: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: Dol-de-Bretagne
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lundi 8 septembre 2014

Abbé François Duine

Lieu : Dol-de-Bretagne. Photo. : J-M Lemonnier, 2014



Pour une présentation de ce grand érudit né à Dol, prêtre issu d'un milieu très modeste, être de grande qualité morale et intellectuelle :  http://histogen.dol.free.fr/duine/auteurs/duine.htm

Ici un ouvrage du père Duine qui fait toujours réfèrence : Inventaire liturgique de l'hagiographie bretonne  où il est question de constituer un catalogue des livres liturgiques, de martyrologues (notices sur les saints catholiques) desquels on peut aussi tirer des enseignements historiques.
Ici une notice savante sur les martyrologues et notamment sur les différences et similitudes entre calendriers et...martyrologues : http://aedilis.irht.cnrs.fr/liturgie/01_2.htm




samedi 29 mars 2014

Chateaubriand, Haute-Bretagne, croix de saint Michel-Belenos...et autres sites sacrés (III) Champ Dolent, Mont-Dol, fontaine saint Samson, Cathédrale de Dol de Bretagne, Brocéliande et...Jésus-Christ


                                                                   
Géographie mégalithique, croix de Belenos-st Michel, le pays de Dol et le légendaire arthurien : forêt Brocéliande selon une antique localisation...


Menhir du Champ-Dolent 

Site, situation, caractéristiques de l'objet, légendes locales. 
Annotations de l'auteur du présent blogue sur document numérisé de Paul Bézier, 1883.

Ces récits semblent avoir été assez bien connus localement, autrefois, autrement dit jusqu'à la période d'après-guerre et avant les bouleversements socio-spatiaux liés à l'exode rural post-1945 (fin de l'"autochtonie" et "mort du paysan") puis l'exode urbain post-1975 (périurbanisation et arrivée des néo-ruraux ou rurbains).

                                         
                                      
Annotations de l'auteur du présent blogue

Une pancarte naïve, destinée aux enfants (?) à proximité du site évoque le légendaire local. Par contre, aucune indication historique de quelque ordre que ce soit n'est portée à la connaissance du visiteur.




Fontaine Saint-Samson
Inscription : "Fontaine/ saint Samson, évêque fondateur de Dol au VIe s. Il vint en ce lieu en 548"






.
Cathédrale de Dol, siège de l'antique évêché de Dol de Bretagne dont la fondation "mythique" est attribuée à saint Samson (Fin Ve s.-565) venu du Pays de Galles. La Bretagne comptait 9 évêchés confondus avec les pays historiques (à différencier avec les pays traditionnels). Le diocèse de Dol disparaît en 1801.
C'est de la Vita prima sancti Samsonis, document fondamental de l'historiographie bretonne datant du Haut Moyen Âge que nous parvient l'essentiel des connaissances concernant  la vie du saint abbé-évêque, personnage central du christianisme breton, mais aussi de précieuses informations sur l'émigration bretonne et la Domnonée. Le document, datant vraisemblablement au VIIe s, a ceci de particulier qu'il fut rédigé par un cousin du saint c'est-à-dire un proche de l'évêque. Chose rare qui permet de considérer les informations présentes dans le document comme fiables au-delà des "ornementations fabuleuses" mythico-légendaires présentes dans le récit. Deux autres"Vie de saint Samson" ont été rédigées tardivement. De nombreux  commentaires d'historiens ayant travaillé sur le sujet sont accessibles au profane. On voudra bien s'y reporter.

Présence et représentations de la Domnonée et de la Cornouaille de part et d’autre de la Manche. D’après les Vies de saints et les listes généalogiques médiévales. Bernard Merdrignac http://abpo.revues.org/1842

Sur G. Scholar :





Nef de la cathédrale


Autel de saint Samson


Quels liens entre les sites pagano-chrétiens du Mont-Saint-Michel, du Mont-Dol, de la cathédrale de Dol, de la fontaine de saint Samson et du menhir du Champ-Dolent ? Le Mont-Dol, la cathédrale de Dol forme une droite qui croise une autre ligne partant du Mt-St-Michel   . Ces deux lignes se croisent au lieu de la fontaine sacrée de St-Samson située à Carfantin (Kerfeunten soit le "village de la fontaine" en breton)  au sud-est de Dol. Entre outre, la cathédrale de Dol a été construite sur une autre source sacrée...Le Menhir du Champ Dolent, quant à lui, localisé à proximité de la fontaine Saint-Samson ne rentrerait pas dans un quelconque alignement inclus dans un complexe géométrique sacré. De plus, les hypothèses prétendant expliquer la raison de la présence de cette pierre dressée extraite du massif granitique de Bonnemain et transportée sur plusieurs kilomètres ne sont guère satisfaisantes...A voir...

Voir : Géographie des granites de la péninsule bretonne



La ligne Mont-Dol/Mt-St-Michel forme avec le parallèle du Mont-Dol un angle de 17°.  Lever du Soleil le 1er mai : Beltan, le "feu de Bel" (Belenos...)


Ajoutons  que la fontaine de Saint-Samson est parfois considérée comme la fontaine aux orages, celle du récit de Chrétien de Troyes  "Yvain, le Chevalier au Lion", XIIe s. (voir aussi "Le Roman du Rou" de Robert Wace situant Brocéliande en Armorique et à promixité de la mer selon "Owein ou le conte de la Dame à la Fontaine" écrit vers  1200-1225). L'étymologie de Barenton (la fameuse fontaine de Brocéliande) nous parle peut-être en faveur d'une fontaine non pas située dans la Brocéliande actuelle (forêt de Paimpont) mais plus à l'est. Barenton serait la contraction de Belenos-Nemeton, soit le dieu gaulois associé à la clairière sacrée des druides. Or, la fontaine de Saint-Samson est proche de la colline sacrée du Mont-Dol un des points de l'écorce terrestre formant la croix de Belenos. La fontaine et le Mont pourraient être intégrés à un  système géographico-religieux consacré à Belenos. La fontaine de Barenton  qui est, rappelons-le, au centre du croisement de deux alignements de lieux de cultes pagano-chrétiens serait donc la fontaine Saint-Samson. Cet ensemble interroge l'auteur des "Curiosités du Mont-Dol" en 1947 : "Qui nous dira pourquoi le Mont-Saint-Michel, le menhir de la Roche Longue, en Saint-Marcan, la Pierre du Champ-Dolent [NDA : ou la fontaine Saint-Samson], le menhir de la Pierre du Domaine en Plerguer, et le dolmen de la Maison des Feins sont sur la même ligne droite ?" Mais quid de la croix de Saint-Michel/Belenos ? Y a-t-il un ou plusieurs systèmes répondant à une organisation (politico-)religieuse particulière ?

 Continuons. La cathédrale de Dol serait la cathédrale du Graal selon Fulcanelli. Le Graal aurait, en effet, été apporté  de Jérusalem au VIe s. par saint Budoc, troisième évêque de Dol de Bretagne (voir "La chronique de Dol de Baudry de Bourgueil) .
La littérature du cycle arthurien décrirait l'ensemble de ces lieux et la forêt de Brocéliande serait localisée selon une hypothèse ancienne reprise par Chateaubriand (cf. : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/03/chateaubriand-haute-bretagne-croix-de.html) et réhabilitée récemment, au nord de l'Ille et Vilaine actuelle. Il y a d'autres hypothèses concernant cette localisation, il est inutile de les évoquer ici.

On voit ainsi apparaître progressivement plus encore qu'une géographie du sacré, une géo-sophie (Terre et Sage), une sagesse de la terre, des lieux mythiques narrés par les chroniqueurs médiévaux et redecouverts par les recherches scientifiques récentes. C'est en Bretagne que  sont localisés parmi les sites sacrés  les plus anciens d'Europe encore préservés, ayant successivement servi aux hommes présents sur cette terre bretonne au fil de l'évolution des choses spirituelles. C'est, en effet, ici en Bretagne armoricaine que nous trouvons le plus grand nombre de sites sacrés mégalithiques. C'est sur cette terre correspondant à l'arrière-pays du Mont-Saint-Michel que le Légendaire athurien EST HISTOIRE.
Mais c'est aussi ici que la croix de Belenos-St Michel signe la terre bretonne qui a vu naître selon une légende (?) locale la grand-mère du Christ, Anne. Ce récit faisant de Anne une bretonne semble confirmer par le fait que le Graal fut apporté à Dol en pays de Brocéliande. En effet, quoi de plus logique que de ramener la coupe de sang divin en Bretagne, car c'est ici, selon la "légende d'Anne" que vécurent les ancêtres du Christ et que s'incarna la grand-mère de l'homme-dieu Jésus-Christ avant de partir pour la Palestine pour accoucher de Marie, puis revenir en Bretagne à la fin de sa vie.  Jésus-Christ viendra rendre visite à sa grand-mère Anne rentrée en Bretagne. En définitive, la Bretagne est sans doute un des plus hauts lieux du christianisme, une terre sanctifiée par la présence du dieu vivant. Plus prosaïquement, la Bretagne est le territoire de ce christianisme celtique imprégné d'un vieux fond paien unique au au monde.

Le symbole de st Michel et de Belenos qui épouse la forme de la croix du nazaréen est le signe que le Christ-Dieu fait homme a ses  racines ici en Bretagne.  Cette croix  a traversé des siècles et des siècles jusqu'à nous. Ainsi, malgré les "profanations" récentes, le sacré (dialectique sacré-saint, païen-chrétien mais aussi dialectique de l'hiérophanie sacré/saint-profane) est-il présent à travers ces différents lieux mille fois modifiés pour satisfaire à chaque nouvelle mutation spirituelle et religieuse voulue par les hommes et guidés par les dieux  puis le Dieu unique et son Archange Michel.

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à suivre : carte qui nous permet de localiser ces sites sacrés. Certains forment une partie de la croix de Michel-Belenos.
On évoquera, également, le Mont-Garrot à proximité du Mont-Dol.  Le Mont Garrot près de Saint-Suliac (Ille et Vilaine), lui aussi tombe de Gargantua comme le Mont-St-Michel (la "dent de Gargantua" du Mont-Garrot est un menhir) et sur lequel saint Suliac, un Gallois (cf. émigration bretonne) mais qui n'est pas un des 7 saints fondateurs de Bretagne contrairement à saint Samson, combattit un dragon. Le Mont-Garrot est rarement sinon jamais mentionné à notre connaissance dans les différents écrits spéculatifs concernant les théories faisant du nord de l'Ille et Vilaine (l'arrière pays du Mont consacré à Michel-Belenos) un complexe mégalithico-pagano-chrétien lié à un système zodiaco-géométrique sacré. En outre, le Mont-Garrot semble avoir été un site mégalithique exceptionnel dans cette zone nord-est de l'Armorique (3 menhirs et 3 dolmens dont 1 allée couverte). L'occupation du site est, cependant antérieure au néolithique et  remonte au LXXe millénaire avant J-C, c'est-à-dire à la fin du paléolithique moyen.

A voir donc, les liens entre le Mont-Dol, Dol-de-Bretagne, la fontaine et le Mont-Saint-Michel...Plus généralement, entre l'ensemble des sites mégalithiques-paléochrétiens, chrétiens, lieux de combats mythiques (ou légendaires, cela dépend pour qui...) entre un saint et/ou l'archange Michel et Satan...et les liens éventuels (jamais démontrés) entre l'ensemble de ces sites et le Mont-Garrot...



Photographies :  J-M Lemonnier


ARTICLES LIES :

samedi 8 mars 2014

Chateaubriand, Haute-Bretagne, croix de saint Michel-Belenos...et autres sites sacrés (I)

François-René de Chateaubriand et sa description romantique de ses promenades en ce lieu mythique qu'est le Mont-Dol, au moment où il est pensionnaire au collège de Dol-de-Bretagne.

Chateaubriand évoque ici, un pan de l'histoire des pays du nord de la Haute-Bretagne, méprisée par les Jacobins. L'écrivain situe, par ailleurs, la forêt de Brocéliande sur un territoire s'étendant du nord de l'actuelle Ille et Vilaine  à partir du pays de Saint-Malo jusqu'à  Rennes au sud en passant par Dol et Combourg, et délimitée à l'est par la forêt de Fougères et à l'ouest par un "axe" reliant Dinan à Bécherel (la question de la localisation de la forêt de Brocéliande fait toujours débat). Chateaubriand raconte qu'au XIIe s., cette forêt servit de champ de bataille aux Bretons de Domnonée luttant contre les Francs. La Domnonée est cette zone qui vit débarquer au VIe des Bretons insulaires fuyant les invasions anglo-saxonnes. C'est cet espace qui s'étend du Trégor au pays de Dol, traversant le Goëlo et le Penthièvre, autrement-dit l'essentiel de la côte nord de la Bretagne qui constitua un royaume fondé par le Breton Riwal au VIe s.

(Scans : Mémoires d'outre-tombe (Tome I), 1849, de François-René de Chateaubriand)


A quel autre écrivain faudrait-il faire appel pour trouver plus beau tableau de ces pays du nord-est de Haute-Bretagne ? Ecriture, manifestation d'un inconscient bouillonnant projeté sur le réel, plus qu'une description froide d'un paysage élaborée par un géographe prosaïque, ces pages parlent, en tout cas, certainement bien plus à l'autochtone sensible aux lieux, dont les ancêtres s'installèrent sur ces terres il y a des siècles et des siècles de cela qu'à une personne étrangère aux endroits dépeints...même si cette dernière aura peu de mal à s'immerger dans cette géo-histoire, cette nature bretonne (anthropisée depuis des millénaires mais violentée comme jamais depuis l'après-guerre) et à l'investir étant donné l'inimitable façon, propre à ce génie né à saint-malo en 1768, de (d-)écrire et de nous faire voyager avec lui. 
Enfin, celui pour qui un territoire n'est que le support matériel de son existence n'entendra, évidemment, rien à toutes ces considérations...


Ci-dessous, un extrait de l'ouvrage  de P. Bézier  "Inventaire des monuments historiques du département d'Ille et Vilaine" édité en 1883 dans lequel est mentionné l'antique chapelle dédiée à saint Michel Archange située au sommet de Mont-Dol. Le Mont-Dol (1)est un de ces 
sites remarquables, à l'histoire oubliée, constituant un des points formant la grande croix de saint Michel qui est également la croix de Belenos signant la terre bretonne (Voir notre article du 27/10/2013)




Au sommet du Mont, une pierre attire l'attention du visiteur. Elle a la particularité de porter une marque suffisamment atypique  pour se voir attribuer une origine suprahumaine. "Griffe du Diable", "patte du Diable", "pied du Diable" étant les dénominations les plus fréquentes pour la qualifier. Plus rarement, le stigmate porté par le rocher est attribuée à l'action de l'Archange Michel. 
Dans tous les cas, ce que nous dit l'attention portée à ce rocher et à cette signature, c'est que chaque fois que l'être humain rencontre un "objet" ou un "sujet" remarquable disons singulier, il l'inclut dans un récit mythique pour expliquer sa "venue au monde". Et dès que ce récit perd son caractère acceptable, il devient légende (cf. Infra).
C'est bien le cas ici, au Mont-Dol et de fait au Mont Saint-Michel (l'histoire des deux monts étant liée) avec ce récit mythique narrant le combat entre le chef des milices célestes Michel et Satan qui explique l'état de la pierre. Un combat mythique, c'est-à-dire toujours renouvelé (éternel), toujours d'actualité...pour le croyant en tout cas.
 A travers, ce mythe -tardivement devenu légende face au recul du paganisme et de l'acceptation des croyances chrétiennes parmi le peuple- c'est bien sûr,  la christianisation des monts (voir le récit chrétien de la fondation du Mont St-Michel par l'évêque d'Avranche) et la volonté de diaboliser des croyances païennnes qui nous sont présentées. 


(1) Il y a 7500 ans, à la fin de la dernière glaciation, le Mont-Dol était un île et il y a 30000 ans le Mont-Saint-Michel, très au sud dans les terres par rapport à la mer,  était parfaitement émergé.

à suivre...

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