: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: Roumanie : mythes et identités
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dimanche 24 avril 2016

Duminica Floriilor - christianisme cosmique - Dimanche des Rameaux

"Duminica Floriilor", fête pagano-chrétienne ou bien plutôt chrétienne-cosmique...A la réactualisation rituelle de l'entrée du Christ dans Jérusalem se mêle une fête  païenne célébrant le printemps, certainement d'origine daco-romaine mais vraisemblablement antérieure au moment de l'arrivée des Indo-européens en Europe. On rappelera que l'existence d'un calendrier litugique identique d'une année à l'autre, milite en faveur de l'existence d'une pensée mythico-cyclique au sein du christianisme, orthodoxe ou non par aillers. De surcroît, on sait, de manière quasi-certaine que nombre de réjouissances festives liées aux cycles bio-cosmiques existaient bien avant l'installation des Indo-aryens en Eurasie occidentale (nous incluons ici l'Europe centre-orientale et occidentale). La naissance  de ces  fêtes s'incrivant dans un calendrier bio-cosmique sont sans doute contemporaines des peuples néolithiques, voire paléolithiques.
En outre, à l'évidence, c'est la célébration chrétienne (les "Rameaux"), réactualisation d'un événement de la vie de Jésus-Christ qui s'est superposée à cette fête païenne "des fleurs" (il existe d'autres fêtes de ce type, célébrant l'arrivée du printemps ou de l'été comme Saint-Jean/Sânziene en juin par exemple), donnant naissance à toutes ces créations originales que sont les fêtes chrétiennes roumaines et plus généralement européennes centre-orientales. C'est évidemment dans le monde rural que celles-ci ont été le mieux conservées. Aujourd'hui, elles subissent le funeste sort de toute tradition appartenant aux sociétés traditionnelles (archaïques) et qui subsistent en ces temps de modernité (avancée)...

jeudi 17 décembre 2015

"Din cer senim", Colinda (chant de Noël) et signification des fêtes de fin d'année

COLINDE orthodoxes chrétiens

Les origines de la tradition des colinde (sing. colinda, étym. calendes), chants qui, originairement, répondaient à une structure rituelle fixe, se perdent dans la protohistoire roumaine. Si les motifs chrétiens sont, depuis des siècles, privilégiés, les thèmes païens sont très présents dans ces chansons particulières réservées à ce temps fort de l'année qu'est la réactualisation de la Nativité du Christ. Temps fort de l'année liturgique dont les comportements qui s'y rapportent sont largement hérités du monde pré-chrétien, ce moment répondait à la nécessaire levée périodique des tabous en vigueur dans les sociétés traditionnelles lors des fins d'année : rituels orgiaques, boulerversement temporaire de la hiérarchie sociale (l'esclave devient le maître, ce dernier est moqué...), etc. Cette période de chaos est ou était homologable à la fin des temps, à une fin de cycle, à la destruction d'un monde auxquels succède nécessairement un nouveau monde, un cosmos régénéré. C'est ainsi qu'il faut interpréter tout passage d'une année à une autre. Par là s'affirme le caractère cyclique de l'existence humaine et de la Création, qui suivent des périodes de destruction et de renouvellement (palingénésie).  Si la période de Noël évoque nécessairement les Saturnales romaines, puis la fête du Sol Invictus-Mithra, il est à peu près certain que les pratiques licencieuses qui avaient cours lors du solstice d'hiver ont une origine bien plus lointaine. Il faut assurément remonter au néolithique européen pour approcher  les origines de ces fêtes de réjouissances solsticiales communes en Europe. 

Masque rituel selon la tradition populaire roumaine
VOIR aussi sur ce blogue :



mardi 15 décembre 2015

La Roumanie éternelle face au fascisme technocratique bruxellois

Une image vaut mille mots...Parfois...C'est le cas ici...
Destruction des dernières sociétés et paysanneries traditionnelles, nouvel acte :http://www.francetvinfo.fr/politique/
Les protestations des bergers devraient être prises en compte...http://republica.ro/oierii-au-luat-cu-asalt-parlamentul-imaginile-zilei, mais ce n'est que partie remise. L'Europe communautaire atlantiste et ses défenseurs (des commissaires aux petits exécutants locaux, intellectuels européistes natiophobes y compris) n'ont que mépris pour ces dernières communautés agro-pastorales incarnées par ces bergers roumains et leur mode d'être au monde particulier...De Nicolae Ceausescu à Jean-Claude Juncker, le même projet totalitaire homogénéisant. Toute trace d'"archaïsme", tout particularisme culturel, ethnique ou religieux doivent être effacés. Ces sociétés traditionnelles, ou ce qu'il en reste, sont considérées comme des freins au développement, à la "nécessaire"  modernisation...Marxistes (qui peuvent n'avoir jamais lu une seule ligne de Marx) et libéraux-fascistes se serrent la main...

VOIR sur ce blogue : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2013/09/le-paysan-roumain-homme-religieux.html


lundi 21 septembre 2015

Constantin Brǎiloiu - Ethnomusicologue / Rites funéraires de la tradition populaire en Roumanie

Constantin Brǎiloiu (1893-1958) est un ethnomusicologue roumain qui, le premier, a établi une disticntion entre "chants des Aubes" et "chants funèbres". Les premiers appartiennent au domaine des rituels funéraires et suivent un schéma bien précis, le chant variant uniquement par la mention du nom du défunt, les seconds sont l'expression du chagrin, de la tristesse, de la détresse et trouvent, vraisemblablement leur origine dans les rites funéraires de la protohistoire, en des temps préchrétiens. Le chant funèbre porte le nom de bocet et s'adapte aux particularités du défunt. Il prend des formes extrêmement variées. Le bocet a pour but d'apaiser l'âme du trépassé. Les femmes qui chantent le bocet sont les bocitoarele. Les chanteuses se confondent parfois avec les femmes-chamanes ou guérisseuses, de moins en moins nombreuses de nos jours. Elles se considérent comme des "prêtresses". Elles doivent préparer la personne décédée à l'arrivée de la Mort, l'accoutumer à cette idée, lui décrire le chemin qu'elle devra suivre dans l'Autre Monde  et demander ainsi aux aurores ne pas se présenter trop vite. Elles sont les messagères du défunt et chantent auprès de lui dans sa maison. Ceci est valable sur certains espaces ruraux de Roumanie. Ailleurs, ces comportements n'ont quasiment plus ou pas cours. Non que l'on ne s'occupe pas de ses défunts et que les rites mortuaires n'existent pas mais, d'une part, certaines coutumes sont circonscrites à certains pays roumains et d'autre part l'avancée de la modernité dans ces régions -que l'on y pratiquait le chant ou pas- a largement entamé la richesse des pratiques accompagnant le mort vers l'Autre Monde. Les rites populaires positifs (ou négatifs qui relèvent dans ce cas de l'interdit) sont, pour autant, indifférement de la zone géographique, très riches. S'il n'y a pas de chanteuses dans certains villages de Transylvanie, il y a par contre des femmes très pieuses qui se chargent, par exemple, de renverser les chaises (elles les mettent à terre) les chaises qui ont servi au support du cercueil dans la maison du mort avant le départ pour l'église. De même, si le défunt est une femme, trois femmes souvent vieilles et également très pieuses auront la charge de faire prendre un bain à la morte, etc. Ces rites exécutés et ces coutumes pratiquées en l'honneur du trépassé s'inscrivent dans le temps long (un repas spécifique, "pomana", en l'honneur du défunt où l'on convie membre de la famille et villageois est organisé à des moments précis durant des années) et sur des espaces de qualités différentes (la maison, l'espace public du village, l'église). 

Ces pratiques et attitudes sont beaucoup trop nombreuses pour que nous les exposions toutes dans le cadre de ce petit article. Il serait même illusoire de vouloir entreprendre une telle démarche ici. De plus, décoder leur signification exigerait d'amples développements. On peut, cependant, avoir un bel aperçu de ces rites et coutumes à partir de témoignages de première main dans ce livre. En ce début de XXIe s., j'ai sans doute eu l'immense privilège d'entendre et de récolter les derniers  témoignages de Roumains, -le plus souvent des campagnards, chez qui les traditions sont encore les plus vivantes- concernant les conceptions sur la mort, les longues préparations au "Grand Voyage" et les pratiques rituelles populaires qui durent des années encore après l'inhumation du défunt, avant que toutes n'appartiennent plus aux catégories du...vécu (si je puis dire...) et ne finissent par devenir que souvenirs d'une époque définitivement révolue. J'ai, par ailleurs, le sentiment que ce moment où les hommes et femmes de Roumanie (c'est déjà le cas en partie avec la concurrence d'autres modes d'"honorer" ses morts comme la crémation, mais aussi à cause du mépris que ces coutumes inspirent de plus en plus au sein de la société roumaine) auront oublié pour toujours ces cérémonies relevant d'une religiosité populaire qui se perd dans la nuit des temps, est très proche...

Il faut, en outre, rattacher cette coutume du chant à la croyance en des entités non-mortes et non-vivantes ou mi-mortes, mi-vivantes, les strigoii susceptibles d'écouter les chants qui leur sont consacrés. Les strigoii sont des êtres décédés qui ne trouvent pas le repos. Ils se trouvent entre deux états d'être, entre deux mondes, celui des morts et celui des vivants. Ce sont ceux qui sont mal morts, qui exigent réparations d'un préjudice qui les empêchent de rejoindre définitivement le monde des morts. De ces croyances en le retour possible d'un être décédé parmi la communauté des vivants, on comprend le soin apporté à l'exécution des pratiques rituelles.  Il ne sont pas rares les récits dans ces pays roumains de Moldavie historique, de Transylvanie ou des Maramures qui narrent le retour d'un défunt revenu de l'Au-delà ("dincolo") hanter la communauté des vivants. Ces rites funéraires d'origine païenne  qui se perdent dans la préhistoire de l'humanité se conjugent avec ceux de la tradition ecclésiale doivent donc être exécutés avec la plus grande minutie, notamment à cause de la possibilité qu'un mort se "fâche" et ne se fasse justice. Les rites funéraires sont des rites de passage avec leurs règles strictes car la mort est initiation, nouvelle naissance. A la mort du corps biologique succède la naissance au Ciel dans un corps de lumière. L'Autre monde, celui des trépassés, est ainsi inclus dans le monde des vivants. L'Au-Delà et l'Ici ne sont séparés que par une mince frontière. Ces deux espaces cohabitent dans une sorte de promiscuité. 
LIEN Constantin Brǎiloiu : http://www.ville-ge.ch/meg/musinfo_public_ph.php?id=HR1123-3/4

VOIR ICI SUR CE BLOGUE : Saint-Andre, 30 novembre : ouverture de la saison des strigoi (et non pas strigoii car stigoi est non articulé : des strigoi) : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/11/saint-andre-30-novembre-la-saison-des.html





lundi 7 septembre 2015

Nativité de Marie - Nasterea Maicii Domnului sau Sfânta Maria Mica (8 septembre)

Le récit de la Nativité de Marie n'est connue que grâce aux apocryphes : Protoévangile de Jacques, Evangile du pseudo-Matthieu, Evangile de la nativité de Marie... A partir de ces derniers et de nombreux autres, Antonio Pinero, professeur de philologie a écrit un livre -il est vrai sans doute assez déroutant pour le "croyant moyen"- présentant les épisodes absents -dans les évangiles du Canon- de la vie de la Théotokos : "L'autre Jésus. Vie de Jésus selon les évangiles apocryphes" (1996, Ed. Seuil) (1). Si dans son ouvrage  Pinero narre -comme le tire l'indique- essentiellement et avec bonheur, dans une langue simple, la vie de Jésus-Christ et décrit aussi  quelques uns des enseignements secrets du Sauveur, la Nativité (l'annonciation) et l'enfance de la Vierge qui perdra ses parents à l'âge de six ans, ne sont donc pas oubliés. 
 Or donc. Après vingt années de mariage, Joachim, homme très riche mais aussi très pieux et Anne fille d'Issachar n'ont toujours pas d'enfant. Alors que Joachim se retire avec son troupeau durant cinq mois dans une zone semi-désertique, après avoir subi l'humiliation au temple lors de la fête récollection (Pinero, 1996 : 15), Anne desespérée par son mariage stérile et l'absence de son mari reçoit la visite d'un ange qui lui affirme : "Le Très Haut a décidé que tu aurais un enfant, objet d'admiration pendant tous les siècles jusqu'à la fin" (Naissance de Marie, 4.1 in Pinero A, 1996, p. 17). A son tour, Joachim, isolé dans les montagnes de la région de Jérusalem, fait la rencontre d'un être angélique qui a pris forme humaine pour lui annoncer la Bonne Nouvelle : " Le Seigneur a écouté ta prière. Ton épouse concevra et et accouchera d'une progéniture bénie. Et, en vérité, nul ne pourra dire qu'une telle chose se soit produite antérieurement. Rien dans le futur de pourra l'égaler" (Idem). 
Arrivée au terme de sa grossesse,  Anne accouche donc de Marie. Mais les parents de la sainte enfant ne sachant quel prénom lui donner reçoivent à nouveau la visite d'un ange qui leur apprend que le nom choisi par la Divinité est Marie, soit "Elue par Dieu"...Marie aura, d'ailleurs, bientôt une soeur prénommée, elle aussi, Marie qui sera donnée en épouse à Cléophas. 
(1) Voir une (bonne mauvaise? ) critique du livre qui ne serait donc qu'un collage-fiction assez malheureux : :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/thlou_0080-2654_1997_num_28_2_2886_t1_0266_0000_2
Le conseil donné par le rédacteur de la note est, par contre, excellent : il faut lire les apocryphes et avoir conscience du contexte (espace, temps) de leur rédaction...

Pinero (A.), 1996. L'autre Jésus. Vie de Jésus selon les évangiles apocryphes, Ed. Seuil



mercredi 5 août 2015

Transfiguration - Schimbarea la Faţă a Domnului, Iisus Hristos - et tradition populaire "Obrejenia sau Pobrejenia" - 6 août



Schimbarea la Faţă a Domnului, Iisus Hristos
Transfiguration de Jésus-Christ sur le Mont-Thabor : de gauche à droite Elie-Jésus-Christ-Moïse, en bas : Jacques, Jean et Pierre.
"Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, Moïse et Elie leur apparurent, s'entretenant avec lui." (Matthieu 17).
La Gloire rendue visible. Jésus confirme, à la suite de son baptême, sa nature divine : théophanie ou hiérophanie suprême, ontophanie... Par cette manifestation Jésus prépare le coeur de ses disciples "à surmonter le scandale de la croix"...à  la Passion, i.e. à toutes les souffrances que l'homme-dieu devra endurer : calomnies, trahisons, tortures... et, bien sûr, la crucifixion. C'est une grande Consolation.
Par cette Transfiguration, Jésus-Christ -vrai Dieu et vrai homme- révèle que (Lui, évidemment, mais aussi) chaque être humain est appelé à la vie éternelle. Mais, c'est l'univers tout entier qui sera finalement transfiguré, le régime existentiel de toute la Création qui sera définitivement changé après les Evénements.
Au-delà du constat après lecture du texte sacré : la Lumière sensible ("nuées") qui entoure les témoins de la Transfiguration, cet épisode de la vie du Christ nous dit aussi, et peut-être surtout, qu'une authentique vie spirituelle, une authentique conversion-union en Jésus-Christ est une métamorphose (tranfiguration), une métanoïa. Celui qui veut suivre Jésus n'a pas d'autre choix que de naître à nouveau pour accéder à un plan existentiel supérieur en qualité. Il faudra avant cela dépasser toute la colère, toute la haine rentrée, toute l'envie pour vaincre la cécité spirituelle (Kyrie eleison, Seigneur aie pitié).


En Roumanie, spécialement, comme lors de chaque fête religieuse, il existe une tradition populaire de type agro-pastoral, héritée du monde païen, qui cotoie donc la tradition liturgique/écclésiastique, avec ses réjouissances, ses interdits, ses simples constats liés à l'observation des cycles naturels et cosmiques : Coliva de struguri la mosii Schimbarii la Fata. L'automne approche, les oiseaux commencent à migrer...Eh oui, nous sommes aujourd'hui tellement déconnectés et presque insensibles à ces changements subtiles qu'affirmer qu'à la date du 6 août, l'été s'achève progressivement peut paraître aberrant pour "nous" modernes.

dimanche 1 mars 2015

"Dimanche du triomphe de l'orthodoxie" - Fête du renouveau printanier et considérations sur le "folklore"


Evénement du calendrier liturgique orthodoxe marquant la fin de l'hérésie iconoclaste.
Le 11 mars 843 : concile tenu en la basilique Sainte-Sophie de Constantinople convoqué par Theodora, régente de l'Empire, mère de Michel III, après sa vision de la Théotokos. Un  concile présidé par le patriarche Méthode 1er. Confirme le caractère théologique et ecclésial de la peinture orthodoxe et affirme la vénération des saintes icônes.
La vénération de ces dernières est une méditation-contemplation et leur création un acte sacré. Il ne s'agit pas de vénérer  l'îcone en tant qu'objet, mais le sacré qui se manifeste en elle et par elle. L'icône est part entière de la liturgie orthodoxe, de sa théologie. Théologiquement, et historiquement de fait, le culte des images est justifié par l'Incarnation de Jésus-Christ dans l'histoire : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu à son tour". Cette théophanie ou hiérophanie suprême, autrement dit cette irruption de Dieu dans l'histoire légitime totalement cette vénération.  
De surcroît, ces icônes ne doivent pas être confondues avec les représentations picturales, les scènes bibliques de la peinture religieuse occidentale. 
Or donc, cette date symbolique, par la restauration du culte des images (ce moment est celui du retour des icônes dans l'église impériale), marque le  triomphe de l'orthodoxie chrétienne, de la Foi droite. Le "dimanche du triomphe de l'orthodoxie"  correspond au premier dimanche du Grand Carême...
Le Synodikon de l'orthodoxie : "En vérité, les ennemis qui avaient outragé le Seigneur et déshonoré le saint culte qui lui est rendu dans les saintes images, les ennemis exaltés et enorgueillis par leurs impiétés, le Dieu des merveilles les a brisés et il a précipité à terre l'insolence des apostats".
http://basilica.ro/duminica-ortodoxiei-prima-duminica-din-postul-mare-14612.html
http://www.ortodoxism.com/cuvinte-de-folos/duminica-1-a-din-postul-mare-a-ortodoxiei.html
http://www.crestinortodox.ro/sarbatori/duminica-ortodoxiei/predica-duminica-ortodoxiei-144008.html
http://www.doxologia.ro/pascalie/duminica-intai-din-post-ortodoxiei
http://www.ortodoxia.md/articole-preluate/196-predic-la-duminica-ortodoxiei
http://patriarhia.ro/pastorala-sfantului-sinod-la-duminica-ortodoxiei-din-anul-domnului-2015-7911.html

Sur le Carême : http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/schmemann-grandcareme.htm

Sur Photius et le "schisme", documents "orientés" :
Histoire de Photius, patriarche de Constantinople, auteur du schisme des Grecs, d'après les monuments originaux, la plupart encore inconnus, accompagnée d'une introduction, de notes historiques et de pièces justificatives; (1845)
L'encyclique de Photius aux Orientaux et les patriarches de Constantinople Sisinnius II et Sergius II
Le schisme de Photius / par J. Ruinaut


Tradition ecclésiale et religiosité populaire :
Le 1er mars (date fixe) selon la tradition populaire, spécifiquement roumaine. Développements ici : La Roumanie : mythes et identités. Fête  pagano-chrétienne ou chrétienne "cosmique" enracinée au sein une vision du monde verticale indo-européenne et protohistorique, célébrant l'arrivée du printemps. Où l'on dit que les explications par le mythe (ou mythistoriques) de la "création" du peuple roumain présentent des analogies avec une fête du renouveau, de la renaissance (ou de la naissance) intimement liée à un temps fort du cycle naturel et cosmique renouvellée chaque année.On a ici une belle preuve des élements de cyclicité persistants dans ce monde roumain hypermoderne. Par ailleurs, encore une fois, traditions populaires et ecclésiales se rejoignent sans se confondre (dans ce cas précis).
Voir : TRAIAN SI DOCHIA LIMBA ROMANA


Ci-dessus, un reportage dans un musée ethnographique roumain qui ne doit pas laisser croire que cette tradition du 1er mars n'est qu'un "folklore", entendu ici dans le sens d'aboutissement d'un processus de "folklorisation", de stérilisation d'une tradition aurefois vivante et désormais muséifiée. La "tradition du peuple" (le folklore) est bien encore vivace en Roumanie, même si elle est fortement dégradée. 
Images : Martisoare

Au-delà du contexte roumain, la pire menace pour un "folklore", c'est la "folklorisation" à l'image de celle proposée par ces groupes de danses et musiques traditionelles, dont les musiciens et danseurs ont été formés par des professeurs. C'est une perversion et trahison du folklore vivant. Les pas de certaines danses, par exemple, on été millénairement transmis par imitation et transmission d'un "langage" créé par un ou plusieurs ancêtres mythiques. Les écoles de danses folkloriques sont des aberrations : elles ne se revendiquent pas d'une ancestralité mythico-religieuse (la danse profane a-transcendante est une invention moderne), incarnée par un "ascendant" qui a effectué un mouvement, une danse ou, prononcé une parole in illo tempore, en ces temps là. Pour l'homme archaïque des sociétés traditionnelles, un acte n'a de sens que s'il répéte un archétype. Dès lors, ce geste est sacré donc réel, réciproquement il ne peut être réel que parce qu'il est sacré. Or, avant l'époque moderne la danse -dans le cadre des cultures populaires-, n'a jamais été une activité denuée d'un sens "grave", autrement dit un simple "loisir" ou une "compétition". Il s'agissait bien d'un rite archétypal.
Or de nos jours, ces écoles de "danses folkloriques" proposent à leurs adhérents, sous réserve de paiement d'une cotisation (!), de simplement imiter des gestes techniques qui ont "chuté dans l'histoire", mais en aucun cas de perpétuer une tradition transmise de générations en générations, intrégant pleinement une vision d'un monde saturée de sacré et dont un authentique folklore, une tradition populaire authentique, ne peut faire l'économie...



jeudi 25 décembre 2014

Noël, traditions dans les Maramures - Roumanie

Une chaïne principalement consacrée aux traditions des différents pays roumains : Terravox Films / Lisa Orsini Productions
Outre le fait d'entendre les fameux colinde, on peut voir dans cette courte video ces masques portés lors des réjouissances des fêtes de fin d'année : Noël (Craciun), Nouvel An (Mic Craciun, Anul nou). On ne s'attardera pas sur la fonction, complexe, de ces masques avec lesquels les êtres humains s'affichent durant  ces temps forts de l'année. De nos jours, la signification profonde des pratiques rituelles populaires pagano-chrétiennes est, d'ailleurs, méconnue, la plupart du temps, chez les plus jeunes (mais pas uniquement chez eux...). On peut dire en tout cas que nous avons affaire à un héritage typique de la culture archaïque protohistorique et que c'est sans doute dans ces campagnes de Maramures ou de Moldavie que l'on peut encore observer ces pratiques, rites et croyances (héritage daco-gète, voire néolithique, qui ont participé de la construction de ce christianisme populaire, cosmique) parmi les plus (sinon les plus) anciens d'Europe. 

Voir aussi :
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2013/12/abolition-du-temps-historique-fin.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2013/09/le-paysan-roumain-homme-religieux.html







dimanche 30 novembre 2014

Saint-André, 30 novembre - La saison des strigoi...

André, saint fondateur de l'Eglise byzantine et saint patron de la Roumanie est fêté le 30 novembre. Saint André est appelé le "plus grand des loups" par les Roumains, une manière d'autochtoniser ce personnage central du christianisme venu évangéliiser la région, accompagné d'un loup blanc ? Les Roumains ne sont-ils pas descendants des Daces, c'est-à-dire de ceux qui sont "semblables aux loups", selon la tradition mythistorique ? Il aurait, par ailleurs, existé une divinité dace nommée sântandrei, personnification du loup. Mais les preuves à ce sujet ne sont guère plus consistantes, que celle permettant d'affrimer la réalité du long périple d'André de Terre sainte jusqu'en Europe orientale. 
Or donc, d'après la croyance populaire pagano-chrétienne qui survit encore de nos jours sur l'espace capartho-danubien, la Saint-André est aussi le jour (disons la nuit du 29 au 30) où les strigoii (1) cherchent à se faire pardonner auprès de Dieu. Mais Satan qui se prétend le maître de ces créatures tourmentées qui n'ont pas encore trouvé le repos éternel, veille et refuse que ces dernières se tournent vers le Tout-Puissant pour qu'il les libére de leur condition d'êtres ni morts, ni vivants, mi-morts, mi-vivants...La nuit du 29 au 30 est la nuit où l'activité des strigoi, tout comme celle des loups, est à son paroxysme. Elle est donc particulièrement agitée et le peuple doit se protéger par différents moyens : gestes sacrés donc seuls véritables, rituels ancestraux transmis à travers les époques par les ancêtres ou un ancêtre mythique qui a effectué ces gestes ab origine. Il s'agit dans tous les cas d'un de ces moments de l'année durant lequel le monde suprahumain se manifeste et qui est propice aux pratiques divinatoires.
En outre, en dehors des explications matérialistes, à vrai dire peu intéressantes (et très peu convaincantes d'ailleurs) à propos de ce peuple des ténèbres et des croyances dans le vampirisme, grâce au folklore roumain (folklore au sens de tradition du peuple), on sait que la mort noire, la mauvaise mort, résultat de la subversion d'un ordre naturel, culturel et cosmique fournit ses légions de "mal-morts". Décrire la complexité des rites et rituels mortuaires nécessaires au maintien de cet ordre, permetttant d'éviter un retour du mort après son décès prendrait des pages. J'en parle ici assez longuement : La Roumanie : mythes et identitésUn autre ouvrage de référence sur la Roumanie et consacré exclusivement au thème de la Mort  chez les Roumains (et qui montre, par ailleurs, l'évolution sinon la dégradation des mythes et croyances religieuses à notre époque en Roumanie - le livre est publié en 1986) est celui d'Andreesco et Bacou : Mourir à l'ombre des Carpathes.

(1) il en existe plusieurs types...(des strigoi=non articulé, les strigoii=articulé)


Crédit photo. : http://www.apologeticum.ro/


Mihai Eminescu - Strigoii



vendredi 22 août 2014

La Roumanie avec et sans Antonescu...

"La Roumanie avec et sans Antonescu" de Gheorge Buzatu (1991) lu récemment...Livre introuvable en France 

Demain 23 août, c'est le 70e anniversaire de l'arrestation du Maréchal Antonescu, exécuté en 1946. Cette arrestation sur ordre du roi Michel marque le passage de la Roumanie dans le camp des Alliés.






VOIR AUSSI : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/03/quelques-mots-sur-lhistoire-de-la.html



mardi 24 juin 2014

Les fêtes du 24 juin en régions historiques de France et de Roumanie...


"Il faut qu'il croisse et que je diminue." (Jean 3, 22-36). Allusion au Christ dans les Evangiles, considérée dans la tradition populaire comme une référence au parcours du Soleil. Vers le Ve siècle, l'Eglise récupère la fête païenne des feux du solstice d'été, placée désormais sous le signe de saint Jean le Baptiste... Récupération ou continuité, c'est selon... Saint Jean-Baptiste occupera désormais la place du Dieu solaire, commun à de nombreuses traditions païennes ancestrales...


Fête de la Saint-Jean, Bretagne, autrefois...
source non identifiée


Dragaica ou fête des Sânziene, fête traditionnelle de la fleur-fée en Roumanie, les 23 et 24 juin.
Diana de Sarmizegetuza, une déesse daco-romaine (Diana est d'abord la déesse romaine équivalente de l'Artemis grecque), est devenue Sînziana ou Sânziana (Sancta Diana), personnage de la mythologie (daco-)roumaine après la romanisation. Diana ou Diane est, par ailleurs, devenue la "sainte" patronne des sorcières. Originairement déesse romaine, elle s'est transformée en soeur-épouse de Lucifer sous l'influence chrétienne du fond mythologique païen européen. Célébration d'un culte solaire (saint Jean), rituel de fertilité...Les Sânziene sont à la fois des fleurs et des fées (Zânele). Elles sont confondues parfois avec les Iele. Mais les premières sont considérées comme gentilles contrairement aux secondes qui seraient malveillantes. Le coucou accompagne l'arrivée de l'été. L'oiseau commence à chanter le 25 mars, qui est évidemment le jour de l'Annonciation et se taît au moment du solstice d'été...Cette fête est assurément un héritage de la protohistoire...
Pour comprendre l'histoire détaillée et la symbolique complexe de cette fête, voir  La Roumanie : mythes et identités (les survivances païennes dans les traditions roumaines)



Crédit photo

mercredi 21 août 2013

Correspondance de Vlad III adressée à Matthias (Matei) Corvin, roi de Hongrie


ROGOZ (G. V.), Drǎculeştii, Cutezǎtorii, Editura Albatros, Bucureşti, Republica Socialistǎ România, 1977

 



Ma traduction d'une lettre (réécrite en roumain moderne) de Vlad III adressée à Matthais (Matei) Corvin, roi de Hongrie de 1458 à 1490 :

"Nous ne voulons pas nous enfuir devant leur sauvagerie, mais les combattre de n'importe quelle manière. Et si nous arrivons, Dieu nous en garde, à une fin tragique, notre petit pays [la Valachie] sera anéanti. Cela ne servira pas non plus à votre Grandeur, car cela provoquera un grand dommage à la chrétienté entière."

Vlad III de Valachie et Louis XI de France. L'empaleur et l'araignée



 Vlad III Basarab (1431-1476 ou 1430-1477) de la famille des Drăculea ou lignée des  Drăculeşti, ou Vlad Ţepeş  soit en français Vlad 
 l’Empaleur (Ţeapă=pal en roumain, d’où son surnom), voïvode (1) de Valachie, fils de Vlad II et petit-fils de Mircea Ier l’ancien (Mircea cel batrân), est considéré comme un des seigneurs de guerre des pays roumains les plus fameux qui lutta contre les invasions turcomanes pour préserver son royaume et la chrétienté, mais aussi contre ses "ennemis de l'intérieur" (Boyards saxons, moines capucins, etc.), relations particulières avec Matei Corvin roi de Hongrie ami-ennemi
Il cherchera à venger son père Vlad II (membre de l'ordre du dragon d'où son surnom Vlad Dracul (2)) et son frère ainé Mircea II le jeune, assassinés sur ordre de Jean Hunyade (Iancu de Hunedoara) avec  la complicité des boyards de Transylvanie, des commerçants des villes saxonnes de Sibiu et de Brasov. 

Les Saxons de Transylvanie, ennemis du voïvode, le présentent dans les contes allemands (1488), abondamment illustrés de gravures, comme un cannibale buveur de sang, prenant ses repas au beau milieu d’une forêt de pals où agonisent ses ennemis...d'où son doux surnom d'empaleur et sa réputation désastreuse, bien que n'ayant jamais hésité à châtier avec la plus grande fermeté ses opposants, ses ennemis ottomans (la "forêt des 20000 pals" décrite par Victor Hugo a-t-elle jamais réellement existé?)
En outre, le surnom d'empaleur ne semble apparaître que très tardivement, en 1550, dans une chronique valaque... 

De nombreux épisodes de la vie de ce seigneur ont été portés à la connaissance du grand public cultivé.

Moins connu est ce rapprochement des "attitudes politiques" du Valaque avec celles du roi de France Louis XI :
 Florin Constantiniu (1933-2012) établit un parallèle entre Vlad III et Louis XI roi de France de 1461 à 1483, contemporain du voïvode de Valachie : "L'un et l'autre ont du tenir tête -évidemment dans des conditions différentes- à l'anarchie féodale ; l'un et l'autre ont poursuivi la consolidation du pouvoir central ; l'un et l'autre ont eu recours -afin d'atteindre leur objectif- à des moyens qui ont frappé la sensibilité et l'imagination des contemporains : Louis XI est devenu 'l'araignée' qui tisse sa toile afin d'y attraper ses victimes, Vlad est devenu le sanglant empaleur". (in Bulei I., 2013, "Brève histoire de la Roumanie, Ed. Meronia, p. 55)


"



Le portrait du voivode exposé à Bucarest lors d'une exposition en 2010.  Le portrait fort connu du prince valaque est conservé depuis 400 ans à Vienne au musée du Château d'Ambras (Autriche)


Louis XI revêtant l'ordre de Saint-Michel, plus précisément « Ordre et aimable compagnie de monsieur saint Michel » (3) sur un portrait anonyme du XVe siècle. L'ordre est créé par Louis XI pour s'assurer de la fidélité d'une poignée de chevaliers, à un moment où comme nous l'avons déjà évoqué, le roi n'accorde plus sa confiance à ces seigneurs vassaux, ces féodaux qui menacent son autorité, sa légitimité de souverain. Louis eut à lutter contre une coalition de princes (la Ligue du Bien Public) et notamment les Bourguignons et Charles le Téméraire défiant le pouvoir royal.  Quand il succède à son père Charles VII en 1461, il est à la tête d'un royaume en ruine, dévasté et amputé par les conquêtes des Bourguignons et les Anglais lors de la guerre de Cent ans. A sa mort, en 1483, il a, notamment, récupéré le duché et le comté de Bourgogne, la Picardie, la Cerdagne et  le Roussillon. 
Louis XI fait embastiller les intrigants et installe une "chambre de la question" dans la prison royale (la Bastille, donc). L'évêque de Verdun, par exemple, fera l'expérience de l'emprisonnement dans une de ces"cages de fer" (ou en bois?) suspendues et souvent nommées "fillettes". Mais si ces cages ont réellement existé, les "fillettes" n'auraient jamais été que le nom donné à de "simples" chaînes en fer munies d'un boulet immobilisant le prisonnier... Néanmoins, il est certain que Louis XI n'a jamais été plus violent ou cruel que la moyenne des rois. "L'universelle araigne" a surtout retissé la toile royale grâce à la ruse et une certaine diplomatie pour réorganiser l’État royal et redonner une cohésion à cette France affaiblie qu'il avait trouvée en montant sur le trône.


 Vlad III lui aussi sut s’entourer de fidèles pour empêcher toute contestation de son pouvoir mais semble, contrairement à Louis XI, n'avoir jamais hésité à utiliser la manière forte (et il l'a même privilégiée) pour assoir son voïvodat, en réprimant dans la violence toute rébellion sur ses terres.  Écarté du pouvoir à plusieurs reprises, après avoir été prince de Valachie en 1448 puis de 1456 à 1462, il revient une dernière fois sur le trône de Valachie en 1476 ou 1477 grâce au soutien de son cousin Etienne le Grand (Stefan cel Mare), avant de mourir dans d'"étranges" conditions, trahi une fois de plus...

Voir "La Roumanie : mythes et identités" ici par exemple : http://www.priceminister.com/offer/buy/152933464/la-roumanie-mythes-et-identites-de-jean-michel-lemonnier.html pour, notamment, une enquête approfondie sur les liens entre Dracula le Valaque (le personnage historique) et Dracula l'Anglais (le personnage de fiction) créature issue de l'imagination  de la française Marie Nivet bien plus que de celle de Bram Stocker (qui serait donc un plagiaire?), selon Matei Cazacu, et qui introduit un sujet plus vaste : celui la conception de l'au-delà, de la vie après mort chez les Roumains, la croyance en des êtres ni-morts ni-vivants (strigoi vii, strigoi morti ) et la résurrection des morts... Dans ce livre, sans outre mesure, un autre parallèle est fait entre le Conducător communiste Ceaușescu et Vlad III...

(1) Prince, souverain d'une principauté ou officier de rang princier (voievod en langue roumaine)
(2) Drac= diable en roumain, dracul= le diable, draco= dragon en latin, et drákôn. en grec
(3) Ordre dont le siège se situait dans l'abbaye du Mont-Saint-Michel