 30 jusqu'à l'invasion soviétique à la fin de la guerre. 

Carol II et sa camarilla laisseront faire les nazis et les soviétiques qui dépècent la Roumanie en 1940. Hitler impose le diktat de Vienne et oblige la Roumanie à revoir ses frontières de 1918-1920 (Union et Traité de Trianon) également avec la Bulgarie et la Hongrie. La Roumanie est parfaitement isolée après la défaite française de 1940, totalement impuissante face aux visées irrédentistes de ses voisins. 

Le Roi Carol II finit par laisser sa place (il ne prononcera jamais le mot abdication) à son fils Michel Ier sur ordre du Maréchal Antonescu (1), héros de la première guerre (le "Pétain roumain") qui crée l'Etat national-légionnaire en formant une coalition éphémère avec la Garde de Fer (2) ou mouvement légionnaire du défunt Codreanu assassiné en 1938 sous le règne de... Carol II. Hitler fait miroiter à Antonescu -qui n'adhère pas au nazisme rappelons-le-  la récupération des territoires perdus et lui laisse administrer la Transnistrie (pas d'annexion roumaine).

Guerre sainte contre le bolchévisme, timbre roumain de 1941
Or donc, du pacte Molotov-Ribbentrop à l'accord Churchill-Staline en 1944, le bilan est catastrophique sur plusieurs points. La Grande Roumanie (2) (la Roumanie intégre ou complète) disparaît, laissant la place à une Roumanie amputée de la Bessarabie et de la Bucovine, soit une perte territoriale d'environ 58000 km2.  
La coût humain de la guerre est monstrueux : presque 800000 morts. L' économie du pays est ruinée, ses ressources naturelles dévastées et, cette Roumanie qui rejoint pourtant le camp allié à la fin de la guerre est dans  l'obligation d'entretenir l'armée d'occupation soviétique et de payer des réparations aux vainqueurs. De plus, l'URRS se servira de la chair des soldats roumains en les envoyant au front exposés en première ligne contre les Allemands après 1944. Et encore, la Roumanie devra fournir 100000 ouvriers à l'URSS, des Saxons ou des Souabes, i.e. principalement la minorité allemande de Roumanie/Transylvanie. Ils seront déportés en Sibérie qui sera un tombeau pour beaucoup...

Et ce, malgré les tentatives du roi Michel Ier (Roi "sous tutelle" de 1927 à 1930 puis en septembre 1940 alors qu'il n'a que 19 ans) d'apaiser les souffrances de son peuple en engageant des négociations avec  les Alliés pour obtenir une capitulation "exclusive" face aux Anglo-étasuniens et en déclarant la guerre aux puissances de l'axe le 23 août 1944 (cf. infra Dialogue entre Antonescu et le Roi) une fois Antonescu destitué. En vain, la Roumanie est aux mains des Soviétiques en 1944. La "Grande Roumanie", tellement prometteuse sur le plan culturel notamment (voir la période l'entre-deux-guerres) et promise à devenir une puissance européenne importante devra subir une soviétisation-satellisation forcée...au moins jusqu'au règne du francophile Ceausescu qui tentera de réhabiliter des figures importantes de la scène culturelle roumaine et mondiale  et faire "rentrer au pays" certaines d'entre elles (en vain...)...Enfin, faut-il rappeler que le P.C.R. accueillit en son sein de nombreux fascistes roumains après accords passés avec Ana Pauker ministre communiste juive orthodoxe ? Une Ana Pauker accusée ensuite de "déviance dextriste" (!) et "excommuniée" lors du tournant antisémite des partis staliniens au début des années 1950. 



(1) En "Occident", le conducator est, la plupart du temps, perçu comme un fasciste, antisémite virulent. En Roumanie, le regard porté sur ce personnage diverge sensiblement de cette vision...La preuve avec cettte série d'articles  récents publiés dans une revue roumaine d'histoire... Lien vers : Ion Antonescu, fut-il un héros ? Impensable que des historiens français puissent, simplement, poser la même question au sujet de Philippe Pétain...
(2) Le programme politique et disons la "vision du monde" des membres de la Légion de l'archange saint Michel de Codreanu n'avait, in fine, que peu à voir avec le gouvernement de soudards de Ion Antonescu qui ne fut à tout dire  qu'un opportuniste 
(3) Le Traité de Trianon en 1920 officialise l'Union de tous les pays roumains. Le géographe français Emmanuel de Martonne sera chargé du traçage des frontières du Royaume

vendredi 14 mars 2014

Marxisme-léninisme, marxisme clouscardien, socialisme anti-progressisme : filiations et ruptures radicales


Quelques notes inspirées, après être tombé sur un "nid de buses progressistes-productivistes" (1) niant l'existence des "classes moyennes" et focalisé sur le clivage classe ouvrière/bourgeoisie (et donc incompréhension de l'idée du travailleur collectif, ensemble organique réunissant le manuel et l'intellectuel). Il va sans dire que ce discours méprisant le "réel actuel" relève du crétinisme marxiste-léniniste dogmatique et poussiéreux (2). Les analyses de Clouscard -que ces idéologues ignorent royalement- ont bien montré l'existence de cette classe moyenne, certes hétérogène (il faut donc parler de classemoyennes, de couches moyennes), aujourd'hui hégémonique, clientèle du "marché du désir" selon la formule chère à l'auteur et qui, de par sa toute puissance, a entraîné un nouveau clivage centré sur la division production/consommation depuis des décennies (à partir de la date symbolique de 1968).  Clouscard est, certes, un progressiste-productiviste et de ce point de vue là, il reste fidèle au "marxisme prométhéen" (pléonasme?), mais tout son mérite est d'avoir montré que d'une part, le projet marxiste est compatible avec la démocratie et d'autre part d'avoir démontré qu'un certain nombre de positions sectaires lénino-staliniennes n'ont plus à rien à faire dans les mouvements politiques qui se réclament de Marx. 

Cependant, on a AUSSI le droit de douter d'un certain nombre de ses positions. A titre d'exemple significatif, les raisons avancées par Clouscard expliquant les raisons pour lesquelles on dégraisse dans les entreprises et on délocalise ne sont pas validées par les évolutions des politiques économiques actuelles. Ainsi, on ne délocalise pas, de plus en plus pour des raisons de destruction de l'environnement dues aux productions industrielles et la pollution générée par celles-ci (disons qu'elles peuvent constituer une excuse et il est vrai que le discours "écologiste" émerge politiquement et médiatiquement en pleine crise du capitalisme dans les années 60, l'idéologie 68arde viendra à son secours avec son discours "idéaliste" et "libérateur") mais bien plutôt et toujours exclusivement pour des raisons de coût de la main-d'oeuvre. Inutile de dire que Clouscard fustigeait tous les mouvements décroissantistes (qu'on ne confondra pas, comme prennent plaisir à le faire les économistes libéraux, keynésiens et les pseudo-écolos "durables" de gouvernements, avec l'absence de croissance actuelle ou la récession) et est resté sur cette ligne dure productiviste... Si l'industrialisation et la machine (sanctifiéés par les marxistes et les capitalistes) (3) ont permis à l'homme de le mettre à l'abri de la pénurie (c'est loin d'être vrai partout, cf. l'ex-bloc communiste), on peut douter que celles-ci continuent très longtemps à assurer cette "protection". Comment croire, aujourd'hui, à la croissance d'une production industrielle illimitée (pour produire quoi, d'ailleurs?) dans un monde aux ressources naturelles limitées, à une croissance infinie dans un monde fini ? Il reste que Clouscard est assurément un des rares penseurs marxistes qui nous soit contemporain à avoir produit une somme d'analyses parfaitement géniales et fulgurantes concernant la nature du néo-capitalisme dont l'origine est à rechercher dans l'imposition du  le Plan Marshall  et qui s'affirme de manière autoritaire  et sans fard par mutation dans la contre-révolution capitaliste de Mai 68. Nous connaissons la suite...

Il faut alors, à l'évidence, porter une attention particulière aux propos de Michéa qui défend le socialisme sans le "progrès" et qui remet à leur place les "progressistes" (sociaux-démocrates ou (néo-)marxistes révolutionnaires) en leur "demandant" de faire preuve de plus d'humilité, les considérant comme dogmatiques et figés, croyants fanatiques dans le "culte du progrès" et du demain sera toujours meilleur qu'aujourd'hui et des lendemains qui chantent... En effet, à l'épreuve de l'histoire, cette "religion du progrès" est loin d'avoir fait montre d'une réelle pertinence. Et là, il faut considérer avec intérêt les thèses des décroissants anti-productivistes qui ont, forcément, aussi à voir avec cette "décence commune" (cf. paragraphe 4). Autant dire que la figure du "producteur" au sens marxiste ne fait l'objet d'aucun culte parmi les décroissants. En tout cas, le  "producteur" pour les décroissants n'est pas de même nature que celui des progressistes. Certains hurlent à la réaction, au poujadisme à la lecture des thèses décroissantistes, pourtant Poujade le défenseur du petit commerçant parasitaire qui accumule du capital sans produire est bien loin de l'idéal prôné  par ceux qui refusent la croissance illimitée (et la croissance du capital, fait en effet partie de ces "croissances non désirables ou désirées"). Il y a beaucoup à dire à ce sujet...

Par ailleurs, les progressistes ont toujours fait comme si l'être humain était dénué de toute âme, de tout désir de transcendance ou d'attachements à des lieux, à des personnes à des traditions, des valeurs et on sait à quel point Marx, par exemple, méprisait ces paysans dont les "comportements conservateurs"  ne pouvaient s'expliquer que par l'abrutissement propre à une existence campagnarde. Finalement, sur ce point le discours libéral de droite ou de gauche est le même. que celui de Marx et de nombre de marxistes. Ces progressistes n'ont d'ailleurs toujours pas saisi que ce petit peuple (4) méprise et méprisait ces adorateurs du progrès du fait de leurs discours ethnocidaires. Il faut, ici, rappeler le rejet des thèses des révolutionnaires français chez une large part des paysans de l'ouest de la France...ou de celles des communistes est-européens par les petits paysans des Balkans ou des Carpates... 

Enfin, on dira que le militantisme à gauche (voire le militantisme tout court) a toujours séduit ceux que la "vie intérieure" terrifie...

Lisons donc Michéa, et ce passage tiré de son dernier livre qui illustre et synthétise fort bien sa pensée :
"S'il y a une chose qui devrait être universellement claire -après un siècle d'errements et d'échecs du mouvement révolutionnaire- c'est que le monde ne pourra véritablement changer en bien (et aucun "sens de l'histoire" ni aucune théorie du "progrès" ne peuvent garantir mécaniquement cette issue désirable) que s'il change simultanément par en bas et par en haut, et que si chacun, par conséquent, est disposé, dans sa vie quotidienne à y mettre un peu du sien. Les révolutionnaires "professionnels" qui ne rêvent quant à eux, que de 'saisie jacobine de l'Etat' (Guy Debord) devraient bien plutôt s'interroger sur leur propre rapport personnel à la volonté de puissance et à la common decency (décence ordinaire)" Michéa J-C, Les mystères de la gauche, De l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, Flammarion

Michéa nous dit -sans rejeter Marx, mais les marxistes certainement- l'intérêt qu'il y a à (re-)découvrir les  penseurs du socialisme, du syndicalisme révolutionnaire, de l'anarcho-socialisme, tels Georges Sorel ou Pierrre Joseph Proudhon et en général les socialistes pré-marxistes ou utopiques  en se réfèrant donc, en partie (car l'idée d'un progrès continu présent dans ces doctrines doit être remise en cause, plutôt Fourier que Cabet donc sur ce point) aux théoriciens pronant une révolution socialiste pacifique. Une des idées- forces de ces doctrines est que la création de communautés socialistes  au sein de la société capitaliste permettrait la disparition de cette dernière. Michéa ne considère pas, pour autant que ces "communautés intentionnelles" seraient suffisantes pour "renverser" le système capitaliste. Les expériences menées dans "communautés néo-rurales" et autres les "communautés hippies", par exemple, ont, en effet, largement montré leurs limites et, surtout, leur dimension "petite-bourgeoise" mais aussi "parasitaire" (installation dans la misère rurale grâce à l'exode post-1945). La sortie du capitalisme selon Michéa est donc bien un compromis entre deux "intentions" (cf. supra) et passe obligatoirement par une révolution anthropologique totale.

(1) Finalement, j'y ai retrouvé le discours bien trop fréquent du bon gros beauf bien con et d'autres frustrès (toutes étiquettes politiques confondues, soyons justes) qui méprisent le travail et les professions  intellectuels et... surtout les "humanités" et dans ce cas, avec pour seule "culture" celle du militant de gauche radicale (tout est dit). Et on sait à quel point cette engeance, si prompte à "fasciser" ce qui s'écarte seulement d'un iota de sa ligne idéologique, a toujours eu la mentalité policière... On n'insistera pas sur la dimension "bouffe-curé" du discours de ces personnes. Simplement, l'anticléricalisme (comprendre anti-catholique ; le catholicisme étant à peu  près la seule branche confessionnelle du christianisme dont ils aient entendu parler) en 2014 en France, c'est plus qu'une lutte de retard, cela relève, bien plus, de la pathologie, de la névrose obsessionnelle...disons même de la connerie la plus crasse.

(2) "La vérité est que les innombrables intellectuels anglais [NDA : français conviendrait très bien] qui baisent  le cul de Staline ne sont pas différents de la minorité qui  fait allégeance à Hitler ou Mussolini, ni des spécialistes de l'efficacité qui, dans les années vingt, prêchaient le "punch", le "nerf", la "personnalité" et le "soyez un loup!" Orwell, G.

(3) Quel que soit le mode de production l'abrutissement du travailleur reste le même. Collectivisation = fordisme=toyotisme=technicisme=aliénation. Ajoutons que les pays dits "socialistes" (Europe centrale et orientale + URSS)  n'ont jamais dépassé le stade de la "dictature du prolétariat", en réalité celle du Parti donc d'une clique de profiteurs-parasites

(4) On ne fera pas non plus de ce "petit peuple" une figure christique, lui aussi compte son lot de racistes, de crétins à préjugés et d'irrécupérables prêts à tendre le bras de manière à faire un angle de 45° avec l'horizon devant le premier chef vaguement charismatique qui se présentera à lui. Seulement, Orwell et Michéa considèrent que c'est parmi ce "petit peuple" que l'on trouve le plus fréquemment ces comportements de "décence ordinaire", d'authencité et d'adhésion à ce concept fondamental maussien du "donner, recevoir et rendre"...On sait également que Guy Debord était beaucoup moins optimiste que Michéa quant à la fréquence de l'adhésion de ce "petit peuple" à ces valeurs...

mardi 11 mars 2014

Chateaubriand, Haute-Bretagne, croix de saint Michel-Belenos...et autres sites sacrés (II) Chapelle Saint-Michel et autels tauroboliques du Mont-Dol, Mt-St-Michel...



A considérer la présence de deux autels consacrés aux sacrifices sanglants sur le Mont-Dol (1), le site fut assurément  un haut-lieu pour les cultes païens dans la région. A la religion propre aux hommes de la civilisation mégalithique (2) succéda, certainement, le culte druidique dédié au dieu Taranis (père de Belenos) et sans doute à Belenos lui-même, même si peu d'experts académiques font mention de son nom  (on a, pourtant, suffisamment montré l'équivalence des "qualités" entre le dieu solaire Belenos et l'Archange Michel) a laissé place à celui de Jupiter (Mont-Dol portait l'antique nom de Mont-Jovis, cf. (1)) lors de l'occupation romaine puis à celui de Cybèle réclamant des sacrifices équinoxiaux de taureaux. Mais, peut-être que le culte rendu à Mithra, dieu principal d'une religion proche-orientale importée en Europé par des légionnaires romains aux IIe et IIIe s. fut le seul à succéder à celui de Taranis-Belenos puis Jupiter.  De nombreux éléments du  mithraïsme ont, d'ailleurs, largement imprégné le christianisme.  Ces éléments sont suffisamment connus pour que nous soyons dispensés de les mentionner. En outre, l'analogie entre Mithra,  vainqueur du taureau et saint Michel Archange terrassant le Satan ou le dragon (ou Satan transformé en dragon) est asssez frappante...(la comparaison entre l'existence de Mithra, dieu solaire, né au moment du solstice d'hiver avec celle de Jésus-Christ l'est encore plus). C'est d'ailleurs suite à ce combat mythique, cosmique que fut bâtie l'abbaye du Mont-Saint-Michel. Sur ce dernier, deux menhirs ou un dolmen aujourd'hui, évidemment, disparus attestent d'une présence humaine très ancienne (néolithique, et même palétolithique avant les bâtisseurs de mégalithes, donc ).  Quand au VIIIe s., Aubert, l'évêque d'Avranches est appelé par l'archange pour bâtir un lieu de culte consacré à saint Michel (3), il lui est donné l'ordre d'abattre les pierres païennes, il découvre en même temps un taureau. D'ailleurs, ces pierres du néolithique ont-elles été ensuite consacrées au Dieu Lug, autre Dieu solaire gaulois, équivalent du Mercure romain, tous deux des êtres divins ailés...comme saint Michel ? Ajoutons que Mercure est un dieu médecin comme Taranis...confondu plus tard avec... Jupiter...

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que là où saint Michel passe, les taureaux et les dolmens trépassent...On sait, à quel point le christianisme eut du mal à s'imposer dans les campagnes, bretonnes notamment. Le récit faisant intervenir l'archange venu sur terre combattre le satan (les paganismes) a donc largement servi pour l'évangélisation des peuples attachés aux anciennes croyances. 
Sans doute que les parallèles, en termes de qualités archétypales, faits entre créatures païennes et chrétiennes ont évolué au fil des siècles, selon les besoins et donc selon le dégré d'enracinement des croyances antiques ou d'attachement à tel ou tel dieu chez le bas-peuple. C'est-à-dire qu'à chaque fois que les chrétiens rencontraient une divinité païenne, ils l'incluaient au sein  des légions de saints, d'anges ou de démons et/ou transposaient les attributs de certains de ces dieux dans le  système chrétien de croyances et de valeurs, pour faciliter l'éviction des cultes anciens les plus tenaces. En somme, une ligne à suivre pour enraciner le christianisme dans les campagnes : éliminer la concurrence...païenne...

(1) Il faut sans doute également reconnaître dans Mont-Dol, le mot breton "dol", signifiant table comme dans dolmen (dol et men, table de pierre), le Mont-Dol serait, en acceptant cette filiation étymologique, le "Mont Table". Il faudra revenir sur un certain nombre de toponymes  : Mt-St-Michel/tombelaine->mont tombe/tombe de Belenos (hypothèse étymo. abandonnée rappelons-le), le petit Bé, le grand Bé (îles malouines)->Bé pour Bélénos...Mais aussi, sachons que le nom du  Mont dédié à l'archange portait le nom de Mont Gargan avant le XIIIes. Cette appelation fait évidemment référence au légendaire Gargantua dont la tombe est...sinon le Mt-St-Michel, sur le Mont. Le géant est un être psychopompe (un guide) comme Michel peut l'être en même temps que ce dernier est psychostase. 
Le culte de saint Michel apparaît, d'ailleurs, en Europe au Mont-Gargan (Monte Sant'Angelo) en Italie au Ve siècle. Tous les lieux dédiés à Gargantua semblent avoir été conscacrés ensuite à saint Michel...Sachons aussi que, parfois, Gargantua est confondu avec un dragon...Le même que saint Michel Archange aurait terrassé ?
Ce que nous avons là, c'est au moins, la preuve que certains dieux et personnages des panthéons païens sont susbstituables à d'autres...

(2) Les pays de Bretagne portent le plus riche témoignage de celle-ci. Localement, en Ille et Vilaine : présence de ruines d'un cromlech sur le Mont-Dol, menhir du champ Dolent, allée couverté de Tressé... tel est le décors de l'arrière-pays du Mont-Saint-Michel, dont l'ensemble forme vraisemblablement un complexe religieux très sophistiqué dont la signification oubliée laisse le champ libre à toutes sortes de théories ("système zodiacal", "géométrie mégalithique", etc.). 
Nous concernant, nous nous sommes contentés, pour le moment, de d'écrire que l'ensemble Mt-St-Michel-Tombelaine/Mont-Dol est la partie de la grande croix de St Michel et Belenos orientée selon un axe sud ouest/ nord est.

(3) La ferveur païenne sur le Mont avait vraisemblablement diminué, peut-être disparu depuis deux siècles car saint Etienne était honoré en ce lieu avant la révélation d'Aubert...

à suivre... 

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samedi 8 mars 2014

Chateaubriand, Haute-Bretagne, croix de saint Michel-Belenos...et autres sites sacrés (I)

François-René de Chateaubriand et sa description romantique de ses promenades en ce lieu mythique qu'est le Mont-Dol, au moment où il est pensionnaire au collège de Dol-de-Bretagne.

Chateaubriand évoque ici, un pan de l'histoire des pays du nord de la Haute-Bretagne, méprisée par les Jacobins. L'écrivain situe, par ailleurs, la forêt de Brocéliande sur un territoire s'étendant du nord de l'actuelle Ille et Vilaine  à partir du pays de Saint-Malo jusqu'à  Rennes au sud en passant par Dol et Combourg, et délimitée à l'est par la forêt de Fougères et à l'ouest par un "axe" reliant Dinan à Bécherel (la question de la localisation de la forêt de Brocéliande fait toujours débat). Chateaubriand raconte qu'au XIIe s., cette forêt servit de champ de bataille aux Bretons de Domnonée luttant contre les Francs. La Domnonée est cette zone qui vit débarquer au VIe des Bretons insulaires fuyant les invasions anglo-saxonnes. C'est cet espace qui s'étend du Trégor au pays de Dol, traversant le Goëlo et le Penthièvre, autrement-dit l'essentiel de la côte nord de la Bretagne qui constitua un royaume fondé par le Breton Riwal au VIe s.

(Scans : Mémoires d'outre-tombe (Tome I), 1849, de François-René de Chateaubriand)


A quel autre écrivain faudrait-il faire appel pour trouver plus beau tableau de ces pays du nord-est de Haute-Bretagne ? Ecriture, manifestation d'un inconscient bouillonnant projeté sur le réel, plus qu'une description froide d'un paysage élaborée par un géographe prosaïque, ces pages parlent, en tout cas, certainement bien plus à l'autochtone sensible aux lieux, dont les ancêtres s'installèrent sur ces terres il y a des siècles et des siècles de cela qu'à une personne étrangère aux endroits dépeints...même si cette dernière aura peu de mal à s'immerger dans cette géo-histoire, cette nature bretonne (anthropisée depuis des millénaires mais violentée comme jamais depuis l'après-guerre) et à l'investir étant donné l'inimitable façon, propre à ce génie né à saint-malo en 1768, de (d-)écrire et de nous faire voyager avec lui. 
Enfin, celui pour qui un territoire n'est que le support matériel de son existence n'entendra, évidemment, rien à toutes ces considérations...


Ci-dessous, un extrait de l'ouvrage  de P. Bézier  "Inventaire des monuments historiques du département d'Ille et Vilaine" édité en 1883 dans lequel est mentionné l'antique chapelle dédiée à saint Michel Archange située au sommet de Mont-Dol. Le Mont-Dol (1)est un de ces 
sites remarquables, à l'histoire oubliée, constituant un des points formant la grande croix de saint Michel qui est également la croix de Belenos signant la terre bretonne (Voir notre article du 27/10/2013)




Au sommet du Mont, une pierre attire l'attention du visiteur. Elle a la particularité de porter une marque suffisamment atypique  pour se voir attribuer une origine suprahumaine. "Griffe du Diable", "patte du Diable", "pied du Diable" étant les dénominations les plus fréquentes pour la qualifier. Plus rarement, le stigmate porté par le rocher est attribuée à l'action de l'Archange Michel. 
Dans tous les cas, ce que nous dit l'attention portée à ce rocher et à cette signature, c'est que chaque fois que l'être humain rencontre un "objet" ou un "sujet" remarquable disons singulier, il l'inclut dans un récit mythique pour expliquer sa "venue au monde". Et dès que ce récit perd son caractère acceptable, il devient légende (cf. Infra).
C'est bien le cas ici, au Mont-Dol et de fait au Mont Saint-Michel (l'histoire des deux monts étant liée) avec ce récit mythique narrant le combat entre le chef des milices célestes Michel et Satan qui explique l'état de la pierre. Un combat mythique, c'est-à-dire toujours renouvelé (éternel), toujours d'actualité...pour le croyant en tout cas.
 A travers, ce mythe -tardivement devenu légende face au recul du paganisme et de l'acceptation des croyances chrétiennes parmi le peuple- c'est bien sûr,  la christianisation des monts (voir le récit chrétien de la fondation du Mont St-Michel par l'évêque d'Avranche) et la volonté de diaboliser des croyances païennnes qui nous sont présentées. 


(1) Il y a 7500 ans, à la fin de la dernière glaciation, le Mont-Dol était un île et il y a 30000 ans le Mont-Saint-Michel, très au sud dans les terres par rapport à la mer,  était parfaitement émergé.

à suivre...

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