: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: Christianisme orthodoxe
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samedi 23 septembre 2017

Influence de la théologie augustienne dans l'orthodoxie chrétienne en Transylvanie (exemple des fresques)

Extrait du livre de Jean Boboc, "La grande métamorphose. Éléments pour une théo-anthropologie orthodoxe", 2016. Livre majeur de et pour notre époque pour des raisons sur lesquelles il faudrait très longuement revenir, peut-être ici, un jour...Signalons que ce livre est absolument exceptionnel, novateur, bien loin des contorsions philosophiques-spectaculaires de notre époque et des agitations littéraires bourgeoises stériles de notre époque...
Or donc. Dans ce passage, le père Jean Boboc, prêtre de la Métropole orthodoxe roumaine d'Europe occidentale et méridionale (MOREOM, diocèse du patriarcat roumain), docteur en médecine et en théologie rappelle cette contamination de l’Église orthodoxe par cette théologie catholique romaine (Augustin, Thomas d'Aquin, scolastique) et sa morale de refoulés à travers l'art sacré (qui ne l'est plus vraiment puisque dans ce cas parfaitement opposé à la théologie orthodoxe d'inspiration patristique, seule en mesure de produire un art sacré...).




Fresque d'une entrée (porche) de cimetière "ORTHODOXE" en Transylvanie (village Carpates méridionales). Le thème peint ne se réfère, en aucun cas à la théologie orthodoxe, finalement celles des Pères dits "orientaux" (des théologiens typiquement orthodoxes ont vécu en "Occident" : saint Irénée, Hilaire de Poitiers...). On est très loin du véritable art sacré, celui des icônes, fresques d'églises et monastères authentiquement orthodoxes... 
Aceasta fresca la intrarea într-un cimitir din România (Carpați) marturiseste despre contaminarea crestinismului ortodox român prin teologia romano-catolica si a moralitatii sale perverse. (JML, 2017). 

La théologie aristotelo-augustino-thomiste a largement -et ce durant des siècles- infesté l'Eglise orthodoxe roumaine. Présence de l'Empire austro-hongrois, monarchie allemande "roumaine" du XIXe s., "latinité" et politique de déshéllénisation de l'Eglise orthodoxe roumaine sous A. I. Cuza sont autant de facteurs ayant permis l'introduction des erreurs doctrinales d'un st Augustin ou d'un Thomas d'Aquin.
En ce qui concerna la période récente, c'est par transfert de milliers de clercs (prêtres, évêques) et de fidèles issus des Églises uniates greco-catholiques (interdites durant la période communiste) vers l’Église orthodoxe roumaine qu'une contamination massive s'est produite...

mercredi 31 mai 2017

Ascension - 25 mai 2017 et période des 9 jours



 "Christ s'est élevé !" - "En vérité, il s'est élevé !"



La traversée des 9 cercles angéliques par le Christ entre l'Ascension et la Pentecôte jusqu'au Trône de son Père, 40 jours après sa Résurrection. Temps de l'année liturgique très important puisqu’il réactualise, ici et maintenant, l'action du Christ qui élève notre nature humaine ressuscitée -sauvée- et déifiée (ce que les catholiques romains n'entendent pas) au-dessus des 9 cercles angéliques, pour l’offrir à Son Père. Le 10e jour, ce sera la fin de l'Ascension du Christ et la Pentecôte. Ces 9 jours sont aussi une demande de l'humanité à Dieu de réaliser ce que Jésus-Christ avait promis sur Terre : la descente de l'Esprit saint...

Pour que ce dernier fasse de nous des "semblables au Christ", pour que nous soyons Dieu à notre tour, comme Lui s'est fait homme. Tout cela dans une synergie entre la volonté du père et notre propre liberté.

Nous sommes toujours en plein dans ce mécanisme de la Rédemption qui commence avec cet acte d'humiliation, de suprême humilité qu'est l'Incarnation de Dieu dans la chair.

lundi 13 mars 2017

Le 13/03/2017, dimanche de Grégoire Palamas

Hier le 13/03/2017, dimanche de Grégoire Palamas. C'est l'occasion de faire connaissance - pour ceux qui ne soupçonnaient pas son existence - avec l’œuvre de ce (très grand) père de l’Église. 
Ici un exposé de Jean-Claude Larchet, éminent théologien orthodoxe français, sur la théologie des énergies divines de Grégoire Palamas, inconnue de la grande majorité des fidèles catholiques, et méprisée par bon nombre de théologiens catholiques "latins". 
Les écrits de saint Grégoire Palamas sont vraiment indispensables pour le chrétien, notamment ceux concernant donc les "énergies divines" et la "déification  de l'homme" (Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu), un enseignement-fondement de la foi chrétienne totalement ignoré par...les catholiques romains !...C'est dire le fossé qui sépare la théologie orthodoxe authentiquement chrétienne de la théologie catholique païenne et matérialiste aristotelo-thomiste...




mardi 8 novembre 2016

La nature eschatologique de la guerre pour l'Eurasie 1- Attente eschatologique et messianisme dans le monde orthodoxe (PARTIE II)




Rappelons que Mircea Eliade à l'instar de Carl Schmitt a montré que les grandes idéologies politiques, les idées-forces, concepts politiques ont des origines théologiques, disons religieuses. On peut citer deux grandes idéologies politiques illustrant cet état de fait : le marxisme et le nazisme. Dans le premier cas, il s'agit d'une reprise d'un "des grands mythes eschatologiques du monde asiano-méditerranéen, à savoir : le rôle rédempteur du juste (le prolétariat), dont les souffrances sont appelées à changer le statut ontologique du monde" (Eliade, M., 1969 : p. 175). En affirmant le "rôle prophétique et la fonction sotériologique (reconnu) au prolétariat" (Idem) et une lutte entre le Bien (la classe productive exploitée) et le Mal (la Bourgeoisie exploitante et parasite) qui verra le triomphe du premier, la structure mythique du marxisme apparaît. Le mythe de l'âge d'or, d'un monde purifié au sein duquel seuls les élus (les prolétaires) survivront à la Fin des temps (une fois la société communiste établie) est similaire à celui du judaïsme et du christianisme. Les ressemblances entre le marxisme et le mythe judéo-chrétien d'une fin absolue où triomphe le Bien sont plus qu'évidentes. Ce mythe judéo-chrétien situe cependant cet âge de béatitude après la destruction de ce monde là, contrairement aux religions cosmiques pour lesquelles l'âge d'or se situe aux commencements, aux origines, in illo tempore...Dans le cas du nazisme, cette fonction sotériologique est attribuée aux membres de la supposée "race aryenne". Celle-ci doit combattre un autre Mal (les juifs) qui une fois éliminé verra le triomphe d'une race de surhommes ; le terme de surhomme n'ayant, dans ce contexte, évidemment rien de nietzschéen. Il est inutile d'insister plus longtemps sur ces analogies concernant la constitution de ces idéologies politiques, qui ont marqué le vingtième siècle, avec la structure mythique des religions. Nous dirons, simplement, que le libéralisme relève aussi d'une structure mythique. Cet ensemble regroupant la figure de l'individu rationnel,  le Marché et sa "Main invisible", le "doux commerce", censés mettre un terme à tous les conflits et instaurant un monde pacifié tient également du messianisme et de l'eschatologie. Hors ces mythes politiques, d'autres comportements de l'homme moderne qui prétend assumer la désacralisation du monde dans lequel il vit appartiennent également au domaine du religieux. Que l'on pense à la contre-culture hippie et à ses codes, à la sexualité libre, à la psychanalyse...Toutes ces modes et pratiques, scientifiques ou non, militent en faveur d'une nostalgie des origines, d'une volonté de régresser à un état initial (rites orgiaques, plongée dans les profondeurs de l'inconscient...), pour accéder un mode d'être au monde débarrassé des conflits, des séparations, autrement dit de retrouver une unicité originaire. Mircea Eliade développe longuement ces idées à travers son œuvre scientifique ou littéraire, on voudra bien s'y reporter.

Selon Nicolas Berdiaev, cette conscience messianique propre aux Russes est héritée du monde juif. "L’idée messianique a été apportée au monde par l’ancien peuple hébreu, le peuple élu de Dieu, parmi lequel devait naître le Messie. Et aucun autre messianisme n’existe que le messianisme hébreu. Messianisme qui a trouvé sa justification dans l’apparition du Christ... La conscience messianique à l’intérieur du monde chrétien est toujours une rejudaïsation du christianisme, un retour à la vieille identification judaïque du religieux universel avec le national. Dans la vieille prétention que la Russie fût la troisième Rome, il y avait des éléments indiscutables de judaïsme transposés sur le terrain chrétien... Partie de l’idée de la troisième Rome, la conscience russe messianique traversa tout le XIXe siècle, et s’épanouit chez les grands penseurs et les grands écrivains russes" (Berdiaev, 1946, opus cité :  p. 225-226). Berdiaev, dans ses élans prophétiques, annonçait l'avènement d'une nouvelle ère qui verrait la victoire de l'esprit sur ce rationalisme occidental qui dessèche l'âme, après un combat entre les forces christiques et celles des ténèbres sataniques duquel sortiraient vainqueur les premières pour établir une société guidée par une chevalerie d'un genre nouveau. Mais Berdiaev est loin d'être le seul russe à avoir montré la nature profondément anarchiste autant que mystique (ces deux éléments se retrouvant en des proportions variées d'une personne à l'autre) de l'homme russe-eurasiatique et son penchant naturel pour les sciences occultes. Léon Tolstoï et son christianisme "individualiste" anti-écclésiastique qui se rapproche d'une certaine forme de bouddhisme,  penchait pour un mysticisme panthéiste (le Grand Tout, l'Absolu, le Brahman), Fiodor Dostoïevski et son mysticisme plus ascétique mais également Raspoutine comptent parmi les plus célèbres mystiques russes. Tolstoï et Dostoïevski sont vus par Dimitri Merejkovski écrivain - ami de Berdiaev - qui pensait pouvoir concilier la religion et la révolution socialiste, comme deux types de Russes particuliers à partir desquels pouvaient naître une nouvelle consciences religieuse. Helena Blavatsky est une autre grande mystique russe, fondatrice de la Société Théosophique (1875). Elle a laissé une œuvre magistrale relative aux traditions occultes de l'Orient et de celles de l'Occident dans l'objectif d'opérer une synthèse à vocation universelle. Le mysticisme de Blavatsky a une dimension géopolitique qui prévoit la création d'une puissance eurasiatique en mesure de contenir l'expansion impérialiste britannique. Le poète Nikolaï Klyuev comme Grigori Raspoutine pratiquaient une forme de mysticisme sexuel chrétien présentant des ressemblances avec le tantrisme tibétain et le shivaïsme indien. Klyuev, qui se revendiquait de la tradition des Vieux Croyants, pensait que Jésus-Christ était homosexuel comme lui. Il pratiquait toutes sortes de rites occultes provenant de la tradition spirituelle de l'Orient russe. Sa mystique, comme celle de son ami Sergueï Essenine pour qui les Bolchéviques avaient fini par salir l'âme de la Russie, était profondément géopolitique et consubstantielle au rejet de toute forme d'occidentalisation d'une Russie qui était appelée à se régénérer dans le cadre d'un projet grand-continental eurasiatique incluant toute l'Europe et la Chine. Les néo-eurasistes actuels ont largement puisé dans cette mystique et cette géopolitique de nature eschatologique, de Berdiaev à Blavatsky...



Eliade, M. (1969, rééd. 2009). Le mythe de l'éternel retour. Archétypes et répétitions. Paris : Editions Gallimard, Coll. Folio essais. 


(Jean-Michel Lemonnier, extrait d'un livre non publié)



samedi 3 septembre 2016

La nature eschatologique de la guerre pour l'Eurasie 1- Attente eschatologique et messianisme dans le monde orthodoxe (PARTIE I)


La nature eschatologique de la guerre pour l'Eurasie
La guerre qui se déroule actuellement dans le Rimland, dans sa partie moyen-orientale, a réactualisé les attentes eschatologiques autant chez les chrétiens orthodoxes que chez les protestants ou les musulmans.

1- Attente eschatologique et messianisme dans le monde orthodoxe
"Et les voûtes anciennes de Sainte Sophie, dans la Byzance renouvelée, abriteront de nouveau l’autel du Christ. Agenouille-toi devant elles, ô tsar russe, et relève-toi comme tsar de tous les Slaves !". Fiodor Ivanovitch Tiouttchev (1803-1873)
"Le messianisme est un pressentiment historique non seulement de la Deuxième apparition du Messie, mais aussi de l’avènement du royaume de Dieu. Le christianisme est une religion messianique, prophétique, tournée vers le futur, vers le Royaume de Dieu. La lumière vient non seulement du passé, mais aussi du futur" (Berdiaev, 1948  : p.54).
Les tensions entre la Turquie et la Russie dans le contexte de guerre au Moyen-Orient ont généré de fortes réactions anti-turques dans le monde orthodoxe. Cela est, bien évidemment, lié aux rapports conflictuels que l'aire civilisationnelle orthodoxe a entretenu avec l'Empire ottoman puis la Turquie au fil des siècles. La prise de Constantinople par les Turcomans en 1453 marque définitivement la fin de la splendeur de la deuxième Rome orthodoxe. La Divine Liturgie ne résonnera plus dans l'église Sainte-Sophie. C'est à partir de ce moment que Moscou va s'imposer comme l'héritière de Byzance-Constantinople. Un retour historique s'impose ici pour saisir que Byzance n'était déjà plus orthodoxe à l'arrivée des Turcs. En 1439, le concile de Ferrare-Florence permit de conclure un accord entre chrétiens latins et chrétiens grecs sur les différentes points, autant théologiques que politiques alors en discussion. Le décret d'union affirme en particulier : que le Saint-Esprit émane du Père et du Fils en même temps qu'il procède de l'un et de l'autre comme d'un seul principe, la légitimation de l'ajout du Filioque, les quatre fins de l'homme, la consécration de l'eucharistie qui peut se faire autant sur du pain fermenté que sur du pain azyme, ou encore la primauté du Saint-Siège apostolique et le pontife romain (le Pape) sur tout l'univers et qu'au patriarche de Constantinople revient le second rang dans l'Eglise. Ces affirmations remettent radicalement en cause la spécificité de l'orthodoxie. Le 11 décembre 1452 a lieu la dernière célébration de la Divine Liturgie orthodoxe en l'église Sainte-Sophie de Constantinople. Le lendemain,  12 décembre, le patriarche de Kiev et de toute la Russie (mais en réalité privé de son siège par le Prince de Moscovie, Basile) proclame l'union de l'Eglise d'Orient et d'Occident, et ce malgré l'opposition du clergé orthodoxe  et l'hostilité de la population. Pour ces derniers, il s'agit à l'évidence d'une trahison des dirigeants de Constantinople partisans de l'union des deux  Eglises, Jean VIII paléologue puis Constantin XI, dernier empereur romain d'Orient. Sachons, par ailleurs, que depuis 1451, Constantinople n'a plus de patriarche. Grégoire Mammas rejeté par une partie des fidèles quitte la ville pour rejoindre Rome.  Jusqu'au 29 mai 1453, date de la dernière sainte Liturgie, tous les offices célébrés dans la basilique n'ont donc pas été des célébrations liturgiques orthodoxes. Cette union entre Eglise latine et Eglise grecque-byzantine aura des conséquences graves, en particulier après la conquête de Constantinople par les troupes turques ottomanes de Mehmet II, le 24 mai 1453. Les Ottomans transformeront alors Sainte-Sophie en Mosquée (puis en musée des siècles plus tard). Le fait d'avoir accepté cette union entre Latins et Grecs a, certainement, privé Constantinople du soutien de la Moscovie (de Moscou devenue Troisième Rome) dans sa lutte contre les envahisseurs. Il est possible que sans cet accord le dernier Empereur byzantin ait reçu plus de soutien des chrétiens orientaux orthodoxes qu'il n'en a reçu de la part des chrétiens occidentaux auxquels lui et son prédécesseur avaient pourtant fait de larges concessions, à la fois sur le plan religieux et dans le domaine politique. L'histoire de l'Europe, du monde, aurait alors suivi un chemin totalement différent. Enfin, faut-il le préciser, l'idée d'une Moscou, Troisième Rome, est avant tout le souhait des Serbes et des Bulgares qui souhaitent que la Moscovie prenne le relai d'un Empire byzantin détruit. Elle est aussi celle des Autrichiens qui espèrent flatter les orthodoxes russes et qui voient dans la Russie un allié nécessaire pour contrer le péril ottoman qui menace l'Europe centrale. Il n'empêche que le mythe d'une Russie héritière de Byzance et protectrice de la Foi orthodoxe est bien une réalité qui imprègne nombre de discours politiques et...eschatologiques...
Or donc, revenons à l'histoire récente. Le 26 novembre 2015, alors que l'armée turque membre de l'OTAN vient d'abattre deux jours auparavant un avion russe dans le contexte de guerre en Syrie, des manifestants pro-russes se mettent à brûler des drapeaux étasunien et turc en plein centre-ville d'Athènes. On observe le même genre de scènes en Bulgarie. Ce n'est pas un hasard si ces réactions violentes ont lieu dans des pays orthodoxes colonisés par les turcomans, voisins de la Turquie actuelle. Il s'agit bien de montrer sa solidarité envers les Russes et dans le même temps de rappeler que la Turquie reste un ennemi du monde orthodoxe. Ce constat est confirmé par le comportement d'autres nations de culture orthodoxe qu'elles soient serbe ou roumaine, dont les ancêtres vécurent sur le territoire de l'Empire grec-byzantin avant de connaître le joug ottoman durant des siècles. Mais ces expressions de haine anti-turcs montrent quelque chose qui tient non seulement de la réactivation du souvenir d'une histoire douloureuse pour les peuples orthodoxes, mais aussi d'une attente à caractère eschatologique propre au monde orthodoxe. Car, en effet, il existe quantité de prophéties nées au cœur de la tradition chrétienne orthodoxe qui annoncent le retour de Constantinople, aujourd'hui Istanbul, à la Foi droite. L'état des relations entre la Turquie et la Russie est vue comme un signe de la Fin des temps et comme la réalisation prochaine de cette prophétie récurrente qui proclame la libération de Constantinople.

Ce sont principalement des saints de l'Eglise orthodoxe, tels saint Païssios l'Athonite (1924-1994) ou saint Cosmas d'Étolie (1714-1779) qui sont les auteurs de ces prophéties qui avancent que la Turquie et la Russie se livreront un combat à l'issue duquel l'héritière de l'Empire ottoman sera défaite. Selon l'une d'elle, la Turquie vaincue sera alors partitionnée, divisée en trois ou quatre parties dont l'une d'elles deviendra le pays des Kurdes. Un tiers des Turcs musulmans mourra, un autre tiers sera contraint de regagner la terre d'origine des Turcs (en Tzoungarie dans la zone nord du Xinjiang, au sud-ouest de l'Altaï ?), et le tiers restant se convertira au christianisme. L'événement eschatologique commun à l'ensemble de ces prédictions est, dans tous les cas, la libération de la partie turque de l'ancien territoire de l'Empire byzantin, la libération de Constantinople par les Russes qui la donneront à la Grèce.

Sans doute convient-il de revenir, maintenant, sur le particularisme de l'homme russe d'attitude traditionnelle, à travers ce qu'en disent à son propos certains intellectuels russes - leurs trajectoires intellectuelle et spirituelle étant un témoignage de ce mode d'être au monde - pour bien comprendre ce mysticisme largement imprégné d'une vision géopolitique eschatologique grande-continentale. Selon Nicolas Berdiaev, pour qui "L’homme n’est pas une unité dans l’univers, faisant partie d’une machine non-rationnelle, mais un membre vivant d’une hiérarchie organique, appartenant à un ensemble réel et vivant", l'idée religieuse est consubstantielle à l'âme russe. Il existerait, selon lui, deux types de conscience apocalyptique chez l'homme russe. L'une serait de type ascétique et réactionnaire et émanerait essentiellement des êtres qui se consacrent à la vie monastique attendant, reclus, la fin du monde dans la terreur et l'angoisse. L'autre grande conscience apocalyptique serait propre aux masses russes. Elle est une attente de la réalisation de la justice chrétienne sur Terre mettant un terme aux fausses valeurs et aux mensonges du monde bourgeois. En cela, le communisme rejoint cette attente eschatologico-messianique orthodoxe qui ne correspond donc pas à une passivité devant les événements de la vie, mais bien plutôt enjoint chaque homme à s'activer pour faire naître le Royaume sur Terre. 

Berdiaev, N. (1948). Le sens de l’histoire. Essai d’une philosophie de la destinée humaine. Paris : Aubier-Montaigne (traduit par S. Jankevitch)
Berdiaev, N. (1946). L’esprit de Dostoïevski. Paris : Stock (traduit par A. Nerville) (première publication 1923)
(Jean-Michel Lemonnier, extrait d'un livre non publié)
à suivre...

Misère des néo-chrétiens...

LIEN VIDEO : Morgan "Priest" fait jeter au feu des chapelets
Voir la séquence auparavant...
Nous sommes face à une bande de guignols incultes. Le crâne rasé, ancien sataniste et gothique, il se dit protestant, je crois... Le Da Vinci Code - ou n'importe quels autres de ces romans crasseux bourrés de bêtises qui mélangent gnosticisme et paganisme sacré féminin - (ce qui d'ailleurs est parfaitement antinomique. Exemple de connerie monstre : JAMAIS les gnostiques ne valorisent la sexualité, féminine ou pas et dans le cas de quelques rares sectes, les orgies se font par mépris de la chair), doit, certainement, leur servir de boussole théologique.

Crétinisme parfait : "Dieu n'a pas de mère" (Morgan Priest) ! Ce type est dans l'hérésie nestorienne condamnée depuis 431. Lui et sa petite troupe éduqués au mieux par des "clercs" défroqués (évangéliques ?) n'ont, à l'évidence, sûrement aucune idée des débats christologiques des Pères et, de fait, des conséquences sur qui est réellement Marie, à savoir Théotokos et Théophore. La théologie de saint Cyrille d'Alexandrie (et évidemment le Concile d'Ephèse, c'est bien un texte CHRISTOLOGIQUE et non MARIOLOGIQUE qui donne la définition doctrinale de Marie) est à cet égard fondamentale. Dieu s'est fait homme et cette humanité est possible par Marie, inséparable de la personne et de l’œuvre du Fils. Marie est mère du Verbe incarné, Mère de Dieu. Par ailleurs, la déification de l'homme se faisant par le Christ, Marie est Mère du corps entier de l’Église. Etc.

Mais, si on veut jouer sur les mots ou en réalité écrire les choses correctement, alors Marie est exactement Mère du Logos incarné, c'est celle qui a engendré le Verbe incarné dans la chair. On ne peut traduire Théotokos par "Mère de Dieu", contrairement à ce que me reprochait une andouille passée de la sociologie bourdieusienne à la mystique rhénane (!)... Or donc. Il reste qu'il faut comprendre, encore une fois, ce qu'est la personne du Christ avec ses deux natures, humaine et divine pour comprendre qui est Marie. La maternité de Marie se rapporte donc à la génération humaine de Dieu, à la deuxième personne de la Trinité (mais Jésus est donc bien Fils de Dieu consubstantiel au Père donc les deux personnes sont "à égalité" avec l'Esprit saint bien sûr/ UN DIEU, trois hypostases), et non à la génération divine (Dieu est éternel)...

samedi 25 juin 2016

Fin du pentecostaire - Dimanche de tous les saints : appel au retour à l'état naturel de l'homme

Dans l'Orient chrétien (1), les périodes liturgiques sont désignées selon le nom donné aux livres liturgiques. Durant la période s'étalant de la veillée pascale jusqu'au dimanche de tous les saints autrement appelé premier dimanche après la Pentecôte qui tombe cette année le 26 juin 2016, nous sommes dans le Pentecostaire qui inclut les fêtes mobiles (Pâques, fêtée en sept dimanches, le septième étant la Pentecôte, Ascension, Pentecôte cinquante jours après Pâques, dimanche de tous les saints). On inclut dans le pentecotsaire le dimanche de tous les saints par cohérence théologico-liturgique même si la période de Pâques à la Pentecôte est réellement la période des 50 jours. Or donc, le pentecostaire succède au Triode de carême qui comprend le précarême, le grand carême, la résurrection de Lazare, l'Entrée à Jérusalem, la semaine de la Passion. Ainsi, de Pâques, réactualisant la Résurrection du Seigneur Jésus-Christ au dimanche suivant la Pentecôté, il y a unité. La Pentecôte est en quelque sorte l'acmé d'un processus initié au moment de la Résurrection du Christ et correspond à la glorieuse descente de l'Esprit-Saint. Elle est achèvement et début. Achèvement de la période de cinquante jours, qui est préparation à recevoir l'Esprit et début car elle annonce un changement de régime existentiel pour les chrétiens, selon le modèle archétypique     des disciples. La Pentecôte réactualise la genèse ou la fondation de l'Eglise et doit s'entendre comme l'accomplissement de la mission du Christ mais aussi le commencement de l'ère messianique du Royaume qui est mystiquement présent dans l'Eglise chrétienne en ce monde. Lors de cette réactualisation rituelle de cet événement central de l'année liturgique, les chrétiens sont invités à redécouvrir, à en prendre réellement conscience de la présence du Saint-Esprit qui agit en eux depuis leur baptême. Les disciples durent attendre la descente de l'Esprit pour avoir la force d'accomplir leur mission : "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit", Evangile de Jésus-Christ selon Matthieu. Le saint Esprit qui vînt dans le coeur des disciples en y incrivant une loi nouvelle, de fait une mission, réalise ainsi le mystère de l’Église en tant que sacrement de la présence christique dans son Corps, mais également dans ses membres  forcément baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.  Voir le topaire, ton 8 dans le Pentecostaire (à la Pentecôte).
Le premier dimanche après la Pentecôte est dédié à la commémoration de tous les saints. Dans l'Église catholique romaine, cette fête est célébrée le premier novembre. La fête du premier dimanche est originairement une fête de tous les martyrs. Les autres saints ont été ajoutés peu-à-peu.Elle a commencé à être célébrée à Antioche, au IVe siècle. Saint Éphrem le Syrien ou encore saint Jean Chrysostome ont écrit à propos de cette fête. Pentecôte et dimanche de tous les saints sont intimement liés. Sans aucun doute, ne faut-il pas seulement comprendre cette fête comme étant celle célébrant la sainteté d'hommes de haute réalisation spirituelle. Cette fête nous invite plutôt à la métanoia, à envisager et comprendre que l'état d’union avec Dieu existe chez tous les chrétiens que le péché n'a pas séparé de Dieu. Car, selon l'authentique tradition chrétienne, la sainteté est l’état normal du chrétien. Cette célébration de tous les saints est donc avant tout et surtout, sinon exclusivement, un appel à la sainteté adressé à tous les chrétiens. L'état naturel de l'homme n'a rien à voir à ce que les matéralistes (souvent de pseudo-jouisseurs névropathes) veulent laissert croire, soit un état dans lequel l'homme se laisse aller à satisfaire tous ses bas instincts, toutes ses pulsions, tous ses fantasmes. Et c'est pour cela que notre époque n'aime pas les chrétiens, car ces derniers, aussi médiocres soient-ils parfois, sont le témoignage vivant, les porteurs d'un message qui dit que Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu à son tour. Autrement dit, la sanctification, plus encore la déification est l'état naturel de l'homme. Ce ne sont, évidemment, pas nos bondieusards laicards, nos athées du néo-clergé gestionnaires de l'aliénation spectaculaire marchande qui pourront entendre cela...

(1) Les expressions "Orient chrétien" ou "christianisme oriental" prêtent à confusion; On aurait tendance à l'utiliser pour désigner les Eglises orthodoxes dans leur grande diversité (Eglises des trois conciles ou pré-chalcédoniennes, Eglises des 7 conciles)  or dans ces Eglises chrétiennes on compte aussi des Eglises rattachées à Rome.

dimanche 12 juin 2016

Quand les expériences mystiques valident la théologie orthodoxe (à partir d'un témoignage extrait du livre du Père Brune, "Les morts nous parlent" )

Dans son ouvrage "Les morts nous parlent, Tome 2" (rééd. 2005), le Père Françaois Brune relate une expérience mystique particulièrement intéressante confirmant la théologie orthodoxe comme la plus authentique. Il y en a eu d'autres durant des siècles, celle-ci date 1985 et concerne Vassula Ryden une grecque, orthodoxe, non "pratiquante" ou disons non messalisante. Cette femme raconte qu'un jour une force s'empare d'elle. Cette force se présente comme étant son ange gardien et se fait appeler Daniel. Plus tard, Mme Ryden affirme que qu'à nouveau une force suprahumaine vient en elle ou entre en elle (ou qu'elle entre dans cette "force"), mais cette fois il s'agit du Christ...Celui-ci lui apprend alors qu'elle ne doit plus se penser comme une personne séparée de LUI, autrement dit de Dieu, mais bien comme faisant partie de LUI ou inversement que le Christ fait partie d'elle. Mme Ryden rapporte, alors qu'elle achète un ticket de bus, que le Christ "proteste" et lui dit : "On est un, on est un seul". 
La mystique ira raconter cette expérience au Père Laurentin. Et dans l'attitude du Père Laurentin, catholique romain, théologien et spécialiste des mystiques, il y a quelque chose de tout à fait symptomatique (sinon pathologique) dans le comportement et la compréhension de Dieu et du but final de l'existence chrétienne chez les théologiens catholiques romains. En effet, face au récit de la femme qui lui rapporte la Parole du Christ ("On est un, on est un seul"), le Père Laurentin a cette question : "Unis ou un" ? Vassula Ryden répond alors très justement : "Unis et un". Si le Père Laurentin pose cette question c'est qu'il est totalement imprégné de cette désastreuse théologie catholique directement issue des écrits de saint Thomas d'Aquin, de saint Augustin mais aussi de la métaphysique d'Aristote dans lesquelles l'homme en son ultime accomplissement reste séparé de Dieu et le...contemple simplement...Une telle réponse de la part de la mystique grecque est donc considérée comme du panthéisme (le "Grand Tout") ou du panchristisme, finalement de l'hérésie, donc du mensonge par des catholiques de l'Eglise latine. C'est, sans doute, cela qui fait enrager nombre de catholiques romains traditionnalistes ou modernistes (voir plus en avant)...
Nous pouvons donc sérieusement conclure que le Père Laurentin ne saisit tout simplement pas l'expérience dernière à laquelle est appelé à participer le chrétien. Et, il y a là quelque chose de tout simplement monstrueux...Laurentin - comme tant d'autres traditionnalistes ET modernistes dans l'Eglise catholique romaine - ignore purement et simplement la parole des Pères de l'Eglise : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu à son tour". Dans le même temps, l'expérience de Vassula Ryden prouve la véracité des écrits patristiques affirmant que le but ultime, dernier, de la vie chrétienne est la divinisation, la déification de l'homme et non pas, donc, la seule contemplation de la Face de Dieu. 
A travers cette expérience, nous avons également et nécessairement la confirmation de la réalité et de la possibilité de l'union hypostatique de deux natures, humaine et divine sans séparation mais sans mélange ou confusion, en une seule personne, union dont le modèle exemplaire est bien sûr celui du Christ...
Il faut signaler, cependant, que de nombreuses polémiques concernent la mystique. Nous ne jugeons pas ces prises de positions. Seulement, il faut noter (voir lien : http://www.pseudomystica.info/tliginterviewdermine_fr.htm) que l'autorité du Père Laurentin est évoquée (invoquée) ici. Or, nous avons montré dans ce petit article que celui-ci n'est pas en mesure de juger  "l'expérience Vassula" et, à l'évidence, d'autres expériences mystiques à l'aune de sa théologie. Le lecteur est bien sûr totalement libre de rejeter le témoignage de Vassula Ryden concernant "sa vrai vie en Dieu". Nous avons seulement montré ici que la théologie catholique est inapte à saisir complètement certaines expériences ayant rapport avec le monde suprahumain. Rappelons, par ailleurs, à tout hasard pour ceux qui l'ignoreraient, que l'Eglise orthodoxe ne fait pas la disctintion entre nature et surnature, et que, pour ce qui nous concerne ici, nombre de membres des Eglises orthodoxes accordent du crédit à l'expérience de Mme Ryden...