: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: crise du monde moderne
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samedi 23 janvier 2016

L'Europe communautaire légifère sur la mort en Roumanie...

S'occuper des vivants ne suffit plus aux commissaires euro-atlantistes. Ils s'intéressent désormais aux morts et à des rituels funéraires multiséculaires. En Roumanie, on enterre toujours, majoritairement, ses morts de manière identique depuis le XIIe siècle. Ces rites immuables, certes chrétiens, mais qui ont bénéficié des apports des rites funéraires venus de la protohistoire sont donc voués à disparaître sur décision de technocrates imbéciles et de leurs exécutants tout aussi stupides. Bien sûr, cela ne risque pas d'émouvoir l'Européen occidental de base pour qui on doit "gérer la mort" comme on gère les déchets. Cette funeste nouvelle, m'évoque une discussion remontant à quelques années que j'ai eue avec un de ces margoulins du matérialisme marchand qui est, d'ailleurs, a peu près le même chez les bourgeois que chez les marxistes fossiles  (il existe une catégorie de marxistes très fins mais malheureusemnt peu nombreux).  Ce dialogue portait sur le sacré. Ce porcin qui se revendiquait libre penseur n'entendait rien au sacré, qui, certes, n'implique pas nécessairement la croyance en un Dieu, mais ne relève pas pour autant de la catégorie dans laquelle ce petit gauchiste hargneux le classait. Aussi ai-je eu droit à tous les poncifs modernes sur la nouvelle nature du sacré. S'il est inutile de s'étendre sur cet épisode, il est nénanmoins réprésentatif du discours de haine et de mépris du type d'invidu moderne portant en lui cette détestation du sacré religieux. 
Or, donc que prévoient ces nouvelles mesures culturicides concernant les rites funéraires en Roumanie ? Ni plus ni moins que l'éradiction de rites ancestraux, très complexes et intimement liés à la conscience religieuse des peuples chrétiens orthodoxes. L'Europe communautaire veut faire table rase non seulement de gestes, d'attitudes mais aussi d'une mentalité, celle de l'homme du monde carpato-danubien qui malgré les assauts chtoniens de la modernité libérale-marchande continue à perpétuer des traditions - et cela les fanatiques de la modernisation catagogique, des crétins qui ne pensent que développement, infrastructures et compétition des territoires ne peuvent l'entendre - qui s'incrivent dans la réalité d'une Weltanschauung indo-européenne archaïque enracinée au coeur même du christianisme cosmique-orthodoxe.
Prenons un exemple concret. Ces lois anti-traditionnelles, empêcheront la famille de conserver le corps du défunt plus d'une heure dans la maison. De fait, la tradition de veille du mort qui dure jusqu'à trois jours est prohibée. Et quand on sait à quel point cette coutume ancestrale est enracinée dans les pratiques funéraires des Roumains, il s'agit là d'un véritable affront, d'une humiliation (encore une) faite à la culture roumaine. Les communistes n'avaient jamais pris de décisions en ce sens, même si d'autres non moins mortifères avaient déjà bien entamé la richesse des pratiques religieuses traditionelles. Il est, d'ailleurs, presque inutile d'évoquer les destructions d'églises et de monastères durant le règne du mégalomane.Ce qui est choquant (mais qui, en réalité, ne devrait plus l'être), c'est que cette Europe communautaire et "l'Occident" comme disent encore les Roumains devaient apporter plus de liberté. Or, c'est l'inverse qui se produit. Les interdictions fixées par l'Europe marchande se multiplient dans les domaines les plus archaïques (au sens noble du terme) de la société roumaine : paysannerie, religions...
Il faut situer ces décisions dans le contexte de la vaste opération de laïcisation forcée de la société roumaine lancée par l'Union européenne. Même si l'influence de l'Eglise orthodoxe est encore très grande en Roumanie, les attaques répétées contre la coutume et la tradition par la loi du techno-gestionnaire bruxellois et par le divin Marché devront, à terme, réduire drastiquement le rôle de cette institution. L'homme d'attitude moderne ne verra dans cette démarche qu'une nécessaire voie vers la modernisation du pays et une lutte contre l'obscurantisme, niaiseries récurrentes évidemment conjuguées à d'autres lieux communs anti-religieux. Pourtant, le pousse-caddie réduit à son travail d'esclave moderne ignore que l'Eglise orthodoxe, à travers ses prêtres et ses moines, joue un rôle fondamental dans la protection des plus pauvres ou encore des enfants orphelins. C'est cette Eglise qui pallie l'incurie des différents gouvernements roumains qui enregistrent et appliquent les directives des commissaires européens. Alors quand on entend certains se plaindre des promoteurs d'une Union européenne faisant l'apologie des racines chrétiennes de l'Europe, il y a de quoi rire...Cette Europe, méprisant les peuples européens, est un puissant instrument devant mener à la sécularisation de toutes les sociétés européennes et plus encore à une déculturation massive, finalement, sans exagérer, à un ethnocide...
La Grande Guerre pour l'Eurasie contre l'euro-atlantisme ou bloc américano-occidentaliste (dit globalisme) se situe aussi au niveau culturel...A suivre...

Voir cet article -> Directive UE : les morts pourront être enterrés sans prêtre et ne pourront être gardés plus d'une heure à la maison. L'Eglise Orthodoxe Roumaine sans réaction.


samedi 9 janvier 2016

Cinéma, "sciences" et narcissisme

En regardant cette espèce de navrant navet, narrant l'histoire de la création de Wikileaks par Julien Assange et son copain, je repensais à un autre gros déchet cinématographique "Will hunting" (Matt Damon). Dans les deux cas, l'histoire est fondamentalement la même : celle d'une grosse brêle mégalomaniaque, devant laquelle le monde entier s'angenouille (quelle scène que celle où le professeur supplie l'élève de lui donner le résultat de son travail : "Seigneur, prends pitié de moi, donne-moi le résultat de l'équation !"). Dans notre monde où le "narcissisme secondaire" est devenu la plus terrible des pathologies, ce genre de films ne peut que séduire ces troupeaux de millions de cons qui fantasment  leurs capacités intellectuelles réelles. On remarquera, par ailleurs, que ce ne sont jamais des ascètes en révolte contre le monde moderne, dont la vie intérieure est très riche, qui sont mis en scène au cinéma. Comment serait-ce possible de toutes façons ? Un tel mode d'être au monde est difficilement dicible et parfaitement inconciliable avec les exigences et limites du cinéma. Pour complaire au gros bourrin de spectateur, faux cynique vrai naîf,  à qui on a volé la vie - c'est le principe même du spectacle -  à une époque où la science (comme la violence) est reine, quand tout a été consumé par le feu de l'agébrisation, il faut du "crakage" de codes, des formules de maths et autres résidus d'illusions métahysiques (voir Nietzsche) mais aussi de la baston ou des démélés avec la CIA, l'équivalent de la garniture qui sert à fourrer la dinde. La "bidoche", le produit fini, est alors moins sec...

lundi 21 décembre 2015

Trahison des élites et instruction au rabais


Les récents propos de certains ministres - dont je préfère dès maintenant oublier les noms - à propos de ce qu'un honnête citoyen est supposé apprendre dans un établissement scolaire est l'occasion de relire (ou de lire) "La révolte des élites et la trahison de la démocratie" (Flammarion, Champs Essais, 2010, première édition 1995) de Christopher Lasch pour bien se persuader que cette attitude hautement méprisante envers les masses (minorités ethniques  incluses) n'est pas neuve et que contrairement à ce qu'aime faire croire le sympathisant de gauche - qu'importe sa chapelle - est loin d'être le seul fait d'une droite dont l'intérêt pour les idées, selon Alain de Benoist, tiendrait sur un confetti.
Quel est ce discours qui fait écho à la critique radicale de Lasch concernant ces "élites" ? C'est celui du mépris bourdieusien hérité des postures de la gauche universitaire étasunienne. "Mépris de classe", "enfermement dans la culture classique" voilà le traitement qui serait infligé à l'élève issu d'un milieu socialement défavorisé et/ou appartenant à une minorité ethnique et/ou religieuse dans le monde "euroccidental". La "grande culture" n'aurait donc servi, jusqu'à aujourd'hui, qu'à exclure les opprimés. Il a fallu créer une culture de substitution, accessible à tous. Personnellement, cette position émanant des milieux académiques ne m'étonne pas. J'ai, en effet,  fait l'expérience de la rencontre avec cette "stupidité diplomée", il y a un bon nombre d'années : une universitaire déclarant, sans trembler du menton : "je n'aime pas les étudiants qui font les savants avec leur latin"... Pour avoir suivi subi les cours de cette "latinophobe", aussi mauvaise enseignante que piètre chercheur(-se?) (elle a dû trouver à se recaser dans un conseil d'administration), on pouvait aisément comprendre sa haine envers toute forme culture savante puisqu'elle en était totalement dépourvue. Cette rencontre a, dans tous les cas, eu un effet positif sur moi. Elle m'a poussé à me replonger dans des vieux manuels de latin et à m'initier au grec ancien...
Or donc, Lasch s'appuyant sur le contenu d'un manifeste intitulé "Speaking for the Humanities" expose le racisme sous-jacent contenu dans les positions de la gauche universitaire étasunienne (qui sont donc aussi celles de la gauche universitaire européenne)  concernant cette exposition à l'altérité, autrement dit à la "connaissance des choses sur des intérêts, des situations, des traditions marginales et réprimées" à laquelle les enfants des milieux privilégiés sont contraints, les minorités ethniques étant, quant à elles, exemptes de "cette exposition à 'l'altérité' dans "l'œuvre d' hommes blancs occidentaux" (p. 190).
Lisons encore Lasch citant Kimball qui semble parfaitement résumer l'état actuel des choses : "La 'rhétorique de l'universitaire' s'avère (...) 'profondément exclusionnaire - on pourrait même dire raciste et sexiste' dans les postulats qui la sous-tendent. Il apparaît que les gens ordinaires - spécifiquement s'ils appartiennent au mauvais groupe ethnique ou à la mauvaise race - ne savent pas lire les classiques avec la moindre compréhension, si tant est qu'ils savent lire quoi que ce soit. Il faut donc reconcevoir les programmes en mettant l'accent sur le cinéma, la photographie et des livres qui ne présentent pas des exigences particulières pour le lecteur - le tout au nom de la démocratisation de la culture" (p. 189). 
Pour être sage de sa propre sagesse, il faut être savant d'autrui...

lundi 7 décembre 2015

Monde moderne, décérébration universelle, Russie et eurasisme


Derrière toutes ces simagrées anti-réactionnaires de citoyens du monde de la domination marchande, ces prêches progressistes "anti-fachos", l’invocation des droits de l’homme, couteau suisse des chefs du marketing du globalisme, il y a toujours cette puanteur du...colon ethnocidaire. Le mépris pour les Russes de la Tradition par ces agents de la décérébration universelle rappelle ce rejet de l’homme archaïque des sociétés premières des Amériques, d’Afrique ou d’Asie, par l’avant-garde de la putride société bourgeoise d’Europe occidentale, alors en pleine expansion : "apportons les pisseuses lumières de la civilisation spectaculaire-marchande à tous ces arriérés  !", tout d’abord avec cette caricature de christianisme alliée de circonstance de la bourgeoisie mercantile puis avec la crétinerie nihiliste développementaliste assassin des peuples anti-utilitaristes, de l’émerveillement cosmique perpétuel... 
Ce tropisme pro-russe des quelques "Européens" encore éveillés est systématiquement et volontairement confondu par ces faiseurs d’opinions domestiqués, avec les agitations convulsives de cette droite xénophobe et raciste parée d’un petit vernis patriotard de merde qui séduira de plus en plus tous les beaufs revanchards et les rentiers "sécessionnistes" ; une "droite" pourtant nullement molestée par l’odeur pestilentielle du cadavre putréfié du capitalisme natiophobe, éradicateur des dernières consciences populaires anti-marchandes...
Entre les défenseurs de "l’humanisme" de l’exploitation et de la consommation de la  "marchandise Benetton" de gauche et les chantres d’un capitalisme droitier "de souche" offrant à la vindicte des crânes épais le bouc émissaire musulman ou immigré, reste l’eurasisme...

vendredi 23 octobre 2015

Constantin Léontiev par Nicolas Berdiaev et commentaires...


"Nous assistons à la venue au monde d’une caricature qui défigure l’image des anciens hommes : l’Européen rationnel moyen, avec son grotesque vêtement, que le miroir de l’art ne saurait même pas idéaliser ; un être à l’esprit mesquin qui se sustente d’illusions, frotté de vertu terrestre et de bonnes intentions pratiques ! Depuis le début de l’histoire, on n’avait point vu d’alliage plus monstrueux : jactance intellectuelle devant Dieu, et platitude morale devant l’idole humanitariste, uniforme et incolore. Humanité exclusivement travailleuse, impie, et dénuée de passions. Peut-on aimer une humanité pareille ? Ne doit-on pas haïr, non pas les hommes eux-mêmes, lesquels sont stupides et ont perdu le sens, mais l’avenir qu’ils se préparent ? Ne devons-nous pas le haïr de toutes les forces de notre âme, et même de notre âme chrétienne ?" Extrait de Constantin Léontiev par Nicolas Berdiaev, Berg international, 1993.Recueilli dans La Russie retrouve son âmenuméro de juin 1967 de la revue La Table rondehttp://www.biblisem.net/citatio/leontcit.htm

Léontiev fait partie de ces écrivains prophétiques. Comment ne pas adhérer à sa vision de la "modernité européenne" ? Comment ne pas penser avec lui que l'homme des modernités aux centres d'intérêt limités, à l'égo boursouflé, narcisse qui ne supporte pas la frustration et la critique, incapable de faire face son vide intérieur, n'est qu'un individu terne dont le prétendu individualisme n'est qu'un moutonisme, dont la singularité renvendiquée  (qui n'a jamais entendu ce fameux récurrent "je ne suis pas comme les autres" !) relève de la plus effroyable des banalités, et qu'absolument plus rien ne transcende. Comment le sentiment du sacré (voir simplement un peu d'"esprit") pourrait-il, de toutes façons, émerger d'une fosse à purin ? Or donc, le "pas comme les autres" n'est, dans la plupart des cas, qu'un pauvre type (pauvre femme) mal élevé(-e) qui pensant défier la norme en se comportant comme un porc (une truie), ne fait cependant qu'adhérer à celle-ci. 
A propos de gorets... le livre de Gilles Châtelet "Vivre et penser comme des porcs" sorti à la fin des années 90 du XXe s., aussi amusant dans sa forme que tragiquement réaliste sur le fonds, témoigne de la présence réelle de l'homo porcus en ce monde...On peut vérifier cet état de fait quotidiennement. 
Il s'ensuit que chez ce pousse-caddie la capacité d'émerveillement  devant la Création ne peut être que, de toute évidence, totalement absente. Pour paraphraser Clouscard qui, malgré le sentiment qui pourrait émaner  d'une lecture très superficielle de son oeuvre n'avait rien d'un anti-moderne ou d'un réactionnaire, le voyage au bout de la nuit, parsemé d'indigestes introspections, que revendique l'individu d'attitude moderne n'est, finalement, qu'une promenade pantouflarde dans le jardin des idées reçues...Ici, Clouscard rejoint Léontiev...
L'homme religieux est le seul à pouvoir assumer la totalité du monde, de l'existence y compris cet événement  angoissant qu'est la Mort. Savants et pseudo-savants reculent à l'évocation de cette dernière. Ils n'ont absolument rien à dire à son sujet...et ne veulent rien en savoir... Au mieux, peut-on s'attendre de leur part   à la récitation des éternels poncifs relativitives... relatifs à l'autonomie du sujet, la liberté de conscience (un pas de côté...). 

jeudi 13 août 2015

La gauche au milieu des ruines...

Michéa part d'un constat : la pensée de gauche contemporaine est un immense champ de ruines. Loin de se limiter à quelques critiques superficielles qui effleureraient à peine le sujet, il établit une sorte de généalogie, bien plus encore une carte génétique (sa démarche est philosophique) du libéralisme pour y trouver les causes premières de la situation présente. Il rend alors compte du fait que la gauche telle qu'elle se présente de nos jours (de Hollande, à Emmanuelle Cosse en passant par Mélenchon), suivant à la lettre la formule de Michel Foucault selon laquelle tout l'héritage du socialisme est bon à mettre à la jaille, n'a jamais été que l'Incarnation du versant culturel du libéralisme. Derrière ce GRAND renoncement, qui pour paraphraser Jean-Claude était de toute façon, consubstantiel à la stratégie de cette gauche sorbonnarde-mitterrandienne-pétard-caviar, il y a un projet "total"-itaire : faire du "citoyen" une machine désirante (libérer les flux libidinaux !, les fascistes historiques auraient parlé de force vitale !), autrement dit un consommateur abruti et un employé servile, sans conscience politique et le priver de l'héritage de contestation radicale de ses ascendants (qui n'est que fascisme selon cette "nouvelle" gauche pour qui le confusionnisme et l'inversion accusatoire sont des modes d'opérer systématiques), sans racines donc, sans passé et finalement sans "qualités" (Musil). 

En lieu et place, de cette radicalité contestataire réellement subversive car "ENRACINEE", puisqu'il est désormais hors de question d'en finir avec le "capitalisme", la gauche libérale butlero-derrido-deleuzienne propose-impose à ce nouveau type anthropologique parfaitement immature (mâle ou femelle), nourri aux films de cet abruti de Tarentino et qui continue de jouer à la console Nintendo après 40 balais, les  slogans les plus creux les plus apolitiques et d'adhérer tous les couillonneries de la révolte mise en spectacle : de la techno-parade aux apéros festifs parrainés par Nike et les Inrocks, du "changement c'est maintenant" à la lutte anti-fascistes sans fascistes, du rebelle abruti techno-rapoïde qui gigote du cul dans les émissions de Canal + aux  études sur le "gender-post-porno-queer" et autres bavardages pervers déconstructionnistes, etc.

Être dans l'air du temps, vivre avec son époque...toute forme de nostalgie ou références à propos d'un certain mode vie qui exclurait, de facto, un bon nombre de parasitages mentaux actuels, toute contestation du mode de production capitaliste ne pouvant être que réactionnaire, "d'essence barrésienne" (Michéa citant Pascal Lamy à propos des déviants qui se posent deux ou trois questions au sujet d'une  mondialisation basée sur la croyance en une croissance infinie dans un monde aux ressources limitées), chacun est, par incidence, sommé d'adhérer au slogan : "il n'y a pas d'alternatives (au capitalisme)". Nier la réalité de la lutte des classes, écraser la psyché, salir les âmes ! Penser et vivre comme des porcs finalement...C'est le projet libéral-libertaire, un contrat à tacite reconduction entre la gauche et la droite depuis 40 ans, parfaitement respecté, par exemple, à travers l'alliance du sociologue de gauche et de l'économiste de droite...

Ceci étant dit, Michéa n'oublie pas la critique du marxisme (et des marxistes) en montrant la parfaite indigence de son anthropologie et son adhésion a-critique à l'idéologie du progrès (et cette stupide conception de l'histoire des sociétés : passage du stade de l'enfance à celui de l'âge adulte qui est la même chez les libéraux), au productivisme, à l'idée de croissance infinie, etc.

jeudi 4 juin 2015

Entretien avec Lucien Rebatet - "Les décombres"

"Jules Renard, dont j'aime à croire qu'il n'eût jamais été un socialiste à la mode du Front Populaire, disait trente ans plus tôt aux Buttes-Chaumont : “Oui, le peuple. Mais il ne faudrait pas voir sa gueule”. Les dieux savent si on la voyait ! Ça défilait à tout bout de champ, pendant des dimanches entiers, sur le tracé rituel de la République à la Nation. Il y avait les gueules de la haine crapuleuse et crasseuse, surtout chez les garces en cheveux. Il y avait encore à profusion le prolétaire bien nourri, rouge, frais et dodu, dans une chemisette de soie, un pantalon de flanelle, d’étincelants souliers jaunes, qui célébrait avec une vanité rigolarde l'ère des vacances à la plage, de la bagnole neuve, de la salle à manger en noyer Lévitan, de la langouste, du gigot et du triple apéritif. Le peuple, dans ces revues, était entrelardé de cohortes maçonniques, arborant d'incroyables barbes toulousaines, et des bannières, des ceintures, des scapulaires bleus et roses de congréganistes, sur des ventres de Tartarins ; ou encore d'escouades d'intellectuels, les penseurs de mai 36, dont l'aspect me mettait un voile rouge devant les yeux, les vieux pions de Sorbonne, les suppôts à lorgnons et barbiches de toute la suffisance primaire, bras dessus bras dessous avec tel homme qui avait eu du talent et qu'on reconnaissait avec un étrange dégoût dans ces chienlits" (Rebatet L. (1942, édit. 1952),  Les décombres).

Rebatet, en voilà un qui n'a jamais fait semblant de l'aimer...le peuple...

En ce qui concerne l'entretien, quelle qualité dans l'échange ! Et le niveau de langue ! On entend, en outre, un Jacques Chancel qui ne partage évidemment pas les orientations politiques de Lucien Rebatet, toujours respectueux de son hôte. Impensable qu'un tel débat puisse avoir lieu aujourd'hui, Il n'y a qu'à écouter ces animateurs-publicistes analphabètes, parfaitement incultes, porteurs d'une effarante vulgarité...et leurs invités...


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dimanche 15 mars 2015

Lazare, le "dieu fatigué" et la régénération du monde (moderne)...

Quand Mircea Eliade écrit  : "on ne se contente pas de transfuser du sang à un dieu fatigué (le monde moderne), on lui montre le signe sous lequel il peut se régénérer", comment ne pas entendre la référence à l'épisode de la résurrection de Lazare : "il y avait un homme malade, c'était Lazare de Béthanie" (Jean : 11). Ainsi, quand Marthe et Marie, soeurs de Lazare les (saintes) Myrrhophores envoient faire dire à Jésus : "Seigneur, celui que tu aimes est malade", n'y a-t-il pas identité avec le constat éliadéen sur le monde moderne ? Si cette parole a été prononcée durant l'existence terrestre du Nazaréen et témoigne pathétiquement de la souffrance de l'humanité d'alors, elle résonne, de toute évidence, à travers les siècles. 
Interpellé par les deux femmes, le seigneur de l'univers répond : "Cette maladie n’est pas la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que soit glorifié le Fils”. Autrement dit cette souffrance physique et forcément morale est, classiquement comprise comme l'annonce de la Passion du Christ, sa mort, son "éclipse" et sa résurrection instaurant le règne de l'Eglise ici et maintenant. Mais ce signe, peut  autant être compris comme celui de l'arrivée du "Temps", de la seconde venue que comme la justification des malheurs de l'humanité, des mondes passés et futurs et la possibilité de leur renovatio en suivant le(s) Signe(s).
Arrivé à Béthanie, Marthe interpelle Jésus : "Seigneur, si tu avais été ici mon frère ne serait pas mort", comment ne pas faire l'analogie avec le "Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ?" du Christ souffrant sur la Croix ? La résurrection de Lazare, résurrection physique est un signe qui laisse entendre à qui peut comprendre que d'autres événements se produiront à ce moment là, plus en avant dans le temps historique. Evénements qui concernent tout autant l'existence terrestre du Christ qui par un geste de pure humilité a accepté, en s'incarnant dans la chair, les limitations inhérentes à toute existence humaine que les possibilités de renovatio intégrale du monde. Cette deuxième option ou interprétation est séduisante. En effet, Lazare ressuscite physiquement et non spirituellement, il ne naît donc pas à la vie nouvelle comme il est promis par le Christ ("Celui qui ne naît à nouveau...", etc.). N'a-t-on donc pas ici une  métaphore (heuristique...). Le "dieu fatigué" d'Eliade (cf. Supra) équivaut au Lazare de l'Evangile de Jean qui est donc le monde moderne.
A travers la résurrection de Lazare (Evangile de Jean, 11), Jésus-Christ nous montre le signe sous lequel le monde (moderne), entendu dans le sens d'humanité, peut se "régénérer", c'est-à-dire poursuivre son existence dans l'histoire. Oui, ce monde (l'humanité) est souffrant, il n'est que chaos et il va mourir, mais il a encore une chance, toujours renouvellée à travers le temps, de se sauver lui-même par les Signes que le Cosmocrator lui envoie...
 Aussi sans pour autant nier le caractère fabuleux et authentiquement surnaturel de l'épisode de la "première resurrection", ce dernier ne nous livre-t-il pas, aussi, un message fondamental pour les temps présents?... Le monde moderne est porteur d'un chaos qui s'il suit le(s) Signe(s) du cosmocrator peut évoluer vers un cosmos, autrement dit un monde signifiant, porteur de sens, familier...

jeudi 8 janvier 2015

mardi 30 décembre 2014

Class 1984 et catharsis... (+ The substitute et Class 89)


En plus de sa dimension prophétique, bien qu'il ne fallait pas être grand devin pour soupçonner à l'époque l'évolution à court terme du système éducatif nord-américain (disons euroccidental), ce film clairement imprégné de l'univers d'ultra-violence d'"Orange mécanique" et inspiré de faits divers (1) visiblement suffisamment, sinon nombreux, au moins frappants pour inspirer un tel scénario en 1982, a dirons-nous une fonction cathartique certaine...Comprenne qui pourra...

(1) source : http://www.imdb.com/title/tt0083739/

Dans la même veine : The substitute et  Class 89.


vendredi 26 décembre 2014

Décroissance du mois de décembre

Excellente "une" du numéro de décembre du journal "La décroissance". Inutile de se perdre en commentaires.  La figure (l'ange ?) tutélaire du néo-capitalisme  "à la cool" (jean's et baskets New Balance obligatoires), Steve Jobs et la logorrhéique Judith Butler, pasionaria de la troublée et oligophrène gauche libérale.
Joseph et Marie (ou Marie et Joseph), le couple "divin" (la paire divine?) du libéralisme-libertaire, acquéreur-propriétaire créateur du nouvel Adam, du post-humain augmenté et logotisé de la fin de l'Histoire, fabriqué dans une usine sordide de poules pondeuses exploitées à produire du rêve dé-localisée dans le Tiers monde un pays du Sud, atelier d'esclaves un pays émergé, à l'économie ouverte...




dimanche 19 octobre 2014

Rifkin, au secours du capitalisme


Les théories de Rikfin sont un énième avatar du "capitalisme soutenable" et autres impostures "technoscientistes vertes" soi-disant au service du "bien (être) commun".  En somme, on continue à jouer sur les impostures novlangagières, à produire des constats biaisés, à refuser d'aller à la cause des causes des naufrages politique, social, économique, écologique...: soit le désastre anthropologique né de la modernité "accentué" par ses...modernisations ; la dernière étape de cette mutation de la modernité étant bien sûr la contre-révolution libérale-libertaire qu'est mai 68 : l'avènement de narcisse, "l'homme psychologique" sensible à tous les courants d'air du temps, malléable et influençable comme jamais l'être humain  ne l'a été dans toute l'histoire de l'humanité (en termes de manipulations, à côté de la publicité, des séries et jeux TV qui vendent le "rêve capitaliste" bien mieux que les économistes libéraux avec leur baratin d'ailleurs, les curés d'autrefois sont des petits joueurs...).

Rifkin  est un serviteur (et sacrément bien rémunéré par ses nombreux maîtres) de la société du "débilisme" du tout-technique, c'est un de ces rédempteurs progressistes, conseillers des "princes". Hypermoderne, il pense comme la plupart des contemporains vivre une période de l'histoire appelée à atteindre un sommet de développement technique et intellectuel (si ce n'est déjà fait).  Pour lui, le monde se dirige vers un avenir radieux, grâce au développement des nouvelles technologies (avant-hier c'était par l'utilisation du charbon, hier du pétrole que cet avenir devait être assuré...) génératrices de croissance, accroché qu'il est à un "sens de l'histoire". Au centre de la pensée de Rifkin,  les "communaux collaboratifs" qui mettront fin au capitalisme. Ainsi ceux-ci permettront qu' "au lieu d'avoir des acheteurs et des vendeurs, au lieu d'avoir des propriétaires et des travailleurs, tout le monde est entrepreneur. Tout le monde produit et partage sa production à un coût marginal quasi zéro, ou beaucoup moins cher, dans le cadre de ces communaux collaboratifs. C'est un système complètement nouveau pour organiser la vie économique." 

Le prospectiviste étasunien appartient, en réalité, au quart-monde intellectuel, bloqué au stade infantile avec ses fantasmes de monde standardisé, pacifié sans "aspérités" (l'imprimante 3 D qui reproduit les mêmes objets à l'infini). Ses écrits sur la Troisième Révolution Industrielle (TRI) ne font dont que théoriser une nouvelle évolution du capitalisme niveleur...

Des marxistes orthodoxes (peu nombreux) aux droites dites "nationales" en passant par les  sociaux-démocrates libéraux, tous sont technophiles. S'ils ne partagent pas tous la même vision du monde, tous veulent ignorer l'essentiel : l'aliénation engendrée par la société technicienne. Même les premiers cités pour qui la technique créée par le capitalisme deviendra instrument d'émancipation des classes laborieuses, ignorent sciemment, quelque chose de fondamental comme "la révolte des luddites" qui  est, une opposition  HAUTEMENT morale à l'industrialisation et au progrès technique aliénant (destruction des machines (1)) car l'existence historique de cette révolte leur renvoie certains de leurs théories (marxistes) à travers la figure. L'homme peut dire non tout de suite à l'aliénation (il en est sans doute de moins en moins capable cependant), sans passer par des phases d'ajustements ou de transitions de 70 ans qui ne permettront jamais le passage du socialisme au communisme. Et c'est pour cela que ces "marxistes" considèrent comme nécessaire l'existence d'une avant-garde (CHIEN DE GARDE) révolutionnaire (pour Lénine les ouvriers n'étaient que des cons) en mesure de tenir tout ce petit monde en laisse. Robert Castel a bien montré, d'ailleurs, que ce qui s'apparente à du "progrès social" (généralisation du salariat, avantages sociaux, salaire minimum...) n'est consenti que pour mieux fidéliser le travailleur, acheter sa soumission et renforcer sa subordination au patron.  

Qui peut encore, en outre, croire que les modernisations du capitalisme doivent poser les bases matérielles du "socialisme" ? 
Remettre en cause ce "mythe" politique tenace et, par ailleurs, incroyablement  paralysant pour l'émergence d'un véritable mouvement  politique "anti-système", c'est implicitement et  nécessairement contester l'héritage de la modernité des Lumières en tant que projet émancipateur. Mais les personnels politiques et intellectuels actuels, ne sont pas en mesure de le faire, parfois par manque de moyens...intellectuels...c'est ça le plus triste, si seulement, ils étaient uniquement de "mauvaise foi"...

(1) seuls des imbéciles ou des idéologues (encore une fois) peuvent voir dans ce rejet de la technique, un refus de toutes les innovations qui ont permis d'améliorer les conditions d'existence de l'être humain. Personne (?) ne songerait à remettre en cause les apports de la médecine moderne dans l'allègement de la souffrance physique et psychologique, même si certaines maladies (infarctus, diabètes, dépressions...) sont assurément des conséquences d'une existence moderne et qu'il y a une fuite en avant certaine dans cette modernité guérisseuse : les progrès de la médecine pallient les conséquences de la dégradation des conditions de vie de l'homme (hyper-)moderne. Dans une société idéale(-ment humaine), la seule question que devrait se poser l'homme face à une innovation technique : cela va-t-il me rendre plus humain, "meilleur" ? Si la réponse est négative alors cette "nouveauté" n'a pas lieu d'être. Cela implique donc de renouer avec une métaphysique particulière et d'en finir avec la société libérale-progressiste axiologiquement neutre.

mercredi 15 octobre 2014

Pierre Clastres - Chronique des indiens Guayaki / Mircea Eliade et terreur de l'histoire


"(...) de nos jours, alors que la pression historique ne permet plus aucune évasion, comment l'homme pourra-t-il supporter les catastrophes et les horreurs de l'histoire - depuis les déportations et les massacres collectifs jusqu'au bombardement atomique - si, par-delà, ne se laisse pressentir aucun signe, aucune intention transhistorique, si elles ne sont que le jeu aveugle des forces économiques, sociales ou politiques ou, pis encore, que le résultat des 'libertés' qu'une minorité prend et exerce sur la scène de l'histoire universelle." Eliade, M. (1969, rééd. 2009). Le mythe de l'éternel retour. Archétypes et répétitions. Paris : Gallimard, Coll. Folio essais, p. 169
Encore une fois la preuve que les écrits d'auteurs aux engagements/opinions politiques très différents (bien que le cas  Eliade soit fort complexe, malgré ce que certains charognards ont pu écrire sur sa période de jeunesse pour dénigrer l'ensemble de son oeuvre) peuvent entrer en résonance parfaite... 

mon exemplaire, édition de 1972...



A lire : 
La forêt d'Emeraude,1985-sociétés primitives :

Où on rappelle que si dans ces sociétés primitives les  moeurs sont libertaires, dans le même temps, il y a nécessairement un très grand conservatisme à la fois dans le processus de transmission et dans le contenu des valeurs et de l'éducation (ce qui revient pour une partie au même)  pour assurer la survie des communautés...Au passage, on notera, non sans ironie, que les mêmes qui s'extasient devant les codes culturels de ces sociétés premières (par ailleurs, parfois très violentes : guerres permanentes pour des raisons politiques, exo- et endo- cannibalisme, infanticide...ici on ingère ses ennemis sans SADISME, autre part on les fait mourir dans d'atroces souffrances : napalm, bombes à  fragmentation...qui sont les "barbares", où est le progrès ?) à 6000 km de chez eux, ne voient, souvent que "réaction", "répression" et "fascisme" dès que l'on parle de "valeurs" chez eux...(il y a aussi, il est vrai, des progressistes de gauche, profondément haineux à l'égard du mode de vie de ces peuples autochtones "en dehors de l'histoire").

En outre, avec Clastres ou Eliade, on est donc bien loin de certains auteurs "freudo-marxistes" (et avatars)
(voir ICIprétendant parfois s'inspirer de ces "sociétés traditionnelles" (on ne parle pas ici de la "vieille France vertueuse" ante-1968, mais bien d'un primitivisme fantasmé) pour élaborer leurs thèses. Des théories qui ne pouvaient que mener à la catastrophe anthropologique actuelle en les imposant à une "société complexe" comme la nôtre...

...on ne dénoncera, par exemple, jamais assez l'immense nocivité de l'oeuvre foucaldienne, dont une part a consisté à affirmer que le surmoi n'est qu'une création de la société bourgeoise-capitaliste cherchant par là à imposer un ensemble de normes strictes et à reproduire ad infinitam les mécanismes de dominations...Il n'est pas inutile, à ce moment, de se souvenir que ce même Foucault fut un défenseur (et pourquoi il le fut) , comme d'autres à sa suite et encore de nos jours, de ce qu'il nommera "sexualités périphériques"...

lundi 29 septembre 2014

Noblesse contre narcissisme

Les qualités et comportements nobles, de l'aristocrate de l'esprit : courage, discernement, empathie, sympathie, prudence, créativité, sagesse et solitude, éviter les discussions futiles et superficielles, par incidence les rencontres et les contacts stérilisants qui assèchent l'âme... 
Tout oppose le "noble" qui a conscience du tragique de l'existence, ne cherche pas à plaire, du narcisse, conformiste, toujours dans la séduction, qui ne s'intéresse à rien hormis à son "moi" dont il guette les moindres signes de décrépitude...à son petit confort matériel et intellectuel...un narcisse, anarchiquement isolé et prétentieusement vide comme le cosmos dans lequel il vit, qui, certes, peut taper du poing sur la table, avoir le verbe haut, faire preuve du plus grand mépris à l'égard d'autrui mais n'est qu'un agité, une bête traquée par ses peurs inavouées et qui tente d'échapper à son vide intérieur en étant toujours en mouvement...Le premier tente, même avec grand peine, de se conformer à son idéal de liberté, le second est pris d'une angoisse ineffable à la seule évocation du mot et préfére ricaner, se faire sarcastique, pragmatique et se "soumettre"...