: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: Michéa
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mercredi 10 février 2016

"La vraie vie à l'école", éducation et néo-totalitarisme déconstructionniste dans le monde euro-américain

C'est en lisant cet article sur le site Politis http://www.politis.fr/articles/2016/02/de-la-misere-en-milieu-enseignant-34064/ que le souvenir de la lecture récente du du livre de Philippe Lacadée, psychiatre et psychanalyste "La vraie vie à l'école. La psychanalyse à la rencontre des professeurs et de l'école" (2014, Ed. Michèle) m'est revenu à l'esprit. Le fossé est tellement immense entre la réalité, aujourd'hui dans un établissement scolaire, et les solutions présentées dans ce petit ouvrage où l'auteur élabore des néologismes ("lalangue") qui n'apportent fondamentalement rien en matière de concepts opérationnels, euphémise (insultes-> provocations langagières), joue misérablement sur les mots en bon lacanien ("le langage de l'authenti-cité") et à la suite des légions de spécialistes en "sciences" de l'éducation explique tranquillement, témoignages complices d'enseignants qui travaillent avec lui en renfort, ce dont l'école a besoin. Bref, la longue litanie des niaiseries "égalitistes" habituelles. Encourager la création de toilettes mixtes élèves-professeurs, par exemple...
Cette lecture a été d'autant plus énervante que la thèse développée dans l'ouvrage nous a été présentée à plusieurs reprises, et ce dans un laps de temps très court, pratiquement sinon comme une "voie alternative de salut", une analyse innovante du système scolaire suivie de propositions en rupture avec le modèle sur lequel il est bâti. Or, il n'est rien, bien évidemment. Il faut toujours garder à l'esprit que le vaste domaine de la littérature des "sciences" de l'éducation est avant tout un marché et l'ouvrage de Lacadée n'en est qu'un énième produit. Lacadée ou comment continuer à être dans la norme tout en se réclamant de la marge. L'auteur est proche de Philippe Mérieu et trouve admirable le film de François Bégaudeau "Entre les murs"...La messe est dite...
 Ce qu'écrit Lacadée, certes  - on en convient - auteur bien moins médiatique et idéologue que certains autres "experts", on le retrouve en substance dans nombre d'ouvrages consacrés aux sciences de l'éducation :
 -partir des connaissances des élèves et considérer leur "culture" (sans rire et là encore il y a un sous-entendu monstre et parfaitement méprisant de la part de ce psy, VOIR ICI : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/12/trahison-des-elites-et-instruction-au.html) pour les amener à la culture savante, soit en cours de français partir de Joey Starr pour arriver à Du Bellay...(Toujours cette fascinatioin des classes moyennes et de la bourgeoisie libérale post-68 pour les voyous et les abrutis. Par ailleurs, personnellement, je n'ai jamais vu un rapport même lointain entre une chanson de rap et la poésie, la littérature en général)
-privilégier les modes d'organisations socio-spatiaux horizontaux, rhizomatiques (deuleuzianisme), 
-maintenir en vie la comateuse école "foucaldienne" inclusive, 
-persévérer dans la voie du relativisme-constructivisme interactionniste,  etc.
Enfin, on a du mal à comprendre le titre du livre, une fois que l'on s'est attardé sur le contenu ? "La vraie vie à l'école ?" Vraiment ? L'Ecole, si sa mission est  d'instruire, doit effectuer une critique radicale du spectacle de la marchandise, or ce Lacadée ne fait à la suite d'autres ses semblabes (bourgeois libéraux et "libertaires") qu'encourager la dictature démocratique de la merde, de la police du spectacle, le maintien de l'illusion de l'anti-vie par l'Ecole...Ce qu'écrit cet auteur lacanien (à la suite de son maître et de sa pensée de psychotière) s'inscrit  impeccablement dans la longue lignée des verbiages des flicaillons freudo-lacano-marxistes,  kapos du camp de concentration spectaculaire marchand globalisé.

On préferera à cet énième essai défendant l'enchantement aliènatoire, la lecture du Michéa sorti il y a des années "L'enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes" (1999, réed. 2006, Ed. Climats-Flammarion). Dans ce livre, Jean-Claude Michéa montre qu'une critique efficace et réelle du système éducatif des pays du monde euro-américain, passe nécessairement par une critique conjointe du libéralisme économique (de droite) et du libéralisme culturel (de gauche) et plus généralement par un démontage des fondements philosophiques sur lesquels repose le "monde moderne" (incluant ses monstrueuses extensions paroxystiques dites "postmoderne" ou "hypermoderne" ; nous sommes bien contraints d'utiliser le langage de l'ennemi), ce que Lacadée et ses disciples ne veulent pas ou sont tout simplement incapables de faire...




Ce qui suit ne s'éloigne pas, à proprement parler, du sujet. Nous restons toujours dans le cadre de ce néo-totalitarisme pédocentré. Ici en Norvège, nous avons plusieurs exemples de l'application de ce mélange de féminisme autoritaire (matriarcat, facho-féminisme) et  pensée déconstrutionniste.
- Un premier cas où des parents (un père roumain, une mère norvégienne) se sont vus retirer la garde de leurs enfants car ces derniers  recevaient de temps à autre une petite fessée. 
- Un second cas :  une mére russe qui avait aidé son enfant à faire tomber sa dent de lait a été "signalée" (fiche S?) aux servives sociaux norvégiens, sur dénconciation de l'institutrice à laquelle l'enfant avait confié cette histoire...
Ces affaires peuvent paraître aberrantes pour toute personne possèdant encore un peu de "bon sens", expression détestée des bourdieusiens et autres derrido-foucaldo-deleuziens, freudo-marxistes ou marxistes culturels, car le "bon sens" pour ces idéologues, c'est le préjugé, le fascisme en germe. Pour les comprendre, il faut bien réaliser que de leur point de vue, le pouvoir, la domination, donc (encore une fois) le fascisme sont partout et notamment dans les valeurs que peuvent transmettre les parents à leurs enfants... 
http://stirileprotv.ro/stiri/international/familia-bodnariu-si-a-vazut-pentru-prima-data-copiii-dupa-2-luni-cazurile-similare-care-vorbesc-despre-un-stat-in-stat.html


 Ici, un directeur d'école de nationalité roumaine installé en Norvège, explique à des journalistes roumains, à quel point le système éducatif (au sens large) norvégien et "occidental" en général est catagogique (des enfants illettrés, des adultes qui n'ouvrent jamais un livre, des individus qui méprisent le savoir...) et crée des ordures narcissiques (narcissisme au sens de C. Lasch) à la chaîne. Cet homme n'a pas voulu placer ses enfants dans ces écoles transformées en pétaudières où je cite "les élèves font absolument ce qu'ils veulent", et a donc préféré les laisser grandir en Roumanie... http://stirileprotv.ro/stiri/international/familia-bodnariu-si-a-vazut-pentru-prima-data-copiii-dupa-2-luni-cazurile-similare-care-vorbesc-despre-un-stat-in-stat.html


Ici un article intéressant sur les nazis-féministes en Suède :
http://www.lauraagustin.com/extremist-feminism-in-swedish-government-something-dark

VOIR AUSSI sur ce BLOGUE : 
Trahison des élites et instruction au rabais :
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/12/trahison-des-elites-et-instruction-au.html
Socialisme clouscardien contre gauche deleuzienne :
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/08/socalisme-clouscardien-contre-gauche.html
et tous les articles marqués Michel Foucault :
 http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/search/label/Michel%20Foucault






jeudi 13 août 2015

La gauche au milieu des ruines...

Michéa part d'un constat : la pensée de gauche contemporaine est un immense champ de ruines. Loin de se limiter à quelques critiques superficielles qui effleureraient à peine le sujet, il établit une sorte de généalogie, bien plus encore une carte génétique (sa démarche est philosophique) du libéralisme pour y trouver les causes premières de la situation présente. Il rend alors compte du fait que la gauche telle qu'elle se présente de nos jours (de Hollande, à Emmanuelle Cosse en passant par Mélenchon), suivant à la lettre la formule de Michel Foucault selon laquelle tout l'héritage du socialisme est bon à mettre à la jaille, n'a jamais été que l'Incarnation du versant culturel du libéralisme. Derrière ce GRAND renoncement, qui pour paraphraser Jean-Claude était de toute façon, consubstantiel à la stratégie de cette gauche sorbonnarde-mitterrandienne-pétard-caviar, il y a un projet "total"-itaire : faire du "citoyen" une machine désirante (libérer les flux libidinaux !, les fascistes historiques auraient parlé de force vitale !), autrement dit un consommateur abruti et un employé servile, sans conscience politique et le priver de l'héritage de contestation radicale de ses ascendants (qui n'est que fascisme selon cette "nouvelle" gauche pour qui le confusionnisme et l'inversion accusatoire sont des modes d'opérer systématiques), sans racines donc, sans passé et finalement sans "qualités" (Musil). 

En lieu et place, de cette radicalité contestataire réellement subversive car "ENRACINEE", puisqu'il est désormais hors de question d'en finir avec le "capitalisme", la gauche libérale butlero-derrido-deleuzienne propose-impose à ce nouveau type anthropologique parfaitement immature (mâle ou femelle), nourri aux films de cet abruti de Tarentino et qui continue de jouer à la console Nintendo après 40 balais, les  slogans les plus creux les plus apolitiques et d'adhérer tous les couillonneries de la révolte mise en spectacle : de la techno-parade aux apéros festifs parrainés par Nike et les Inrocks, du "changement c'est maintenant" à la lutte anti-fascistes sans fascistes, du rebelle abruti techno-rapoïde qui gigote du cul dans les émissions de Canal + aux  études sur le "gender-post-porno-queer" et autres bavardages pervers déconstructionnistes, etc.

Être dans l'air du temps, vivre avec son époque...toute forme de nostalgie ou références à propos d'un certain mode vie qui exclurait, de facto, un bon nombre de parasitages mentaux actuels, toute contestation du mode de production capitaliste ne pouvant être que réactionnaire, "d'essence barrésienne" (Michéa citant Pascal Lamy à propos des déviants qui se posent deux ou trois questions au sujet d'une  mondialisation basée sur la croyance en une croissance infinie dans un monde aux ressources limitées), chacun est, par incidence, sommé d'adhérer au slogan : "il n'y a pas d'alternatives (au capitalisme)". Nier la réalité de la lutte des classes, écraser la psyché, salir les âmes ! Penser et vivre comme des porcs finalement...C'est le projet libéral-libertaire, un contrat à tacite reconduction entre la gauche et la droite depuis 40 ans, parfaitement respecté, par exemple, à travers l'alliance du sociologue de gauche et de l'économiste de droite...

Ceci étant dit, Michéa n'oublie pas la critique du marxisme (et des marxistes) en montrant la parfaite indigence de son anthropologie et son adhésion a-critique à l'idéologie du progrès (et cette stupide conception de l'histoire des sociétés : passage du stade de l'enfance à celui de l'âge adulte qui est la même chez les libéraux), au productivisme, à l'idée de croissance infinie, etc.

mercredi 22 octobre 2014

Michéa et les "autres"...


Jean-Claude Michéa réhabilite des notions somme toute peu "scientifiques" car non mesurables, non quantifiables et qui ne rentrent dans aucun tableau statistique du CNRS, comme la "décence commune", la gentillesse ou le Don, voir le très respectable sentimentalisme "petit-bourgeois" (à distinguer du spectacle télé-perfusé de la sensiblerie générique entrecoupé de scènes d'ultra-violences pour troupeau de décérébrés peuplant le "global state" surdomerne), qui dépassent les "clivages politiques".
A une époque, où il faut, à la fois (et nécessairement) se comporter comme un-e abruti-e, un goujat (et, toujours en "mouvement" ! Sans nostalgie réâââctionnaire, SVP !) pour se donner l'impression d'exister, mais aussi notamment dans le domaine des SHS ne plus faire de la "littérature" (ce que les Sc. Humaines et Sociales sont la plupart du temps et réellement, ce qui ne présente, dans l'absolu aucun caractère méprisable), en donnant à sa prose des aspects de scientificité à grands renforts d'indicateurs (forcément ALTERNATIFS), de graphiques et de cartes et de courbes tracées par des crétins qui, parfois, manipulent des formules mathématiques (et des concepts philosophiques...) auxquelles ils ne comprennent rien, ce Michéa ne pouvait que rencontrer l'hostilité de ces cyniques "éclairés", qui peuvent indifféremment se réclamer du gauchisme, du marxisme, du freudo-marxisme, du "libéralisme" en général ou du libéralisme en particulier, de la droite machin-chose, etc. "Evidemment", c'est sans doute dans certains milieux authentiquement "conservateurs" qu'il rencontre le plus de sympathie, d'où les accusations """infamantes""" de "déviance dextriste" dont il est régulièrement la cible...

à lire :
 http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/09/deconstructions-mortelles.html



mercredi 24 septembre 2014

Karl Marx, Michel Clouscard et Jean-Claude Michéa contre la gauche

Marx et Clouscard ne s'attaquent pas aux réactionnaires de leur époque, mais à la gauche qui leur est contemporaine. Ainsi, Marx ne fustige pas Bonald ou de Maistre, tout comme Clouscard ne fait pas une fixation sur Le Pen. Pour Marx, "être de gauche", c'est appartenir au "camp des bourgeois". Pour Clouscard, qui produit évidemment une analyse réactualisée des rapports de classes et de productions, mais également des clivages politiques, le problème (entendre l'adversaire du prolétariat -de fait du socialisme- dont il donne une définition élargie par rapport à celle des marxistes-idéologues) depuis 1945 et surtout depuis 1968, ce n'est pas la vieille bourgeoise gaulliste, bonapartiste ou le "nationalisme intégral" maurrasien dont il ne reste plus rien, mais le freudo-marxisme (la gauche sociétale-libérale) avec Deleuze, Foucault, Derrida...(des "néo-fascistes" ou "pré-fascistes"...on pourra toujours discuter de l'apppelation...) et par incidence les pseudo-clivages et catégories d'analyses créés par la "nouvelle gauche" : homme/femme (le féminisme), les "jeunes", les minorités sexuelles, ethniques, religieuses qui taisent et nient donc la lutte des classes. De même, le travail de Jean-Claude Michéa s'attache à démonter, avec des références différentes (Mauss, Orwell, Debord, Lasch, Caillé...) de celles du précédent cité,  l'imposture freudo-marxiste autrement dit le triomphe du libéralisme libertaire soit du néo-capitalisme né de la collusion entre la droite patronale, des affaires, et la gauche dite libertaire, qui s'incarne sur le plan intellectuel à travers l'alliance de l'économiste de droite et du sociologue (ou tout autre chercheur en sciences sociales) de gauche.
Par ailleurs, ajoutons que les belles âmes de gauche ont, visiblement, grand mal à comprendre que critiquer la gauche ne veut absolument pas dire être de droite, si cette distinction a un sens...Et, c'est tout le travail, finalement, des deux sus-cités que de confirmer l'obsolescence de cette distinction, voire sa facticité. 

vendredi 14 mars 2014

Marxisme-léninisme, marxisme clouscardien, socialisme anti-progressisme : filiations et ruptures radicales


Quelques notes inspirées, après être tombé sur un "nid de buses progressistes-productivistes" (1) niant l'existence des "classes moyennes" et focalisé sur le clivage classe ouvrière/bourgeoisie (et donc incompréhension de l'idée du travailleur collectif, ensemble organique réunissant le manuel et l'intellectuel). Il va sans dire que ce discours méprisant le "réel actuel" relève du crétinisme marxiste-léniniste dogmatique et poussiéreux (2). Les analyses de Clouscard -que ces idéologues ignorent royalement- ont bien montré l'existence de cette classe moyenne, certes hétérogène (il faut donc parler de classemoyennes, de couches moyennes), aujourd'hui hégémonique, clientèle du "marché du désir" selon la formule chère à l'auteur et qui, de par sa toute puissance, a entraîné un nouveau clivage centré sur la division production/consommation depuis des décennies (à partir de la date symbolique de 1968).  Clouscard est, certes, un progressiste-productiviste et de ce point de vue là, il reste fidèle au "marxisme prométhéen" (pléonasme?), mais tout son mérite est d'avoir montré que d'une part, le projet marxiste est compatible avec la démocratie et d'autre part d'avoir démontré qu'un certain nombre de positions sectaires lénino-staliniennes n'ont plus à rien à faire dans les mouvements politiques qui se réclament de Marx. 

Cependant, on a AUSSI le droit de douter d'un certain nombre de ses positions. A titre d'exemple significatif, les raisons avancées par Clouscard expliquant les raisons pour lesquelles on dégraisse dans les entreprises et on délocalise ne sont pas validées par les évolutions des politiques économiques actuelles. Ainsi, on ne délocalise pas, de plus en plus pour des raisons de destruction de l'environnement dues aux productions industrielles et la pollution générée par celles-ci (disons qu'elles peuvent constituer une excuse et il est vrai que le discours "écologiste" émerge politiquement et médiatiquement en pleine crise du capitalisme dans les années 60, l'idéologie 68arde viendra à son secours avec son discours "idéaliste" et "libérateur") mais bien plutôt et toujours exclusivement pour des raisons de coût de la main-d'oeuvre. Inutile de dire que Clouscard fustigeait tous les mouvements décroissantistes (qu'on ne confondra pas, comme prennent plaisir à le faire les économistes libéraux, keynésiens et les pseudo-écolos "durables" de gouvernements, avec l'absence de croissance actuelle ou la récession) et est resté sur cette ligne dure productiviste... Si l'industrialisation et la machine (sanctifiéés par les marxistes et les capitalistes) (3) ont permis à l'homme de le mettre à l'abri de la pénurie (c'est loin d'être vrai partout, cf. l'ex-bloc communiste), on peut douter que celles-ci continuent très longtemps à assurer cette "protection". Comment croire, aujourd'hui, à la croissance d'une production industrielle illimitée (pour produire quoi, d'ailleurs?) dans un monde aux ressources naturelles limitées, à une croissance infinie dans un monde fini ? Il reste que Clouscard est assurément un des rares penseurs marxistes qui nous soit contemporain à avoir produit une somme d'analyses parfaitement géniales et fulgurantes concernant la nature du néo-capitalisme dont l'origine est à rechercher dans l'imposition du  le Plan Marshall  et qui s'affirme de manière autoritaire  et sans fard par mutation dans la contre-révolution capitaliste de Mai 68. Nous connaissons la suite...

Il faut alors, à l'évidence, porter une attention particulière aux propos de Michéa qui défend le socialisme sans le "progrès" et qui remet à leur place les "progressistes" (sociaux-démocrates ou (néo-)marxistes révolutionnaires) en leur "demandant" de faire preuve de plus d'humilité, les considérant comme dogmatiques et figés, croyants fanatiques dans le "culte du progrès" et du demain sera toujours meilleur qu'aujourd'hui et des lendemains qui chantent... En effet, à l'épreuve de l'histoire, cette "religion du progrès" est loin d'avoir fait montre d'une réelle pertinence. Et là, il faut considérer avec intérêt les thèses des décroissants anti-productivistes qui ont, forcément, aussi à voir avec cette "décence commune" (cf. paragraphe 4). Autant dire que la figure du "producteur" au sens marxiste ne fait l'objet d'aucun culte parmi les décroissants. En tout cas, le  "producteur" pour les décroissants n'est pas de même nature que celui des progressistes. Certains hurlent à la réaction, au poujadisme à la lecture des thèses décroissantistes, pourtant Poujade le défenseur du petit commerçant parasitaire qui accumule du capital sans produire est bien loin de l'idéal prôné  par ceux qui refusent la croissance illimitée (et la croissance du capital, fait en effet partie de ces "croissances non désirables ou désirées"). Il y a beaucoup à dire à ce sujet...

Par ailleurs, les progressistes ont toujours fait comme si l'être humain était dénué de toute âme, de tout désir de transcendance ou d'attachements à des lieux, à des personnes à des traditions, des valeurs et on sait à quel point Marx, par exemple, méprisait ces paysans dont les "comportements conservateurs"  ne pouvaient s'expliquer que par l'abrutissement propre à une existence campagnarde. Finalement, sur ce point le discours libéral de droite ou de gauche est le même. que celui de Marx et de nombre de marxistes. Ces progressistes n'ont d'ailleurs toujours pas saisi que ce petit peuple (4) méprise et méprisait ces adorateurs du progrès du fait de leurs discours ethnocidaires. Il faut, ici, rappeler le rejet des thèses des révolutionnaires français chez une large part des paysans de l'ouest de la France...ou de celles des communistes est-européens par les petits paysans des Balkans ou des Carpates... 

Enfin, on dira que le militantisme à gauche (voire le militantisme tout court) a toujours séduit ceux que la "vie intérieure" terrifie...

Lisons donc Michéa, et ce passage tiré de son dernier livre qui illustre et synthétise fort bien sa pensée :
"S'il y a une chose qui devrait être universellement claire -après un siècle d'errements et d'échecs du mouvement révolutionnaire- c'est que le monde ne pourra véritablement changer en bien (et aucun "sens de l'histoire" ni aucune théorie du "progrès" ne peuvent garantir mécaniquement cette issue désirable) que s'il change simultanément par en bas et par en haut, et que si chacun, par conséquent, est disposé, dans sa vie quotidienne à y mettre un peu du sien. Les révolutionnaires "professionnels" qui ne rêvent quant à eux, que de 'saisie jacobine de l'Etat' (Guy Debord) devraient bien plutôt s'interroger sur leur propre rapport personnel à la volonté de puissance et à la common decency (décence ordinaire)" Michéa J-C, Les mystères de la gauche, De l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, Flammarion

Michéa nous dit -sans rejeter Marx, mais les marxistes certainement- l'intérêt qu'il y a à (re-)découvrir les  penseurs du socialisme, du syndicalisme révolutionnaire, de l'anarcho-socialisme, tels Georges Sorel ou Pierrre Joseph Proudhon et en général les socialistes pré-marxistes ou utopiques  en se réfèrant donc, en partie (car l'idée d'un progrès continu présent dans ces doctrines doit être remise en cause, plutôt Fourier que Cabet donc sur ce point) aux théoriciens pronant une révolution socialiste pacifique. Une des idées- forces de ces doctrines est que la création de communautés socialistes  au sein de la société capitaliste permettrait la disparition de cette dernière. Michéa ne considère pas, pour autant que ces "communautés intentionnelles" seraient suffisantes pour "renverser" le système capitaliste. Les expériences menées dans "communautés néo-rurales" et autres les "communautés hippies", par exemple, ont, en effet, largement montré leurs limites et, surtout, leur dimension "petite-bourgeoise" mais aussi "parasitaire" (installation dans la misère rurale grâce à l'exode post-1945). La sortie du capitalisme selon Michéa est donc bien un compromis entre deux "intentions" (cf. supra) et passe obligatoirement par une révolution anthropologique totale.

(1) Finalement, j'y ai retrouvé le discours bien trop fréquent du bon gros beauf bien con et d'autres frustrès (toutes étiquettes politiques confondues, soyons justes) qui méprisent le travail et les professions  intellectuels et... surtout les "humanités" et dans ce cas, avec pour seule "culture" celle du militant de gauche radicale (tout est dit). Et on sait à quel point cette engeance, si prompte à "fasciser" ce qui s'écarte seulement d'un iota de sa ligne idéologique, a toujours eu la mentalité policière... On n'insistera pas sur la dimension "bouffe-curé" du discours de ces personnes. Simplement, l'anticléricalisme (comprendre anti-catholique ; le catholicisme étant à peu  près la seule branche confessionnelle du christianisme dont ils aient entendu parler) en 2014 en France, c'est plus qu'une lutte de retard, cela relève, bien plus, de la pathologie, de la névrose obsessionnelle...disons même de la connerie la plus crasse.

(2) "La vérité est que les innombrables intellectuels anglais [NDA : français conviendrait très bien] qui baisent  le cul de Staline ne sont pas différents de la minorité qui  fait allégeance à Hitler ou Mussolini, ni des spécialistes de l'efficacité qui, dans les années vingt, prêchaient le "punch", le "nerf", la "personnalité" et le "soyez un loup!" Orwell, G.

(3) Quel que soit le mode de production l'abrutissement du travailleur reste le même. Collectivisation = fordisme=toyotisme=technicisme=aliénation. Ajoutons que les pays dits "socialistes" (Europe centrale et orientale + URSS)  n'ont jamais dépassé le stade de la "dictature du prolétariat", en réalité celle du Parti donc d'une clique de profiteurs-parasites

(4) On ne fera pas non plus de ce "petit peuple" une figure christique, lui aussi compte son lot de racistes, de crétins à préjugés et d'irrécupérables prêts à tendre le bras de manière à faire un angle de 45° avec l'horizon devant le premier chef vaguement charismatique qui se présentera à lui. Seulement, Orwell et Michéa considèrent que c'est parmi ce "petit peuple" que l'on trouve le plus fréquemment ces comportements de "décence ordinaire", d'authencité et d'adhésion à ce concept fondamental maussien du "donner, recevoir et rendre"...On sait également que Guy Debord était beaucoup moins optimiste que Michéa quant à la fréquence de l'adhésion de ce "petit peuple" à ces valeurs...