: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: Saint Jean Baptiste
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dimanche 1 novembre 2015

Sur les dimensions de la Liturgie et les temps liturgiques (PARTIE III)

L'activité liturgique de Jésus (sur la Croix)
On ne doit donc pas limiter la vie liturgique à la ritualisation. L'exemple premier, le plus signifiant peut-être,  de référence absolue dirons-nous, illustrant cet état de fait, est le comportement de Jésus-Christ sur la Croix. Lors de son martyr, Jésus prie pour l'humanité entière en prononçant ces mots avant les trois heures de ténèbres : "Père, pardonne-leur, car il ne savent ce qu'ils font " ou encore " Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis " (Evangile de Luc). Par cette première phrase, Jésus prie pour ses ennemis et demande donc le pardon pour ceux qui l'ont crucifié mais aussi pour la totalité du genre humain et par la seconde il rachète le bandit et promet le Salut, la résurrection, la vie éternelle à ceux qui se convertiront. Le Christ a une activité liturgique sur la Croix et nous dit donc que la vie liturgique ne se limite donc pas à l'espace sacré de l'église. Le Nouveau Testament, dans son ensemble, montre très bien cela. La vie liturgique existe hors des murs du temple.

Le baptisé comme co-célébrant
La vie liturgique cultuelle n'est, néanmoins, pas à séparer de la vie liturgique naturelle ou première dans sa dimension purement cosmique (voir Partie I). Ces deux dimensions n'ont pas à être séparées, n'ont aucun caractère inconciliable, elles cohabitent dans la vie du fidèle.
Lors du sacrement du baptême, l'être humain qu'il soit enfant ou adulte est un célébrant. Son rôle n'est donc pas passif. Par l'exorcisme, par l'eau et précisément l'immersion dans le cadre de l'orthodoxie au nom du Père, du Fils et du saint Esprit, par la sanctification des eaux, par la chrismation, par la communion, l'homme qui entre dans l'Eglise est co-célébrant.  Avec l'aide du prêtre qui préside à l'assemblée des fidèles, le baptisé se libère de sa condition d'esclave de Satan, il se convertit et participe réellement et  mystiquement à la vie du Christ, à sa mort et à sa résurrection. Considérer le baptême comme un simple rite de passage, c'est atténuer, voire mépriser ce sacrement. Il s'agit de bien autre chose pour les chrétiens orthodoxes en tout cas. Ce sacrement a, en effet, une dimension surnaturelle. A l'instar de Jésus-Christ, le nouvel entrant dans le corps du Christ (l'Eglise) plonge dans les eaux imite le combat du Seigneur contre le Dragon et sort victorieux des eaux. Il est débarassé de ses vêtements de corruption et naît à la vie nouvelle.
Enfin, ce sacrement du baptême se rattache aux "croyances que le genre humain est né dans les eaux" (Eliade, M. (1949, rééd. 2004), Traité d'histoire des religions, p. 219). "(...) aussi bien au  niveau cosmologique qu'au niveau anthropologique, l'immersion dans les eaux n'équivaut pas à une extinction définitive, mais seulement à une réintégration passagère dans l'indisctinct, à laquelle succède (...) un homme nouveau" (idem). Le baptisé devient un "nouvel Adam". Le modèle exemplaire de ce sacrement étant le baptême de Jésus-Christ par jean le Baptiste.Par la régression aux origines, le baptême réactualise le moment de la Création, celui où apparaît le premier homme, mais aussi le baptême archétypique, celui de l'homme-dieu. Le baptisé a donc un rôle actif durant ce moment liturgique en répétant symboliquement la naissance de l'homme né de  nouveau. 

Domaine public

à suivre...

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mercredi 24 juin 2015

Calendrier christianisme cosmique - J-M Lemonnier 24 juin 2015

Jean l'Evangéliste, Jean le Baptiste...D'un solstice l'autre...

Jean le Baptiste est fêté le 24 juin (nativité) et Jean l'Evangéliste le 27 décembre chez les catholiques (ou le 7 janvier chez les orthodoxes, deuxième jour de la Théophanie). Ces deux événements sont proche de la date des solstices d'été et d'hiver. Dans le premier cas, dans l'hémisphère Nord, nous sommes dans cette période de l'année où le soleil est au plus haut dans le ciel à midi. La durée du jour est, alors, la plus longue de l'année avant de diminuer et laisser progressivement plus de place à la nuit. Dans le second cas c'est, bien sûr, la durée du jour qui est la plus courte, le soleil est donc au plus bas à midi, mais dans le même temps, c'est le signe du triomphe prochain du soleil sur les ténèbres de la nuit. Or donc, à considérer ces deux fêtes catholiques, il y a une évidente (l'évidence s'impose aussi chez les orthodoxes) opposition-complémentarité entre les deux Jean. Tous deux sont gardiens des portes solsticiales, celle de l'été et celle de l'hiver. Le premier incarne le soleil déclinant (soit la vieillesse), quand le second représente le soleil invaincu, dies natali solis invicti (la jeunesse) qui tue les monstres des ténèbres...Soit la fin et et le début de l'année solaire.
Dans tous les cas le Soleil est Connaissance réprésentée par ce personnage bicéphale : Jean (Jean le Baptiste et Jean l'Evangliste). Ce dernier perpétue symboliquement les dieux solaires de certaines religions cosmiques.



Jean l'évangéliste, le théologien (ὁ Θεολόγος, ho theologos, on reconnaît sur l'icône le nominatif masculin...mes rudiments de grec ancien...). Jean porte son évangile. On peut ainsi lire les premiers versets de l'évangile de Jean (texte sur lequel travaillent forcément les apprentis "grécistes") : Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος. Οὗτος ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς τὸν θεόν, Au commencement - ou plutôt DANS LE PRINCIPE - était la parole (le verbe)...


 

Jean le Baptiste et ses attributs (1) : L'aigle (les ailes), son bâton de roseau en forme de croix, et témoignage de sa décollation, sa tête (et son sang) repose dans un calice. Saint Jean Baptiste, prophète qui fait la jonction entre l'Ancien et le Nouveau Testament annonce la venue du Christ. Seul être digne de baptiser le sauveur de l'humanité, il appelle à la métanoïa, i.e. à la conversion intérieure au-delà de l'intellect, seule authentique conversion sincère, pour accueillir le Verbe (hypostase de Dieu) afin que ce dernier puisse naître en l'homme...pour que l'homme se fasse Dieu à son tour. Là, nous rejoignons la théologie de Maître Eckhart, la tradition des mystiques de l'Occident chrétien et bien sûr celle du christianisme orthodoxe.
(1) L'agneau est aussi un attribut de Jean dans la peinture religieuse occidentale (ne pas confondre peintures et icônes. Ces dernières étant une vérité théologique), du fait de cette sentence prononcée par Jean le Baptiste "Ecce agnus dei, Voici l'Agneau de Dieu qui sauve le péché du monde" (Jean 1,29). L'Agneau de Dieu est une expression unique du 4e évangile. Dans l'Apocalypse, si l'agneau est une image récurrente utilisée pour désigner le Christ, l'expression Agneau de Dieu n'apparaît pas cependant.


VOIR AUSSI sur ce blogue :
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/06/les-fetes-du-24-juin-en-regions.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/10/fete-de-samonios-rappels.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/02/liturgie-orthodoxe-cosmique-exemple-du.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/01/theophanie-et-bapteme-du-christ.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/06/calendrier-christianisme-cosmique-j-m.html





dimanche 15 février 2015

Liturgie orthodoxe, cosmique : exemple de la fête de la théophanie et du sacrement du baptême, une renovatio totale


La liturgie orthodoxe est une liturgie cosmique car elle convoque toute la Création, s'adresse au cosmos tout entier. Les fêtes liturgiques, le sacrement de l'eucharistie (action de grâce) réactualisation non sanglante du sacrifice christique, présentent un caractère cosmique clairement affirmé. C'est la création tout entière qui est bénie, de prime abord sanctifiée par la réactualisation des Evénements, des Temps forts de la vie du Christ. Prenons l'exemple de fête de la théophanie et du baptême. D'une part, lors de la théophanie (épiphanie catholique), le fidèle revit le baptême du Christ (qui révèle au monde sa nature divine) par la régression ab origine, c'est-à-dire en devenant contemporain de Jésus-Christ, il intègre l'époque où le Christ a vécu. Lors du sacrement du baptême, le croyant imite Jésus-Christ  en recevant le "don de l'Esprit" par abandon du "vêtement de corruption". Le baptême du Christ est un acte exemplaire qui a eu lieu à ce moment et qu'imite donc le fidèle. D'autre part, l'officiant bénit à la fois les eaux de la piscine baptismale mais également toutes les eaux de la Terre. Ainsi, l'acte rituel des "bains de la Théophanie" et la bénédiction des eaux chez certains orthodoxes sont un témoignage du caractère cosmique de la liturgie orthodoxe. Les fidèles orthodoxes reconnaissent à ce moment les vertus miraculeuses, guérisseuses, de ces eaux car par leur renovatio, elles acquièrent un nouveau statut intégrant le corps de Gloire de Jésus-Christ révélé comme seigneur de l'Univers, de toutes choses existantes, visibles ou invisibles. Le fidèle est purifié, par l'immersion meurt à l'ancienne vie et en sortant victorieux des eaux devient, à l'instar du Christ un nouvel Adam. La cérémonie rituelle a pour fonction de retrouver l'innocence primitive du premier homme au sein d'une nature non souillée, immaculée. L'apôtre Pierre dit que "le baptême sauve". Il sauve et produit le "nouvel homme" mais délivre aussi l'univers tout entier qui est sauvé des conséquences de la Chute originelle. Aussi, on ne peut pas dire que la nature est seulement sanctifiée par la bénédiction car, en effet, elle retrouve un caractère sacré. 
Le baptême est donc à la fois mort initiatique et renovatio individuelle pour le converti, tout autant que reconnaissance du caractère sacré des éléments de la Création : la nature (les eaux), elle-même est sauvée, rénovée. Le régime existentiel du baptisé tout autant que celui de la nature est bouleversé. Tout (animés et non-animés) accède à un mode d'être supérieur, différent de ce qui prévalait antérieurement. Par le sacrement, le cosmos est aussi est appelé à la Vie nouvelle. Nous sommes donc bien en présence d'une sotériologie cosmique. Ainsi, l'analyse assez répandue opposant paganisme et christianisme (soit d'un côté le sacré, de l'autre le saint ; par l'avènement du christianisme la nature ne serait donc plus sacralisée mais sanctifiée) doit être remise en cause. Le christianisme, surtout dans sa version orthodoxe, reconnaît donc bien en vérité la sacralité de la nature, des éléments, de l'univers dans sa totalité, le monde suprahumain y compris. 
Montage, JML, 2014
Voir aussi : 
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/01/theophanie-et-bapteme-du-christ.html