: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: christianisme cosmique
Affichage des articles dont le libellé est christianisme cosmique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est christianisme cosmique. Afficher tous les articles

dimanche 24 avril 2016

Duminica Floriilor - christianisme cosmique - Dimanche des Rameaux

"Duminica Floriilor", fête pagano-chrétienne ou bien plutôt chrétienne-cosmique...A la réactualisation rituelle de l'entrée du Christ dans Jérusalem se mêle une fête  païenne célébrant le printemps, certainement d'origine daco-romaine mais vraisemblablement antérieure au moment de l'arrivée des Indo-européens en Europe. On rappelera que l'existence d'un calendrier litugique identique d'une année à l'autre, milite en faveur de l'existence d'une pensée mythico-cyclique au sein du christianisme, orthodoxe ou non par aillers. De surcroît, on sait, de manière quasi-certaine que nombre de réjouissances festives liées aux cycles bio-cosmiques existaient bien avant l'installation des Indo-aryens en Eurasie occidentale (nous incluons ici l'Europe centre-orientale et occidentale). La naissance  de ces  fêtes s'incrivant dans un calendrier bio-cosmique sont sans doute contemporaines des peuples néolithiques, voire paléolithiques.
En outre, à l'évidence, c'est la célébration chrétienne (les "Rameaux"), réactualisation d'un événement de la vie de Jésus-Christ qui s'est superposée à cette fête païenne "des fleurs" (il existe d'autres fêtes de ce type, célébrant l'arrivée du printemps ou de l'été comme Saint-Jean/Sânziene en juin par exemple), donnant naissance à toutes ces créations originales que sont les fêtes chrétiennes roumaines et plus généralement européennes centre-orientales. C'est évidemment dans le monde rural que celles-ci ont été le mieux conservées. Aujourd'hui, elles subissent le funeste sort de toute tradition appartenant aux sociétés traditionnelles (archaïques) et qui subsistent en ces temps de modernité (avancée)...

jeudi 14 janvier 2016

Croix de Belenos et saint Michel Archange - Gargantua, fils de Belenos - introduction (partie VII)


VOIR auparavant sur ce blogue :

http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/03/croix-de-belenos-et-saint-michel.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2013/10/croix-de-saint-michel-de-belenos-en.html

On reprendra donc ici l'étude (dernière publication début 2015) des rapports entre Belenos, saint Michel archange et leur "grande croix" bretonne, le complexe mégalithique de l'arrière pays du Mt-St-Michel en étendant géographiquement l'étude à la partie occidentale de l'Ille et Vilaine (monuments mégalithiques de St-Suliac, du mont Garreau et légende gargantuesque associée). Le travail de Paul Béziers  à l'appui.
En guise de présentation à cette nouvelle partie de notre travail, on peut rappeler que l'on sait avec quasi-certitude que le fameux Gargantua popularisé par Rabelais, est un dieu celtique (qui peut être) gaulois. Gargantua serait le fils de Belenos (cf. Geoffroi de Monmouth). Chez Rabelais le père du géant se nomme Grandgousier. Si on veut établir une homologation entre le dieu gaulois et le personnage littéraire, on peut conclure que celui-ci ne serait autre que Belenos, lui-même fils de Taranis.
Moins répandue est l'hypothèse d'un Gargantua appartenant à la catégorie des héros civilisateurs des temps mythiques. On trouve traces des légendes mettant en scène ce personnage, le long des voies romaines. Gargantua serait alors celui qui défriche et crée des voies de passages. De passage, on passe à passeur. Gargantua devient passeur, peut-être celui qui transmet...qui pose un geste aux origines et dévoile aux hommes une activité, forcément sacrée.
Si l'on veut faire un peu de philologie, on recherche les origines du nom Gargantua. On trouve alors que le nom vient du latin gurges qui signifie gouffre qui aurait donné Gargan (on reviendra sur le mont Gargan italien, frère jumeau du Mt-St-Michel d'un point de vue de sa création mythistorique en tant que lieu sacré) issu du latin gurges (gouffre). A partir du radical Garg se forme le mot gargate qui a donné gorge en français moderne ou en core gargariser. Gargan ou gargant est un participe présent signifiant avalant. Garguanta devient alors l'avalant. On retrouve ici une caractéristique du personnage littéraire : sa gloutonnerie. 

à suivre...

samedi 19 décembre 2015

Sur les dimensions de la Liturgie : dimension eschatologique, temps et centralité cosmiques (partie IV)

La Divine Liturgie est au centre la Création. Le lieu où elle est célébrée devient le centre de la Création. L'Univers tout entier rayonne autour de ce centre liturgique. Chaque lieu de culte où elle est célébrée devient donc le centre de l'univers, mais s'il y a une multiplicité de centres, il n'existe bien sûr qu'une Création. Qui plus est par Création il faut non seulement entendre le monde sensible mais aussi le monde invisible, l'Autre Monde. La Liturgie (orthodoxe) est donc bien une liturgie cosmique qui convoque l'entiéreté des mondes. Lors de la célébration liturgique, toute l'économie de la Création est actualisée, des commencements à la fin des temps. Le centre de  la Divine Liturgie projette l'éternité dans le temps. C'est un temps en dehors du temps. Formule paradoxale qui dit que toutes les catégories du temps et d'espace sont abolies. 
La Liturgie est Théophanie. La présence du Christ n'est pas imaginaire ou symbolique, elle est réelle durant la célébration ou plutôt réactualisation rituelle. Cette seconde expression devrait être préférée  à la première, car il s'agit moins de se souvenir ou de commémorer que de régresser aux origines, i.e. lors de la vie du Christ.
La Liturgie réactualise ainsi  le mystère de l'Incarnation par l'Anaphore quand le célébrant en présence des co-célébrants prononce les paroles dites lors de la Cène. A partir de ce moment, Le célébrant et les co-célébrants (les fidèles), donc ceux qui "réactualisent", deviennent contemporains du Christ. Ce dernier est avec eux, ici et maintenant. 
Toute l'économie du salut est présente dans la Liturgie, de la première à la seconde Venue. La Liturgie affirme autant le temps des commencements, ab origine que la présence des fins dernières. Elle a donc bien une dimension eschatologique dans ses différentes déclinaisons : à l'échelle individuelle (mort de la personne), de la société (du monde) et dans celle concernant la "dernière génération".

La liturgie eucharistique est le centre de l'énergie divine qui se diffuse à traver tout l'univers. Elle n'est pas une idée, un concept théorique, elle est expérience. Expérience de la Gloire de Dieu...

Les temps de la vie de l'Eglise sont organisés de manière à ce qu'ils soient ouverts sur l'éternité. Différents temps cohabitent les uns avec les autres qui sont autant de cycles. Ils sont tous liés. 
1) le premier correspond au cycle des jours, c'est celui de la vie du Christ,
2) le deuxième est le cycle des semaines qui correspond au temps de la Création, soit 8 jours ; le 8e jour étant une ouverture sur l'éternité, 
3) le troisième est le cycle des mois centré sur les différentes fêtes et sur la vie des saints, sur des dates fixes,
4) le quatrième correspond au temps des fêtes mobiles comme Pâques et qui sont véritablement ouverture sur l'éternité. Par l'exemple de sa vie, le Christ, ayant vaincu la mort, nous fait passer du temps à l'éternité.


Si chaque jour du temps liturgique cyclique oblige à la répétition, à la mêmeté rituelle, à l'actualisation des mêmes événements, des changements subtils se produisent en l'homme religieux. La tension d'epectase, celle qui ouvre le coeur à Dieu et remplit progressivement de Grâce transforme ce temps cyclique, spiralique en éternité sphérique correspondant à un état de plénitude absolue, "finale". C'est ce vers quoi doit tendre l'homme religieux, en l'occurrence le chrétien sincère. C'est un chemin de grande humilité, très risqué et décourageant. Mais c'est aussi la seule voie de la sincérité spirituelle, forcément discrète et secrète. Il faut donc montrer la plus grande méfiance à l'égard des êtres qui étalent leur vie spirituelle, affichent leurs convictions religieuses à leur boutonnière. L'indécence n'est, évidemment, pas de se déclarer chrétien mais de se déclarer chrétien et illuminé. L'authentique chrétien éclairé, espèce rare, n'éprouve, de toute évidence, aucun besoin d'affirmer son état de béatitude à la face du monde...

VOIR aussi sur ce blogue :
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/10/sur-les-dimensions-de-la-liturgie-et.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/10/precisions-sur-le-concept-de.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/11/sur-les-dimensions-de-la-liturgie-et.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/10/jacques-le-juste-frere-du-seigneur-23.html


dimanche 1 novembre 2015

Sur les dimensions de la Liturgie et les temps liturgiques (PARTIE III)

L'activité liturgique de Jésus (sur la Croix)
On ne doit donc pas limiter la vie liturgique à la ritualisation. L'exemple premier, le plus signifiant peut-être,  de référence absolue dirons-nous, illustrant cet état de fait, est le comportement de Jésus-Christ sur la Croix. Lors de son martyr, Jésus prie pour l'humanité entière en prononçant ces mots avant les trois heures de ténèbres : "Père, pardonne-leur, car il ne savent ce qu'ils font " ou encore " Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis " (Evangile de Luc). Par cette première phrase, Jésus prie pour ses ennemis et demande donc le pardon pour ceux qui l'ont crucifié mais aussi pour la totalité du genre humain et par la seconde il rachète le bandit et promet le Salut, la résurrection, la vie éternelle à ceux qui se convertiront. Le Christ a une activité liturgique sur la Croix et nous dit donc que la vie liturgique ne se limite donc pas à l'espace sacré de l'église. Le Nouveau Testament, dans son ensemble, montre très bien cela. La vie liturgique existe hors des murs du temple.

Le baptisé comme co-célébrant
La vie liturgique cultuelle n'est, néanmoins, pas à séparer de la vie liturgique naturelle ou première dans sa dimension purement cosmique (voir Partie I). Ces deux dimensions n'ont pas à être séparées, n'ont aucun caractère inconciliable, elles cohabitent dans la vie du fidèle.
Lors du sacrement du baptême, l'être humain qu'il soit enfant ou adulte est un célébrant. Son rôle n'est donc pas passif. Par l'exorcisme, par l'eau et précisément l'immersion dans le cadre de l'orthodoxie au nom du Père, du Fils et du saint Esprit, par la sanctification des eaux, par la chrismation, par la communion, l'homme qui entre dans l'Eglise est co-célébrant.  Avec l'aide du prêtre qui préside à l'assemblée des fidèles, le baptisé se libère de sa condition d'esclave de Satan, il se convertit et participe réellement et  mystiquement à la vie du Christ, à sa mort et à sa résurrection. Considérer le baptême comme un simple rite de passage, c'est atténuer, voire mépriser ce sacrement. Il s'agit de bien autre chose pour les chrétiens orthodoxes en tout cas. Ce sacrement a, en effet, une dimension surnaturelle. A l'instar de Jésus-Christ, le nouvel entrant dans le corps du Christ (l'Eglise) plonge dans les eaux imite le combat du Seigneur contre le Dragon et sort victorieux des eaux. Il est débarassé de ses vêtements de corruption et naît à la vie nouvelle.
Enfin, ce sacrement du baptême se rattache aux "croyances que le genre humain est né dans les eaux" (Eliade, M. (1949, rééd. 2004), Traité d'histoire des religions, p. 219). "(...) aussi bien au  niveau cosmologique qu'au niveau anthropologique, l'immersion dans les eaux n'équivaut pas à une extinction définitive, mais seulement à une réintégration passagère dans l'indisctinct, à laquelle succède (...) un homme nouveau" (idem). Le baptisé devient un "nouvel Adam". Le modèle exemplaire de ce sacrement étant le baptême de Jésus-Christ par jean le Baptiste.Par la régression aux origines, le baptême réactualise le moment de la Création, celui où apparaît le premier homme, mais aussi le baptême archétypique, celui de l'homme-dieu. Le baptisé a donc un rôle actif durant ce moment liturgique en répétant symboliquement la naissance de l'homme né de  nouveau. 

Domaine public

à suivre...

VOIR AUSSI sur ce blogue :

samedi 31 octobre 2015

Sur les dimensions de la Liturgie : précisions sur le concept de christianisme cosmique (PARTIE II)

VOIR AUPARAVANT SUR CE BLOGUE : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/10/sur-les-dimensions-de-la-liturgie-et.html

Le christianisme orthodoxe est forcément un christianisme cosmique. C'est ce que semble vouloir simplement  écrire Eliade. Même s'il n'en donne jamais une définition disons définitive, le savant roumain a lu les Pères grecs, il se réfère à la Tradition chrétienne primordiale, donc orthodoxe donc catholique. Dans Aspects du mythe (1963), Eliade écrit que ce christianisme cosmique "est une création religieuse originale dans laquelle l'eschatologie et la sotériologie sont affectées de dimensions cosmiques" (p.212) et "dominée par la Nostalgie d'une nature sanctifiée par la présence de Jésus" (p. 213). Le seul point discutable dans les propos d'Eliade, c'est qu'il circonscrit l'adhésion à ce christianisme, géographiquement à l'Europe centrale et orientale et sociologiquement, si l'on peut dire, aux populations rurales. 
Or donc, contrairement à ce qu'a pu écrire un prétendu historien des religions, l'expression "christianisme cosmique" n'est pas une construction fantasmatique d'Eliade mais résume en quelque sorte l'enseignement des Pères de l'Eglise et ce qui peut ressortir d'une lecture attentive des textes bibliques. Nous avons déjà montré que toute liturgie chrétienne orthodoxe est cosmique parce que cette dernière existe par la Ktisis. La liturgie chrétienne est donc, avant toute ritualisation, une liturgie naturelle. Il n'est même pas nécéssaire, si l'on veut, de déterminer la part d'influence des paganismes sur la construction du christianisme (rites, sacrements, calendrier liturgique, etc.) pour tenter de montrer sa qualité de "religion naturelle". L'être humain étant avant tout, rappelons-le, un être théologique. 
Ainsi, ce concept de christianisme cosmique n'aurait donc rien de commun avec ce que  serait tenté d'y voir un certain historien des religions (le même non-précedemment cité) dont j'ai préféré oublier le nom, à savoir le christianisme aryen des R. Wagner, H.S. Chamberlain, J. Langbehn, le "christianisme positif" (germanique) d'Alfred Rosenberg ou une volonté de 'déjudaiser le christianisme" ou bien encore un désir de créer une "ontologie antisémite" ce qui au passage ne veut à peu près  rien dire, mais aurait tout simplement à voir et très précisément avec les fondements doctrinaux de l'Eglise Orthodoxe, les textes et la vie des Pères. Ce christianisme inclut donc les différentes modalités de la vie liturgique, dont la dimension cosmique. Il y a quelques années, le catholique Ratzinger a, d'ailleurs, rappelé très opportunément que la "cosmicité" était l'une des dimensions de la liturgie chrétienne. 

à suivre...
ça peut aussi vous intéresser : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/06/calendrier-christianisme-cosmique-j-m.html


mercredi 28 octobre 2015

Sur les dimensions de la Liturgie et les temps liturgiques...(PARTIE I)


La Liturgie dans ses dimensions cosmico-anthropologique et ecclésiologique
La vie liturgique ne se limite pas à la pratique cultuelle, sacramentelle, dit autrement la pratique religieuse au sein  de l'assemblée des fidèles d'une église. En effet, la liturgie est effective par l'existence même du cosmos, par la Création, celle-ci étant l'expression de la sagesse divine. "Un vent de Dieu" ou "l'esprit de Dieu" tournoyait sur les eaux (Génèse). La Divine Liturgie est dès les commencements.
La présence dans le monde d'un animal, d'une plante est, d'une part le témoignage de la sagesse et de la bonté de Dieu et d'autre part par le fait d'exister ces êtres vivants célèbrent l'univers tout entier, le cosmos. La liturgie existe donc par la Création, par l'existence du soleil, de la lune, des arbres, des animaux, des pierres, des hommes.... Cette célébration est continuelle depuis les origines du monde.
Donc, avant que les Pères grecs fondateurs du christianisme ne formulent la Divine Liturgie, sans rien inventer, mais à partir de la Parole révélée, la liturgie est. Cette liturgie cosmique précède tout entreprise de ritualisation. Ces Pères étaient parfaitement conscient de la dimension litugique de cette nature créée. 
Ainsi donc, cette vie liturgique commence par l'émerveillement enfantin devant le monde et se poursuit tout au long de la vie par l'émotion ressentie devant un coucher de soleil, une belle nuit étoilée, le chant des oiseaux, l'observation du comportement des animaux domestiques ou sauvages. Mais cette capacité d'émerveillement est, de toute évidence, émoussée par l'expérience de la vie. Dès qu'il grandit, l'être humain perd, certainement, cette capacité de s'étonner devant - nous ne dirons pas des choses simples car les phénomènes naturels sont d'une infinie complexité - mais devant les éléments de cette nature, mille fois modifiés, des paysages à la biologie des êtres...  
Aussi, la caricature récurrente du christianisme élaborée par certains "penseurs" prétendument éclairés, construite "par des générations de gueules identiques" pour paraphraser Léon Bloy est absurde. Le christianisme n'est pas haine de la vie, mais sa célébration. Il y a énormément à dire sur le sujet, nous pourrons y revenir.
Continuons en affirmant que tout être humain a une capacité liturgique, avant d'être un être biologique il est un être théologique. L'homme n'est pas une parcelle de Dieu, mais est imprégné dans les moindres de ses cellules de l'énergie divine. 
La vie cultuelle, la présence aux offices, la pratique des rites ne s'opposent pas à cette participation innée, instinctive à la vie liturgique cosmique. La première est aussi nécessaire que la seconde. 
La liturgie eucharistique est une révélation de Dieu. Il s'agit, par là, d'actualiser le Mystère de l'Incarnation. C'est une théophanie. Dans toute célébration, Dieu se reconnaît. Dieu se félicite de la Foi de l'homme et Jésus-Christ s'émerveille devant la ferveur de son serviteur. C'est le fondement premier de la vie liturgique. La Liturgie actualise le Mystère de l'Incarnation. Par la présence du fidèle dans l'espace liturgique consacré (l'église), celui-ci célèbre avec le prêtre les Mystères. Il ne faut donc pas considérer le prêtre comme le seul célébrant, car le croyant, fidèle messalisant, est co-célébrant. C'est une vérité, sans doute, quasiment oubliée chez la plupart des "pratiquants", entendu dans le sens restreint de ceux qui assistent à la messe.
A suivre...

Archive Photo. Roumanie
VOIR AUSSI sur ce blogue :





lundi 21 septembre 2015

Constantin Brǎiloiu - Ethnomusicologue / Rites funéraires de la tradition populaire en Roumanie

Constantin Brǎiloiu (1893-1958) est un ethnomusicologue roumain qui, le premier, a établi une disticntion entre "chants des Aubes" et "chants funèbres". Les premiers appartiennent au domaine des rituels funéraires et suivent un schéma bien précis, le chant variant uniquement par la mention du nom du défunt, les seconds sont l'expression du chagrin, de la tristesse, de la détresse et trouvent, vraisemblablement leur origine dans les rites funéraires de la protohistoire, en des temps préchrétiens. Le chant funèbre porte le nom de bocet et s'adapte aux particularités du défunt. Il prend des formes extrêmement variées. Le bocet a pour but d'apaiser l'âme du trépassé. Les femmes qui chantent le bocet sont les bocitoarele. Les chanteuses se confondent parfois avec les femmes-chamanes ou guérisseuses, de moins en moins nombreuses de nos jours. Elles se considérent comme des "prêtresses". Elles doivent préparer la personne décédée à l'arrivée de la Mort, l'accoutumer à cette idée, lui décrire le chemin qu'elle devra suivre dans l'Autre Monde  et demander ainsi aux aurores ne pas se présenter trop vite. Elles sont les messagères du défunt et chantent auprès de lui dans sa maison. Ceci est valable sur certains espaces ruraux de Roumanie. Ailleurs, ces comportements n'ont quasiment plus ou pas cours. Non que l'on ne s'occupe pas de ses défunts et que les rites mortuaires n'existent pas mais, d'une part, certaines coutumes sont circonscrites à certains pays roumains et d'autre part l'avancée de la modernité dans ces régions -que l'on y pratiquait le chant ou pas- a largement entamé la richesse des pratiques accompagnant le mort vers l'Autre Monde. Les rites populaires positifs (ou négatifs qui relèvent dans ce cas de l'interdit) sont, pour autant, indifférement de la zone géographique, très riches. S'il n'y a pas de chanteuses dans certains villages de Transylvanie, il y a par contre des femmes très pieuses qui se chargent, par exemple, de renverser les chaises (elles les mettent à terre) les chaises qui ont servi au support du cercueil dans la maison du mort avant le départ pour l'église. De même, si le défunt est une femme, trois femmes souvent vieilles et également très pieuses auront la charge de faire prendre un bain à la morte, etc. Ces rites exécutés et ces coutumes pratiquées en l'honneur du trépassé s'inscrivent dans le temps long (un repas spécifique, "pomana", en l'honneur du défunt où l'on convie membre de la famille et villageois est organisé à des moments précis durant des années) et sur des espaces de qualités différentes (la maison, l'espace public du village, l'église). 

Ces pratiques et attitudes sont beaucoup trop nombreuses pour que nous les exposions toutes dans le cadre de ce petit article. Il serait même illusoire de vouloir entreprendre une telle démarche ici. De plus, décoder leur signification exigerait d'amples développements. On peut, cependant, avoir un bel aperçu de ces rites et coutumes à partir de témoignages de première main dans ce livre. En ce début de XXIe s., j'ai sans doute eu l'immense privilège d'entendre et de récolter les derniers  témoignages de Roumains, -le plus souvent des campagnards, chez qui les traditions sont encore les plus vivantes- concernant les conceptions sur la mort, les longues préparations au "Grand Voyage" et les pratiques rituelles populaires qui durent des années encore après l'inhumation du défunt, avant que toutes n'appartiennent plus aux catégories du...vécu (si je puis dire...) et ne finissent par devenir que souvenirs d'une époque définitivement révolue. J'ai, par ailleurs, le sentiment que ce moment où les hommes et femmes de Roumanie (c'est déjà le cas en partie avec la concurrence d'autres modes d'"honorer" ses morts comme la crémation, mais aussi à cause du mépris que ces coutumes inspirent de plus en plus au sein de la société roumaine) auront oublié pour toujours ces cérémonies relevant d'une religiosité populaire qui se perd dans la nuit des temps, est très proche...

Il faut, en outre, rattacher cette coutume du chant à la croyance en des entités non-mortes et non-vivantes ou mi-mortes, mi-vivantes, les strigoii susceptibles d'écouter les chants qui leur sont consacrés. Les strigoii sont des êtres décédés qui ne trouvent pas le repos. Ils se trouvent entre deux états d'être, entre deux mondes, celui des morts et celui des vivants. Ce sont ceux qui sont mal morts, qui exigent réparations d'un préjudice qui les empêchent de rejoindre définitivement le monde des morts. De ces croyances en le retour possible d'un être décédé parmi la communauté des vivants, on comprend le soin apporté à l'exécution des pratiques rituelles.  Il ne sont pas rares les récits dans ces pays roumains de Moldavie historique, de Transylvanie ou des Maramures qui narrent le retour d'un défunt revenu de l'Au-delà ("dincolo") hanter la communauté des vivants. Ces rites funéraires d'origine païenne  qui se perdent dans la préhistoire de l'humanité se conjugent avec ceux de la tradition ecclésiale doivent donc être exécutés avec la plus grande minutie, notamment à cause de la possibilité qu'un mort se "fâche" et ne se fasse justice. Les rites funéraires sont des rites de passage avec leurs règles strictes car la mort est initiation, nouvelle naissance. A la mort du corps biologique succède la naissance au Ciel dans un corps de lumière. L'Autre monde, celui des trépassés, est ainsi inclus dans le monde des vivants. L'Au-Delà et l'Ici ne sont séparés que par une mince frontière. Ces deux espaces cohabitent dans une sorte de promiscuité. 
LIEN Constantin Brǎiloiu : http://www.ville-ge.ch/meg/musinfo_public_ph.php?id=HR1123-3/4

VOIR ICI SUR CE BLOGUE : Saint-Andre, 30 novembre : ouverture de la saison des strigoi (et non pas strigoii car stigoi est non articulé : des strigoi) : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/11/saint-andre-30-novembre-la-saison-des.html





jeudi 2 juillet 2015

Virgil Gheorghiu, le temps et l'espace liturgiques

Ces quelques lignes du prêtre orthodoxe et écrivain V. Gheorghiu nous renseignent, dans un langage très simple, sur les catégories de l'espace et du temps effectives durant la Divine Liturgie : "Chaque dimanche (...) à la célébration de la Divine Liturgie, je devinais la présence invisible, à côté des anges, de tous les gens du village qui étaient morts et enterrés autour de notre maison. Mais, à côté d'eux et des anges, il y avait au synaxe, toujours invisbles, les chrétiens de notre village qui naîtront dans les jours, dans les années et dans les siècles à venir. Dans notre petite église, comme dans toutes les églises, il n'y avait pas de passé, de présent ni d'avenir" (Virgil Gheorghiu, (1965, rééd 1990) : De la vingt-cinquième heure à l'heure éternelle, p. 64).
Rappelons que l'espace religieux sacré de l'église se distingue de l'espace profane du dehors (hors l'église). Mais ce que nous dit ce texte c'est que dans l'enceinte sacrée, il n'y a pas de frontière entre l'univers sensible et le monde suprahumain et que le temps est aboli, les fidèles deviennent contemporains de la vie du Christ et de celle de toute l'humanité passée, présente et à venir. Tout est déjà là. Par incidence, le temps liturgique, n'est ni un temps du souvenir de la vie du Christ, ni une commémoration de celle-ci. Ainsi, la messe chrétienne orthodoxe est bien réactualisation rituelle des événements de l'existence de Jésus-Christ. Les conceptions profanes du temps et de l'espace n'ont donc plus cours. Ce petit texte affirme, de fait, la cyclicité du temps liturgique et confirme par là que le temps du christianisme n'est pas uniquement linéaire. Si dans le christianisme, à l'instar du judaïsme, il y a bien un début (la Création cosmique, Adam puis le Nouvel Adam chrétien Jésus-Christ) et une fin (eschatologie cosmique), le temps liturgique est, quant à lui, cyclique et s'apparente à celui propre aux religions cosmiques pré-chrétiennes ou non -chrétiennes. On ajoutera que concomitamment à ce temps qui concerne la totalité de la Création coexistent le temps des communautés humaines (celui d'une société ou d'une génération s'achevant par leur destruction qui renvoie à l'eschatologie humaine) et le temps personnel inscrit dans cet intervalle entre la naissance et la mort physique et se prolongeant par la naissance au Ciel (eschatogie personnelle).
VOIR SUR CE BLOGUE :

mercredi 24 juin 2015

Calendrier christianisme cosmique - J-M Lemonnier 24 juin 2015

Jean l'Evangéliste, Jean le Baptiste...D'un solstice l'autre...

Jean le Baptiste est fêté le 24 juin (nativité) et Jean l'Evangéliste le 27 décembre chez les catholiques (ou le 7 janvier chez les orthodoxes, deuxième jour de la Théophanie). Ces deux événements sont proche de la date des solstices d'été et d'hiver. Dans le premier cas, dans l'hémisphère Nord, nous sommes dans cette période de l'année où le soleil est au plus haut dans le ciel à midi. La durée du jour est, alors, la plus longue de l'année avant de diminuer et laisser progressivement plus de place à la nuit. Dans le second cas c'est, bien sûr, la durée du jour qui est la plus courte, le soleil est donc au plus bas à midi, mais dans le même temps, c'est le signe du triomphe prochain du soleil sur les ténèbres de la nuit. Or donc, à considérer ces deux fêtes catholiques, il y a une évidente (l'évidence s'impose aussi chez les orthodoxes) opposition-complémentarité entre les deux Jean. Tous deux sont gardiens des portes solsticiales, celle de l'été et celle de l'hiver. Le premier incarne le soleil déclinant (soit la vieillesse), quand le second représente le soleil invaincu, dies natali solis invicti (la jeunesse) qui tue les monstres des ténèbres...Soit la fin et et le début de l'année solaire.
Dans tous les cas le Soleil est Connaissance réprésentée par ce personnage bicéphale : Jean (Jean le Baptiste et Jean l'Evangliste). Ce dernier perpétue symboliquement les dieux solaires de certaines religions cosmiques.



Jean l'évangéliste, le théologien (ὁ Θεολόγος, ho theologos, on reconnaît sur l'icône le nominatif masculin...mes rudiments de grec ancien...). Jean porte son évangile. On peut ainsi lire les premiers versets de l'évangile de Jean (texte sur lequel travaillent forcément les apprentis "grécistes") : Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος. Οὗτος ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς τὸν θεόν, Au commencement - ou plutôt DANS LE PRINCIPE - était la parole (le verbe)...


 

Jean le Baptiste et ses attributs (1) : L'aigle (les ailes), son bâton de roseau en forme de croix, et témoignage de sa décollation, sa tête (et son sang) repose dans un calice. Saint Jean Baptiste, prophète qui fait la jonction entre l'Ancien et le Nouveau Testament annonce la venue du Christ. Seul être digne de baptiser le sauveur de l'humanité, il appelle à la métanoïa, i.e. à la conversion intérieure au-delà de l'intellect, seule authentique conversion sincère, pour accueillir le Verbe (hypostase de Dieu) afin que ce dernier puisse naître en l'homme...pour que l'homme se fasse Dieu à son tour. Là, nous rejoignons la théologie de Maître Eckhart, la tradition des mystiques de l'Occident chrétien et bien sûr celle du christianisme orthodoxe.
(1) L'agneau est aussi un attribut de Jean dans la peinture religieuse occidentale (ne pas confondre peintures et icônes. Ces dernières étant une vérité théologique), du fait de cette sentence prononcée par Jean le Baptiste "Ecce agnus dei, Voici l'Agneau de Dieu qui sauve le péché du monde" (Jean 1,29). L'Agneau de Dieu est une expression unique du 4e évangile. Dans l'Apocalypse, si l'agneau est une image récurrente utilisée pour désigner le Christ, l'expression Agneau de Dieu n'apparaît pas cependant.


VOIR AUSSI sur ce blogue :
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/06/les-fetes-du-24-juin-en-regions.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/10/fete-de-samonios-rappels.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/02/liturgie-orthodoxe-cosmique-exemple-du.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/01/theophanie-et-bapteme-du-christ.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/06/calendrier-christianisme-cosmique-j-m.html





dimanche 12 avril 2015

Christ est ressuscité !


C'est vrai, il est ressuscité !

Jésus ressuscite comme "le premier-Né d'entre les morts" (Saint Paul, Colossiens).

Après la Cène, anticipation du "banquet messianique" (et institution de l'eucharistie), la Passion, la mort par crucifixion, la descente aux enfers (motif mythologique antérieur au christianisme bien connu par ailleurs) et la libération des âmes séjournant dans le limbe des patriarches (sein d'Abraham, la demeure des justes) qui peuvent enfin accéder au Paradis, Jésus-Christ ressuscite d'entre les morts et accorde à Maria-Magdalena le privilège d'être le premier témoin de cette réalité à la fois historique et hors du temps, éternelle. Selon la tradition orthodoxe, Marie-Madeleine ira, par ailleurs,  témoigner de la résurrection du Christ devant Tibère, soit devant "César", devant...l'histoire...
Pour les chrétiens, la résurrection du Christ inaugure une nouvelle ère. Par cet événement fondamental, Jésus se révèle en tant que messie et le régime existentiel des hommes est changé, la Création tout entière qui soupirait dans l'attente de la resurrection du dieu incarné dans la chair (de facto dans l'histoire), est sauvée, totalement rénovée. Mais plus que de célébrer ou de "commémorer" un moment inscrit dans l'histoire, le fidèle chrétien revit durant le temps pascal ces événements fondateurs, exemplaires s'étant déroulés à ce moment là. Le croyant, par la régression ab origine, devient contemporain de Jésus et s'identifie au Dieu vainqueur des ténèbres en imitant (répétition archétypale) sa vie. Ainsi, si le Seigneur Jésus-Christ s'inscrit dans l'histoire et impose de fait sa marque du temps, ce qui constitue une nouveauté par rapport aux temps pré-chrétiens où les dieux n'ont pas d'existence historique, la réitération rituelle des événements de la vie du Christ durant l'année liturgique, témoigne des aspects cycliques du christianisme. Le chrétien sincérement converti ne peut accéder à un nouveau mode d'être qu'en mourant à la vie profane, en accédant à la "vie nouvelle" en se régénérant par imitation du Christ.
VOIR AUSSI sur ce blogue : Liturgie orthodoxe, liturgie cosmique





dimanche 1 mars 2015

"Dimanche du triomphe de l'orthodoxie" - Fête du renouveau printanier et considérations sur le "folklore"


Evénement du calendrier liturgique orthodoxe marquant la fin de l'hérésie iconoclaste.
Le 11 mars 843 : concile tenu en la basilique Sainte-Sophie de Constantinople convoqué par Theodora, régente de l'Empire, mère de Michel III, après sa vision de la Théotokos. Un  concile présidé par le patriarche Méthode 1er. Confirme le caractère théologique et ecclésial de la peinture orthodoxe et affirme la vénération des saintes icônes.
La vénération de ces dernières est une méditation-contemplation et leur création un acte sacré. Il ne s'agit pas de vénérer  l'îcone en tant qu'objet, mais le sacré qui se manifeste en elle et par elle. L'icône est part entière de la liturgie orthodoxe, de sa théologie. Théologiquement, et historiquement de fait, le culte des images est justifié par l'Incarnation de Jésus-Christ dans l'histoire : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu à son tour". Cette théophanie ou hiérophanie suprême, autrement dit cette irruption de Dieu dans l'histoire légitime totalement cette vénération.  
De surcroît, ces icônes ne doivent pas être confondues avec les représentations picturales, les scènes bibliques de la peinture religieuse occidentale. 
Or donc, cette date symbolique, par la restauration du culte des images (ce moment est celui du retour des icônes dans l'église impériale), marque le  triomphe de l'orthodoxie chrétienne, de la Foi droite. Le "dimanche du triomphe de l'orthodoxie"  correspond au premier dimanche du Grand Carême...
Le Synodikon de l'orthodoxie : "En vérité, les ennemis qui avaient outragé le Seigneur et déshonoré le saint culte qui lui est rendu dans les saintes images, les ennemis exaltés et enorgueillis par leurs impiétés, le Dieu des merveilles les a brisés et il a précipité à terre l'insolence des apostats".
http://basilica.ro/duminica-ortodoxiei-prima-duminica-din-postul-mare-14612.html
http://www.ortodoxism.com/cuvinte-de-folos/duminica-1-a-din-postul-mare-a-ortodoxiei.html
http://www.crestinortodox.ro/sarbatori/duminica-ortodoxiei/predica-duminica-ortodoxiei-144008.html
http://www.doxologia.ro/pascalie/duminica-intai-din-post-ortodoxiei
http://www.ortodoxia.md/articole-preluate/196-predic-la-duminica-ortodoxiei
http://patriarhia.ro/pastorala-sfantului-sinod-la-duminica-ortodoxiei-din-anul-domnului-2015-7911.html

Sur le Carême : http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/schmemann-grandcareme.htm

Sur Photius et le "schisme", documents "orientés" :
Histoire de Photius, patriarche de Constantinople, auteur du schisme des Grecs, d'après les monuments originaux, la plupart encore inconnus, accompagnée d'une introduction, de notes historiques et de pièces justificatives; (1845)
L'encyclique de Photius aux Orientaux et les patriarches de Constantinople Sisinnius II et Sergius II
Le schisme de Photius / par J. Ruinaut


Tradition ecclésiale et religiosité populaire :
Le 1er mars (date fixe) selon la tradition populaire, spécifiquement roumaine. Développements ici : La Roumanie : mythes et identités. Fête  pagano-chrétienne ou chrétienne "cosmique" enracinée au sein une vision du monde verticale indo-européenne et protohistorique, célébrant l'arrivée du printemps. Où l'on dit que les explications par le mythe (ou mythistoriques) de la "création" du peuple roumain présentent des analogies avec une fête du renouveau, de la renaissance (ou de la naissance) intimement liée à un temps fort du cycle naturel et cosmique renouvellée chaque année.On a ici une belle preuve des élements de cyclicité persistants dans ce monde roumain hypermoderne. Par ailleurs, encore une fois, traditions populaires et ecclésiales se rejoignent sans se confondre (dans ce cas précis).
Voir : TRAIAN SI DOCHIA LIMBA ROMANA


Ci-dessus, un reportage dans un musée ethnographique roumain qui ne doit pas laisser croire que cette tradition du 1er mars n'est qu'un "folklore", entendu ici dans le sens d'aboutissement d'un processus de "folklorisation", de stérilisation d'une tradition aurefois vivante et désormais muséifiée. La "tradition du peuple" (le folklore) est bien encore vivace en Roumanie, même si elle est fortement dégradée. 
Images : Martisoare

Au-delà du contexte roumain, la pire menace pour un "folklore", c'est la "folklorisation" à l'image de celle proposée par ces groupes de danses et musiques traditionelles, dont les musiciens et danseurs ont été formés par des professeurs. C'est une perversion et trahison du folklore vivant. Les pas de certaines danses, par exemple, on été millénairement transmis par imitation et transmission d'un "langage" créé par un ou plusieurs ancêtres mythiques. Les écoles de danses folkloriques sont des aberrations : elles ne se revendiquent pas d'une ancestralité mythico-religieuse (la danse profane a-transcendante est une invention moderne), incarnée par un "ascendant" qui a effectué un mouvement, une danse ou, prononcé une parole in illo tempore, en ces temps là. Pour l'homme archaïque des sociétés traditionnelles, un acte n'a de sens que s'il répéte un archétype. Dès lors, ce geste est sacré donc réel, réciproquement il ne peut être réel que parce qu'il est sacré. Or, avant l'époque moderne la danse -dans le cadre des cultures populaires-, n'a jamais été une activité denuée d'un sens "grave", autrement dit un simple "loisir" ou une "compétition". Il s'agissait bien d'un rite archétypal.
Or de nos jours, ces écoles de "danses folkloriques" proposent à leurs adhérents, sous réserve de paiement d'une cotisation (!), de simplement imiter des gestes techniques qui ont "chuté dans l'histoire", mais en aucun cas de perpétuer une tradition transmise de générations en générations, intrégant pleinement une vision d'un monde saturée de sacré et dont un authentique folklore, une tradition populaire authentique, ne peut faire l'économie...