: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: Livre sur la Roumanie
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mardi 15 décembre 2015

La Roumanie éternelle face au fascisme technocratique bruxellois

Une image vaut mille mots...Parfois...C'est le cas ici...
Destruction des dernières sociétés et paysanneries traditionnelles, nouvel acte :http://www.francetvinfo.fr/politique/
Les protestations des bergers devraient être prises en compte...http://republica.ro/oierii-au-luat-cu-asalt-parlamentul-imaginile-zilei, mais ce n'est que partie remise. L'Europe communautaire atlantiste et ses défenseurs (des commissaires aux petits exécutants locaux, intellectuels européistes natiophobes y compris) n'ont que mépris pour ces dernières communautés agro-pastorales incarnées par ces bergers roumains et leur mode d'être au monde particulier...De Nicolae Ceausescu à Jean-Claude Juncker, le même projet totalitaire homogénéisant. Toute trace d'"archaïsme", tout particularisme culturel, ethnique ou religieux doivent être effacés. Ces sociétés traditionnelles, ou ce qu'il en reste, sont considérées comme des freins au développement, à la "nécessaire"  modernisation...Marxistes (qui peuvent n'avoir jamais lu une seule ligne de Marx) et libéraux-fascistes se serrent la main...

VOIR sur ce blogue : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2013/09/le-paysan-roumain-homme-religieux.html


lundi 21 septembre 2015

Constantin Brǎiloiu - Ethnomusicologue / Rites funéraires de la tradition populaire en Roumanie

Constantin Brǎiloiu (1893-1958) est un ethnomusicologue roumain qui, le premier, a établi une disticntion entre "chants des Aubes" et "chants funèbres". Les premiers appartiennent au domaine des rituels funéraires et suivent un schéma bien précis, le chant variant uniquement par la mention du nom du défunt, les seconds sont l'expression du chagrin, de la tristesse, de la détresse et trouvent, vraisemblablement leur origine dans les rites funéraires de la protohistoire, en des temps préchrétiens. Le chant funèbre porte le nom de bocet et s'adapte aux particularités du défunt. Il prend des formes extrêmement variées. Le bocet a pour but d'apaiser l'âme du trépassé. Les femmes qui chantent le bocet sont les bocitoarele. Les chanteuses se confondent parfois avec les femmes-chamanes ou guérisseuses, de moins en moins nombreuses de nos jours. Elles se considérent comme des "prêtresses". Elles doivent préparer la personne décédée à l'arrivée de la Mort, l'accoutumer à cette idée, lui décrire le chemin qu'elle devra suivre dans l'Autre Monde  et demander ainsi aux aurores ne pas se présenter trop vite. Elles sont les messagères du défunt et chantent auprès de lui dans sa maison. Ceci est valable sur certains espaces ruraux de Roumanie. Ailleurs, ces comportements n'ont quasiment plus ou pas cours. Non que l'on ne s'occupe pas de ses défunts et que les rites mortuaires n'existent pas mais, d'une part, certaines coutumes sont circonscrites à certains pays roumains et d'autre part l'avancée de la modernité dans ces régions -que l'on y pratiquait le chant ou pas- a largement entamé la richesse des pratiques accompagnant le mort vers l'Autre Monde. Les rites populaires positifs (ou négatifs qui relèvent dans ce cas de l'interdit) sont, pour autant, indifférement de la zone géographique, très riches. S'il n'y a pas de chanteuses dans certains villages de Transylvanie, il y a par contre des femmes très pieuses qui se chargent, par exemple, de renverser les chaises (elles les mettent à terre) les chaises qui ont servi au support du cercueil dans la maison du mort avant le départ pour l'église. De même, si le défunt est une femme, trois femmes souvent vieilles et également très pieuses auront la charge de faire prendre un bain à la morte, etc. Ces rites exécutés et ces coutumes pratiquées en l'honneur du trépassé s'inscrivent dans le temps long (un repas spécifique, "pomana", en l'honneur du défunt où l'on convie membre de la famille et villageois est organisé à des moments précis durant des années) et sur des espaces de qualités différentes (la maison, l'espace public du village, l'église). 

Ces pratiques et attitudes sont beaucoup trop nombreuses pour que nous les exposions toutes dans le cadre de ce petit article. Il serait même illusoire de vouloir entreprendre une telle démarche ici. De plus, décoder leur signification exigerait d'amples développements. On peut, cependant, avoir un bel aperçu de ces rites et coutumes à partir de témoignages de première main dans ce livre. En ce début de XXIe s., j'ai sans doute eu l'immense privilège d'entendre et de récolter les derniers  témoignages de Roumains, -le plus souvent des campagnards, chez qui les traditions sont encore les plus vivantes- concernant les conceptions sur la mort, les longues préparations au "Grand Voyage" et les pratiques rituelles populaires qui durent des années encore après l'inhumation du défunt, avant que toutes n'appartiennent plus aux catégories du...vécu (si je puis dire...) et ne finissent par devenir que souvenirs d'une époque définitivement révolue. J'ai, par ailleurs, le sentiment que ce moment où les hommes et femmes de Roumanie (c'est déjà le cas en partie avec la concurrence d'autres modes d'"honorer" ses morts comme la crémation, mais aussi à cause du mépris que ces coutumes inspirent de plus en plus au sein de la société roumaine) auront oublié pour toujours ces cérémonies relevant d'une religiosité populaire qui se perd dans la nuit des temps, est très proche...

Il faut, en outre, rattacher cette coutume du chant à la croyance en des entités non-mortes et non-vivantes ou mi-mortes, mi-vivantes, les strigoii susceptibles d'écouter les chants qui leur sont consacrés. Les strigoii sont des êtres décédés qui ne trouvent pas le repos. Ils se trouvent entre deux états d'être, entre deux mondes, celui des morts et celui des vivants. Ce sont ceux qui sont mal morts, qui exigent réparations d'un préjudice qui les empêchent de rejoindre définitivement le monde des morts. De ces croyances en le retour possible d'un être décédé parmi la communauté des vivants, on comprend le soin apporté à l'exécution des pratiques rituelles.  Il ne sont pas rares les récits dans ces pays roumains de Moldavie historique, de Transylvanie ou des Maramures qui narrent le retour d'un défunt revenu de l'Au-delà ("dincolo") hanter la communauté des vivants. Ces rites funéraires d'origine païenne  qui se perdent dans la préhistoire de l'humanité se conjugent avec ceux de la tradition ecclésiale doivent donc être exécutés avec la plus grande minutie, notamment à cause de la possibilité qu'un mort se "fâche" et ne se fasse justice. Les rites funéraires sont des rites de passage avec leurs règles strictes car la mort est initiation, nouvelle naissance. A la mort du corps biologique succède la naissance au Ciel dans un corps de lumière. L'Autre monde, celui des trépassés, est ainsi inclus dans le monde des vivants. L'Au-Delà et l'Ici ne sont séparés que par une mince frontière. Ces deux espaces cohabitent dans une sorte de promiscuité. 
LIEN Constantin Brǎiloiu : http://www.ville-ge.ch/meg/musinfo_public_ph.php?id=HR1123-3/4

VOIR ICI SUR CE BLOGUE : Saint-Andre, 30 novembre : ouverture de la saison des strigoi (et non pas strigoii car stigoi est non articulé : des strigoi) : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/11/saint-andre-30-novembre-la-saison-des.html





dimanche 30 novembre 2014

Saint-André, 30 novembre - La saison des strigoi...

André, saint fondateur de l'Eglise byzantine et saint patron de la Roumanie est fêté le 30 novembre. Saint André est appelé le "plus grand des loups" par les Roumains, une manière d'autochtoniser ce personnage central du christianisme venu évangéliiser la région, accompagné d'un loup blanc ? Les Roumains ne sont-ils pas descendants des Daces, c'est-à-dire de ceux qui sont "semblables aux loups", selon la tradition mythistorique ? Il aurait, par ailleurs, existé une divinité dace nommée sântandrei, personnification du loup. Mais les preuves à ce sujet ne sont guère plus consistantes, que celle permettant d'affrimer la réalité du long périple d'André de Terre sainte jusqu'en Europe orientale. 
Or donc, d'après la croyance populaire pagano-chrétienne qui survit encore de nos jours sur l'espace capartho-danubien, la Saint-André est aussi le jour (disons la nuit du 29 au 30) où les strigoii (1) cherchent à se faire pardonner auprès de Dieu. Mais Satan qui se prétend le maître de ces créatures tourmentées qui n'ont pas encore trouvé le repos éternel, veille et refuse que ces dernières se tournent vers le Tout-Puissant pour qu'il les libére de leur condition d'êtres ni morts, ni vivants, mi-morts, mi-vivants...La nuit du 29 au 30 est la nuit où l'activité des strigoi, tout comme celle des loups, est à son paroxysme. Elle est donc particulièrement agitée et le peuple doit se protéger par différents moyens : gestes sacrés donc seuls véritables, rituels ancestraux transmis à travers les époques par les ancêtres ou un ancêtre mythique qui a effectué ces gestes ab origine. Il s'agit dans tous les cas d'un de ces moments de l'année durant lequel le monde suprahumain se manifeste et qui est propice aux pratiques divinatoires.
En outre, en dehors des explications matérialistes, à vrai dire peu intéressantes (et très peu convaincantes d'ailleurs) à propos de ce peuple des ténèbres et des croyances dans le vampirisme, grâce au folklore roumain (folklore au sens de tradition du peuple), on sait que la mort noire, la mauvaise mort, résultat de la subversion d'un ordre naturel, culturel et cosmique fournit ses légions de "mal-morts". Décrire la complexité des rites et rituels mortuaires nécessaires au maintien de cet ordre, permetttant d'éviter un retour du mort après son décès prendrait des pages. J'en parle ici assez longuement : La Roumanie : mythes et identitésUn autre ouvrage de référence sur la Roumanie et consacré exclusivement au thème de la Mort  chez les Roumains (et qui montre, par ailleurs, l'évolution sinon la dégradation des mythes et croyances religieuses à notre époque en Roumanie - le livre est publié en 1986) est celui d'Andreesco et Bacou : Mourir à l'ombre des Carpathes.

(1) il en existe plusieurs types...(des strigoi=non articulé, les strigoii=articulé)


Crédit photo. : http://www.apologeticum.ro/


Mihai Eminescu - Strigoii



lundi 23 septembre 2013

Le paysan roumain, homme religieux




"Tu viens et tu nous dis: vous êtes les derniers paysans en Europe/au monde, vous devez disparaître. Moi, je te dis: pourquoi ne serait-ce pas toi le dernier con au monde et que ce serait à toi et non à moi de disparaître ?" (traduction libre, vidéo)


Le paysan (pas l'agriculteur moderne areligieux (1) et "destructeur") roumain (2), homme religieux, en solidarité mystique avec les rythmes cosmiques, croit au Christ Pantocrator qui descend sur terre (3) pour rendre visite aux paysans. Une croyance qui renvoie à un christianisme cosmique (christianisme populaire) et dominée par la nostalgie d'une nature sanctifiée par la présence de Jésus-Christ. Le paysan est "homme véritable" car il se conforme à l'enseignement des mythes (mythos, c'est la parole vraie), à des modèles exemplaires venant de ses ou de son dieu. Il est, à la fois, allié et auxiliaire de Dieu car c'est un créateur. En effet, en prenant possession d'un lieu, il transforme le chaos en cosmos. Il participe à l'instauration d'un ordre cosmique. Il faut donc bannir l'idée selon laquelle l'homo religiosus fuirait l'histoire en cherchant un refuge dans le sacré, le "religieux mythique". Au contraire, il s'y implique pleinement en combattant, sans cesse, par la ritualisation, notamment, des "forces" du chaos qui peuvent condamner son monde. Tout cela suppose que pour le paysan-religieux, le temps et l'espace sont forcément hétérogènes. Pour lui, il existe donc un Temps sacré, mythique et réversible d'une part et un temps profane, ordinaire, historique et irréversible d'autre part. L'homme religieux fait aussi l'expérience et a conscience de l'existence  d'espaces de "qualités" différentes, autrement dit d'un espace fait de ruptures : l'espace sacré et réel et l'espace profane, irréel, "amorphe" et chaotique, quotidien, où l'homme subit des "obligations". Le paysan cherche à retrouver ou réintégrer l'aurore cosmogonique, c'est-à-dire qu'il réactualise un événement s'étant déroulé in illo tempore en construisant sa maison par exemple. Celle-ci est conforme à un prototype céleste ou cosmique. L'espace profane qui n'était que chaos devient, par incidence, un espace sacré et centre du monde. L'homme religieux crée ainsi son propre monde et en veillant à la survie de celui-ci, il assure la sienne. 

Que l'on compare simplement le rôle assigné à une habitation moderne selon le furieux techniciste Le Corbusier et son '"habitat fonctionnel" et concentrationnaire (4) ou selon n''importe quel architecte-urbaniste qui doit obligatoirement satisfaire à la "nécessité capitaliste" moderne, avec celui dédié à une demeure selon l'homo religiosus et on comprendra ce qui différencie une existence moderne d'une existence traditionnelle

Or donc, à travers ces croyances et surtout cette Weltanschauung ou vision du monde, on peut identifier une révolte passive du paysan donc de l'homme religieux  contre les agressions de l'histoire, les guerres, les invasions (5) les dominations imposées par différents "maîtres". L'histoire -le temps irréversible- est la plus grande menace pour l'homme religieux dont les derniers paysans roumains authentiques présentent, encore de nos jours, quelques unes de ses qualités. En s'inscrivant dans une perspective cosmique, les sociétés paysannes ou agricoles traditionnelles d'Europe centrale et orientale (pacifiques la plupart du temps) se révoltent (ou se révoltaient...) alors contre une histoire tragique et injuste... Elles luttent contre le temps historique destructeur et cherchent à contrer son irreversibilité.

______________________

(1) Même si l'homme fondamentalement a-religieux, donc moderne ou post-moderne est rare, peut-être introuvable, il se différencie de "l'homme religieux authentique conscient" de part son absence de solidarité avec la nature et le cosmos. 

Plus l'homme est religieux, plus il a de modèles exemplaires inspirés des dieux, moins il l'est, moins il possède de ces modèles, plus la place du "profane" est grande et plus ses activités deviennent "aberrantes" puisque ces dernières ne correspondent à aucun modèle transhumain. Le passage d'une vision traditionnelle ou archaïque du monde à une vision  moderne désacralisée est donc une effroyable dégradation du sens de l'existence humaine...

En outre, qu'on ne confonde surtout pas le moderne (agriculteur ou non) installé à la "campagne" (on ne discutera pas du terme employé) qui vit dans un monde désacralisé avec le paysan des dernières communautés agro-pastorales traditionnelles est-européennes...

(2) Ce n'est évidemment plus le type dominant, même en Roumanie et en Europe centrale et orientale plus généralement.

(3) Il s'agit là de la hiérophanie suprême, le dieu qui se fait homme et s’incarne de fait dans l'histoire. Se référer à (toute) l’œuvre d'Eliade : "Aspects du mythe", "Le sacré et le profane", "La nostalgie des origines", "Le mythe de l'éternel retour", "Mythes, rêves et mystères", etc.

(4) les "utopies" actuelles, certes moins ambitieuses mais tout aussi "involuées",  telles la "ville durable"/normes HQE, etc. appartiennent au même "inconscient moderniste" anti-traditionnaliste.

(5)  à ce propos les pays roumains, de par leur position au sein de l'espace eurasiatique, ont constamment eu à subir les agressions des différents empires voisins (ottoman, russe, austro-hongrois puis soviétique) mais aussi celles des mouvements migratoires de différents peuples  (Mongols, Slaves, Tatars...) et aujourd'hui celles de l'impérialisme occidentiste (capitalisme-démocratie-communisme) ou occidentaliste/atlantiste (euro-étasunien).

mercredi 21 août 2013

Vlad III de Valachie et Louis XI de France. L'empaleur et l'araignée



 Vlad III Basarab (1431-1476 ou 1430-1477) de la famille des Drăculea ou lignée des  Drăculeşti, ou Vlad Ţepeş  soit en français Vlad 
 l’Empaleur (Ţeapă=pal en roumain, d’où son surnom), voïvode (1) de Valachie, fils de Vlad II et petit-fils de Mircea Ier l’ancien (Mircea cel batrân), est considéré comme un des seigneurs de guerre des pays roumains les plus fameux qui lutta contre les invasions turcomanes pour préserver son royaume et la chrétienté, mais aussi contre ses "ennemis de l'intérieur" (Boyards saxons, moines capucins, etc.), relations particulières avec Matei Corvin roi de Hongrie ami-ennemi
Il cherchera à venger son père Vlad II (membre de l'ordre du dragon d'où son surnom Vlad Dracul (2)) et son frère ainé Mircea II le jeune, assassinés sur ordre de Jean Hunyade (Iancu de Hunedoara) avec  la complicité des boyards de Transylvanie, des commerçants des villes saxonnes de Sibiu et de Brasov. 

Les Saxons de Transylvanie, ennemis du voïvode, le présentent dans les contes allemands (1488), abondamment illustrés de gravures, comme un cannibale buveur de sang, prenant ses repas au beau milieu d’une forêt de pals où agonisent ses ennemis...d'où son doux surnom d'empaleur et sa réputation désastreuse, bien que n'ayant jamais hésité à châtier avec la plus grande fermeté ses opposants, ses ennemis ottomans (la "forêt des 20000 pals" décrite par Victor Hugo a-t-elle jamais réellement existé?)
En outre, le surnom d'empaleur ne semble apparaître que très tardivement, en 1550, dans une chronique valaque... 

De nombreux épisodes de la vie de ce seigneur ont été portés à la connaissance du grand public cultivé.

Moins connu est ce rapprochement des "attitudes politiques" du Valaque avec celles du roi de France Louis XI :
 Florin Constantiniu (1933-2012) établit un parallèle entre Vlad III et Louis XI roi de France de 1461 à 1483, contemporain du voïvode de Valachie : "L'un et l'autre ont du tenir tête -évidemment dans des conditions différentes- à l'anarchie féodale ; l'un et l'autre ont poursuivi la consolidation du pouvoir central ; l'un et l'autre ont eu recours -afin d'atteindre leur objectif- à des moyens qui ont frappé la sensibilité et l'imagination des contemporains : Louis XI est devenu 'l'araignée' qui tisse sa toile afin d'y attraper ses victimes, Vlad est devenu le sanglant empaleur". (in Bulei I., 2013, "Brève histoire de la Roumanie, Ed. Meronia, p. 55)


"



Le portrait du voivode exposé à Bucarest lors d'une exposition en 2010.  Le portrait fort connu du prince valaque est conservé depuis 400 ans à Vienne au musée du Château d'Ambras (Autriche)


Louis XI revêtant l'ordre de Saint-Michel, plus précisément « Ordre et aimable compagnie de monsieur saint Michel » (3) sur un portrait anonyme du XVe siècle. L'ordre est créé par Louis XI pour s'assurer de la fidélité d'une poignée de chevaliers, à un moment où comme nous l'avons déjà évoqué, le roi n'accorde plus sa confiance à ces seigneurs vassaux, ces féodaux qui menacent son autorité, sa légitimité de souverain. Louis eut à lutter contre une coalition de princes (la Ligue du Bien Public) et notamment les Bourguignons et Charles le Téméraire défiant le pouvoir royal.  Quand il succède à son père Charles VII en 1461, il est à la tête d'un royaume en ruine, dévasté et amputé par les conquêtes des Bourguignons et les Anglais lors de la guerre de Cent ans. A sa mort, en 1483, il a, notamment, récupéré le duché et le comté de Bourgogne, la Picardie, la Cerdagne et  le Roussillon. 
Louis XI fait embastiller les intrigants et installe une "chambre de la question" dans la prison royale (la Bastille, donc). L'évêque de Verdun, par exemple, fera l'expérience de l'emprisonnement dans une de ces"cages de fer" (ou en bois?) suspendues et souvent nommées "fillettes". Mais si ces cages ont réellement existé, les "fillettes" n'auraient jamais été que le nom donné à de "simples" chaînes en fer munies d'un boulet immobilisant le prisonnier... Néanmoins, il est certain que Louis XI n'a jamais été plus violent ou cruel que la moyenne des rois. "L'universelle araigne" a surtout retissé la toile royale grâce à la ruse et une certaine diplomatie pour réorganiser l’État royal et redonner une cohésion à cette France affaiblie qu'il avait trouvée en montant sur le trône.


 Vlad III lui aussi sut s’entourer de fidèles pour empêcher toute contestation de son pouvoir mais semble, contrairement à Louis XI, n'avoir jamais hésité à utiliser la manière forte (et il l'a même privilégiée) pour assoir son voïvodat, en réprimant dans la violence toute rébellion sur ses terres.  Écarté du pouvoir à plusieurs reprises, après avoir été prince de Valachie en 1448 puis de 1456 à 1462, il revient une dernière fois sur le trône de Valachie en 1476 ou 1477 grâce au soutien de son cousin Etienne le Grand (Stefan cel Mare), avant de mourir dans d'"étranges" conditions, trahi une fois de plus...

Voir "La Roumanie : mythes et identités" ici par exemple : http://www.priceminister.com/offer/buy/152933464/la-roumanie-mythes-et-identites-de-jean-michel-lemonnier.html pour, notamment, une enquête approfondie sur les liens entre Dracula le Valaque (le personnage historique) et Dracula l'Anglais (le personnage de fiction) créature issue de l'imagination  de la française Marie Nivet bien plus que de celle de Bram Stocker (qui serait donc un plagiaire?), selon Matei Cazacu, et qui introduit un sujet plus vaste : celui la conception de l'au-delà, de la vie après mort chez les Roumains, la croyance en des êtres ni-morts ni-vivants (strigoi vii, strigoi morti ) et la résurrection des morts... Dans ce livre, sans outre mesure, un autre parallèle est fait entre le Conducător communiste Ceaușescu et Vlad III...

(1) Prince, souverain d'une principauté ou officier de rang princier (voievod en langue roumaine)
(2) Drac= diable en roumain, dracul= le diable, draco= dragon en latin, et drákôn. en grec
(3) Ordre dont le siège se situait dans l'abbaye du Mont-Saint-Michel 





 

vendredi 1 juin 2012

La Transylvanie : entre tradition et post-modernité...



 
Un village de Transylvanie méridionale : entre tradition et (post)modernité... Il ne s'agit plus, ici, du "village roumain" de Lucian Blaga. Si de nombreux villages transylvains conservent des caractères du village traditionnel, des tensions de plus en plus fortes s'affirment entre des pratiques archaïques (au sens de "traditionnelles" et liées à un univers magico-religieux),  un mode de vie respectant les cycles naturels cosmiques, hérité du "monde des origines" et des comportements (post)modernes, certes séduisants par certains aspects, mais marginalisant une culture et une façon d'être au monde séculaires...
Il apparaît clairement que ce rapport de forces favorise cette conception du monde fragilisant les identités individuelles et collectives, autorisant la multiplication des modèles sociaux, modifiant le rapport au temps... Le village transylvain se retrouve ainsi face au vide. N'étant plus ni tout à fait "traditionnel" et ayant, par ailleurs, résisté à la modernité, il subit l'avancée de la postmodernité, de la surmodernité, de la "surabondance"... il est face à une crise du sens, d'identité...

Ici à Brașov, des immeubles ultra-modernes, qu'ils soient sièges de firmes transnationales, de succursales, ou collectifs d'habitation, souvent haut de gamme, occupent la place des locaux détruits ou rénovés des anciennes entreprises d’État de l'ère socialiste... La post-modernité accompagne le néo-libéralisme triomphant dans cet espace urbain transylvain... 

Les anciens marxistes s’accommodent fort bien de la spéculation foncière -et la ségrégation socio-spatiale qui l'accompagne- dans les grands centres urbains transylvains et de Roumanie plus généralement...

Un affichage indiquant la création ex-nihilo d'un quartier résidentiel sécurisé, au sud-est de Brașov, sur le modèle des gated communities états-uniennes... L'accès à la zone est strictement limité et contrôlé... Un projet d'urbanisme qui répond à une volonté (par un besoin créé?) de satisfaire une clientèle aisée et qui crée une dynamique de sécession avec le reste de la population de la ville... 

Photographies J-M Lemonnier

dimanche 27 mai 2012

Une société roumaine entre deux feux...

 Quelle chance a celui ou celle qui peut assister à une cérémonie chrétienne orthodoxe, de rite byzantin dans une église en Roumanie (dans notre cas) -qui peut durer jusqu'à sept heures à certains moments de l'année liturgique- ou bien encore observer ces hommes et ces femmes, souvent jeunes et parfois très pauvres, prendre le temps d'embrasser, avec recueillement, chacune des icônes présentes dans une église qui en compte parfois plusieurs dizaines, et les voir se signer devant chaque lieu de culte (orthodoxe ou non)  qu'ils rencontrent , pour se rendre à l'évidence que la jeunesse véritablement subversive est là-bas, à l' "Est" (1)... Même s'il ne s'agit pas de toute la jeunesse roumaine, dont une bonne part est parfaitement hypnotisée par le mode de vie de ce que nombre d'habitants des ex-démocraties populaires nomment "Occident".

Et, il faut encore se laisser surprendre par le regard presque extatique et apaisé de ces personnes, une fois leurs actes de dévotion accomplis pour comprendre à quel point celui des jeunes (et moins jeunes) occidentaux est éteint... Gavés et blasés de "tout", parfaits aliénés de notre société anomique, prisonniers d'une existence de laquelle tout sens supérieur a été évacué et d'une réalité toujours réduite au seul monde sensible, cette jeunesse ou plus généralement cette société occidentale "compense" alors souvent par des comportements d'extraversion, "hystériques", nihilistes (le nihilisme réactif au sens nietzschéen) faux élan vital cachant une peur atroce de la mort..

Par incidence, nous sommes en mesure d'évaluer l'apport constitué par ce modèle occidental, sur une autre partie de cette jeunesse roumaine, plutôt "urbaine" en rupture croissante avec la première citée, victimes plus ou moins consentantes d'un  libéralisme-libertaire, i.e. une idéologie aussi parfaitement séduisante que réactionnaire annihilant toute possibilité de d'émancipation véritable. Une population plutôt jeune, donc, séduite par une absence de contraintes (ou bien plutôt par cette idée) qui leur permet, certes, de contribuer à tisser les liens de ce monde d'interdépendances entre les nations et les territoires, mais qui les prépare, à n'en pas douter, à un avenir de souffrances fait de reniements, déracinements, et d'oubli de leurs identités, individuelle et collective.

Il ne s'agit pas de faire l'apologie aveugle du christianisme orthodoxe (que nous pouvons considérer comme une forme de résistance populaire) ou d'un mode de vie que nous aimerions à considérer comme "traditionnel" et "salutaire" ou "salvateur". Mais, face à ces individus occidentaux qui par esprit de système, rejettent toute idée de transcendance ou refusent toute considération sur la question du "saint" ou du  "sacré", séduits par un individualisme trompeur et cette illusion d'être libres largement entretenue par les mass médias, mais aussi tellement persuadés de détenir la clé de l’univers, la "clavis absconditorum" interdisant toute conversation avec eux, au moins pouvons-nous poser la question de savoir si la société roumaine, dans son ensemble, sinon fascinée, au moins attirée par le mode de vie occidental dominant, pensant se libérer du poids des traditions et de la "coutume" ne renonce pas à une bonne part d'elle-même...


Une telle question est, bien sûr, nulle et non avenue pour les chantres du "tout économique" (autrefois socialistes devenus (néo)libéraux sans états d'âme) et de la rationalité pour qui le but premier de l'existence est ce qu'ils nomment "progrès" ou "développement"... Abhorrant toute forme de "spiritualité", sinon à l'occasion certaines formes d'un bouddhisme complétement dénaturé, ces matérialistes quels qu'ils soient, ne savent rien et ne veulent d'ailleurs rien savoir de ces sujets d'ordre métaphysique, disons "transcendants" qui intéressent encore certains membres de ces sociétés "hésitantes"... entre Tradition et modernité... 


A (très) grands traits, dégageons deux tendances lourdes... Nous pourrions affirmer la présence d'un christianisme orthodoxe populaire "rédempteur" en Europe orientale face à un christianisme essentiellement moral des "puissants" plutôt bourgeois, protestant ou catholique romain en Europe occidentale.

Photographie : J-M Lemonnier, Sibiu-Transylvanie, Catedrala Sfanta Treime din Sibiu, 2009


jeudi 17 mars 2011

Géographie du sacré : le village roumain...

« Le village (Roumain) ne se situe pas dans une géographie purement matérielle et dans le réseau des déterminants  mécaniques de l’espace, comme la ville ; au regard de sa propre conscience, il se situe dans le monde et se prolonge dans le mythe. » Lucian Blaga, 1936