: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: espace
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vendredi 13 mai 2016

La véritable révolution de la protohistoire : l'apparition de l'Etat (notes)


Pour Pierre Clastres, la véritable révolution dans la protohistoire n'est pas à chercher du côté de l'apparition de l'agriculture au néolithique mais au moment de l'émergence de l'Etat. Ce dernier événement marque le véritable passage de la protohistoire à l'histoire et la disparition des sociétés traditionnelles. En effet, l'existence de sociétés agricoles n'est pas  synonyme de bouleversement dans l'organisation sociale des groupes humains archaïques. Et, pour empêcher l'apparition de l'Etat - Clastres nomme ces sociétés premières,  sociétés contre l'Etat et non pas sans Etat, évitant ainsi le positionnement ethnocentrique de l'observateur occidental moderne et qui consisterait à dire qu'il manquerait quelque chose à ces sociétés - on fait la guerre. La violence - des conflits intertribaux- a pour fonction de faire obstacle à la modification de l'ordre social et politique : empêcher l'apparition d'un chef avec un pouvoir. S'il existe bien un chef dans ces sociétés archaïques, celui-ci occupe un rôle symbolique au sein de celles-ci. Tant que ce chef de pacotille existe, aucun cacique avec un pouvoir véritable sur la communauté ne peut surgir. Il existe bien des personnages importants tel le shaman, dans ces communautés amérindiennes, bénéficiant d'un certain prestige. Celui-ci n'a, pour autant aucun pouvoir politique. Et bien qu'il soit, d'une certaine manière le maître de la vie et de la mort, s'il échoue dans sa mission, il est impitoyablement éliminé. En somme, ces sociétés contre l'Etat sont les sociétés de l'ordre sans le pouvoir, autrement dit égalitaires, non hiérarchisées empêchant, de fait, l'apparition de classes sociales. Contre les marxistes, Clastres affirme donc que c'est bien l'exercice du pouvoir, autrement dit l'Etat qui engendre la division sociale et le travail aliéné. Les sociétés  archaïques contre l'Etat sont donc d'authentiques  sociétés acratiques, sans autorité(s), sans classes, sans rapports de dominations/soumissions. Et même, s'il y a division de l'espace, avec des lieux réservés aux femmes (le campement) et d'autres aux hommes (le domaine de la chasse, la forêt), l'occupation de l'espace ne reflète pas ici une hiérarchie entre les sexes. Aucun pouvoir  ne s'exerce pas ici. L'ensemble de la communauté est régie par des règles, certes, mais elles existent pour maintenir la cohésion du groupe et non pas pour qu'un individu ou un groupe d'individus puisse avoir l'ascendant sur un autre. Le conservatisme dans ces sociétés est ou plutôt était (des Guayakis, il ne reste plus rien par exemple) une condition de leur préservation. Tout ceci est valable dans le cadre de petits groupes humains.  (Voir notamment CLASTRES (P.). 2011, La société contre l'Etat, Les Editions de Minuit). On peut également dire un mot sur l'opposition entre (les soi-disant) sociétés de la peur de la pénurie (pré-modernes ou anti-modernes) et sociétés d'abondance, à rebours du discours marxiste. Sur ce point  l'anthropologue Marshall Sahlins rejoint Pierre Clatres. Ainsi les sociétés de chasseurs-collecteurs n'ont jamais été des sociétés de la peur de la pénurie, mais des sociétés d'abondance donnant, de fait, à ce dernier terme une définition  totalement différente de celle communément admise dans nos sociétés des modernités. Ces sociétés archaïques produisent le nécessaire permettant de satisfaire les besoins du groupe. Pierre Clastres, l'anthropologue anarchiste confirme cet état de fait. L'activité productrice des sociétés traditionnelles indivisées socialement est limitée à la satisfaction des besoins alimentaires quotidiens sans qu'apparaisse la frustration du ventre. Et si des surplus sont dégagés, ils ne sont utilisés qu'à des fins socio-politiques (cérémonies, rituels initiatiques, visites d'étrangers etc.)...Pierre Clastres en étudiant les groupes tribalites du Paraguay, les Guayakis "Rats féroces" ou Aché, c'est-à-dire les personnes silencieuses et invisibles, nous dit donc quelque chose de fondamental sur la société de l'être véritable...
à suivre... 
Voir aussi sur ce BLOGUE : Pierre Clastres et Mircea Eliade :



samedi 19 décembre 2015

Sur les dimensions de la Liturgie : dimension eschatologique, temps et centralité cosmiques (partie IV)

La Divine Liturgie est au centre la Création. Le lieu où elle est célébrée devient le centre de la Création. L'Univers tout entier rayonne autour de ce centre liturgique. Chaque lieu de culte où elle est célébrée devient donc le centre de l'univers, mais s'il y a une multiplicité de centres, il n'existe bien sûr qu'une Création. Qui plus est par Création il faut non seulement entendre le monde sensible mais aussi le monde invisible, l'Autre Monde. La Liturgie (orthodoxe) est donc bien une liturgie cosmique qui convoque l'entiéreté des mondes. Lors de la célébration liturgique, toute l'économie de la Création est actualisée, des commencements à la fin des temps. Le centre de  la Divine Liturgie projette l'éternité dans le temps. C'est un temps en dehors du temps. Formule paradoxale qui dit que toutes les catégories du temps et d'espace sont abolies. 
La Liturgie est Théophanie. La présence du Christ n'est pas imaginaire ou symbolique, elle est réelle durant la célébration ou plutôt réactualisation rituelle. Cette seconde expression devrait être préférée  à la première, car il s'agit moins de se souvenir ou de commémorer que de régresser aux origines, i.e. lors de la vie du Christ.
La Liturgie réactualise ainsi  le mystère de l'Incarnation par l'Anaphore quand le célébrant en présence des co-célébrants prononce les paroles dites lors de la Cène. A partir de ce moment, Le célébrant et les co-célébrants (les fidèles), donc ceux qui "réactualisent", deviennent contemporains du Christ. Ce dernier est avec eux, ici et maintenant. 
Toute l'économie du salut est présente dans la Liturgie, de la première à la seconde Venue. La Liturgie affirme autant le temps des commencements, ab origine que la présence des fins dernières. Elle a donc bien une dimension eschatologique dans ses différentes déclinaisons : à l'échelle individuelle (mort de la personne), de la société (du monde) et dans celle concernant la "dernière génération".

La liturgie eucharistique est le centre de l'énergie divine qui se diffuse à traver tout l'univers. Elle n'est pas une idée, un concept théorique, elle est expérience. Expérience de la Gloire de Dieu...

Les temps de la vie de l'Eglise sont organisés de manière à ce qu'ils soient ouverts sur l'éternité. Différents temps cohabitent les uns avec les autres qui sont autant de cycles. Ils sont tous liés. 
1) le premier correspond au cycle des jours, c'est celui de la vie du Christ,
2) le deuxième est le cycle des semaines qui correspond au temps de la Création, soit 8 jours ; le 8e jour étant une ouverture sur l'éternité, 
3) le troisième est le cycle des mois centré sur les différentes fêtes et sur la vie des saints, sur des dates fixes,
4) le quatrième correspond au temps des fêtes mobiles comme Pâques et qui sont véritablement ouverture sur l'éternité. Par l'exemple de sa vie, le Christ, ayant vaincu la mort, nous fait passer du temps à l'éternité.


Si chaque jour du temps liturgique cyclique oblige à la répétition, à la mêmeté rituelle, à l'actualisation des mêmes événements, des changements subtils se produisent en l'homme religieux. La tension d'epectase, celle qui ouvre le coeur à Dieu et remplit progressivement de Grâce transforme ce temps cyclique, spiralique en éternité sphérique correspondant à un état de plénitude absolue, "finale". C'est ce vers quoi doit tendre l'homme religieux, en l'occurrence le chrétien sincère. C'est un chemin de grande humilité, très risqué et décourageant. Mais c'est aussi la seule voie de la sincérité spirituelle, forcément discrète et secrète. Il faut donc montrer la plus grande méfiance à l'égard des êtres qui étalent leur vie spirituelle, affichent leurs convictions religieuses à leur boutonnière. L'indécence n'est, évidemment, pas de se déclarer chrétien mais de se déclarer chrétien et illuminé. L'authentique chrétien éclairé, espèce rare, n'éprouve, de toute évidence, aucun besoin d'affirmer son état de béatitude à la face du monde...

VOIR aussi sur ce blogue :
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/10/sur-les-dimensions-de-la-liturgie-et.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/10/precisions-sur-le-concept-de.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/11/sur-les-dimensions-de-la-liturgie-et.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/10/jacques-le-juste-frere-du-seigneur-23.html


mercredi 28 octobre 2015

Sur les dimensions de la Liturgie et les temps liturgiques...(PARTIE I)


La Liturgie dans ses dimensions cosmico-anthropologique et ecclésiologique
La vie liturgique ne se limite pas à la pratique cultuelle, sacramentelle, dit autrement la pratique religieuse au sein  de l'assemblée des fidèles d'une église. En effet, la liturgie est effective par l'existence même du cosmos, par la Création, celle-ci étant l'expression de la sagesse divine. "Un vent de Dieu" ou "l'esprit de Dieu" tournoyait sur les eaux (Génèse). La Divine Liturgie est dès les commencements.
La présence dans le monde d'un animal, d'une plante est, d'une part le témoignage de la sagesse et de la bonté de Dieu et d'autre part par le fait d'exister ces êtres vivants célèbrent l'univers tout entier, le cosmos. La liturgie existe donc par la Création, par l'existence du soleil, de la lune, des arbres, des animaux, des pierres, des hommes.... Cette célébration est continuelle depuis les origines du monde.
Donc, avant que les Pères grecs fondateurs du christianisme ne formulent la Divine Liturgie, sans rien inventer, mais à partir de la Parole révélée, la liturgie est. Cette liturgie cosmique précède tout entreprise de ritualisation. Ces Pères étaient parfaitement conscient de la dimension litugique de cette nature créée. 
Ainsi donc, cette vie liturgique commence par l'émerveillement enfantin devant le monde et se poursuit tout au long de la vie par l'émotion ressentie devant un coucher de soleil, une belle nuit étoilée, le chant des oiseaux, l'observation du comportement des animaux domestiques ou sauvages. Mais cette capacité d'émerveillement est, de toute évidence, émoussée par l'expérience de la vie. Dès qu'il grandit, l'être humain perd, certainement, cette capacité de s'étonner devant - nous ne dirons pas des choses simples car les phénomènes naturels sont d'une infinie complexité - mais devant les éléments de cette nature, mille fois modifiés, des paysages à la biologie des êtres...  
Aussi, la caricature récurrente du christianisme élaborée par certains "penseurs" prétendument éclairés, construite "par des générations de gueules identiques" pour paraphraser Léon Bloy est absurde. Le christianisme n'est pas haine de la vie, mais sa célébration. Il y a énormément à dire sur le sujet, nous pourrons y revenir.
Continuons en affirmant que tout être humain a une capacité liturgique, avant d'être un être biologique il est un être théologique. L'homme n'est pas une parcelle de Dieu, mais est imprégné dans les moindres de ses cellules de l'énergie divine. 
La vie cultuelle, la présence aux offices, la pratique des rites ne s'opposent pas à cette participation innée, instinctive à la vie liturgique cosmique. La première est aussi nécessaire que la seconde. 
La liturgie eucharistique est une révélation de Dieu. Il s'agit, par là, d'actualiser le Mystère de l'Incarnation. C'est une théophanie. Dans toute célébration, Dieu se reconnaît. Dieu se félicite de la Foi de l'homme et Jésus-Christ s'émerveille devant la ferveur de son serviteur. C'est le fondement premier de la vie liturgique. La Liturgie actualise le Mystère de l'Incarnation. Par la présence du fidèle dans l'espace liturgique consacré (l'église), celui-ci célèbre avec le prêtre les Mystères. Il ne faut donc pas considérer le prêtre comme le seul célébrant, car le croyant, fidèle messalisant, est co-célébrant. C'est une vérité, sans doute, quasiment oubliée chez la plupart des "pratiquants", entendu dans le sens restreint de ceux qui assistent à la messe.
A suivre...

Archive Photo. Roumanie
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dimanche 20 septembre 2015

Exaltation universelle de la Précieuse et Vivifiante Croix (14 septembre) et espace théophanique...

La Sainte Croix, saints Constantin et Hélène     

Nous n'abordons pas ici le thème du symbolisme de la c(C)roix. 

La fête de l'exaltation de la Sainte Croix commémore deux événements historiques : la célébration de la dédicace de la basilique du Saint-Sépulcre construite par Constantin en 335, après  la découverte de la Sainte Croix par Hélène sur le Mont calvaire (le Golgotha) en 326 et sa reconquête par l'empereur byzantin Héraclius en 630. La victoire de ce dernier marque, par incidence, la restauration du Saint-Sépulcre mis à sac par les Perses, donc finalement de la Croix sur le Gogoltha. Mais plus encore qu'une commémoration, il s'agit, comme nous l'avons déjà évoqué pour d'autres fêtes chrétiennes, de revivre ces événements par la régression aux origines, de redevenir contemporains de ces figures historiques. Il s'agit là du véritable sens de toute cérémonie religieuse, chrétienne ou non, d'ailleurs.
L'église du Saint-Sépulcre recouvre le lieu où Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, fut crucifié mais aussi le tombeau du Sauveur de l'humanité. Les esprits les plus matérialistes affirmeront que cet espace sacré, lieu de mort et de résurrection fut donc produit par Constantin et Hélène, il est, selon une autre optique, un espace hiérophanique donné, inné, sur lequel se manifeste le sacré, plus encore un espace théophanique, là où l'homme-dieu se manifeste et accomplit la promesse de Sa Résurrection. Plus encore, selon cette seconde approche c'est en ce point de l'écorce terrestre où devait se manifester le sacré qui préexistait à l'Incarnation de Jésus-Christ. C'est ce lieu qui fut choisi par le monde suprahumain bien avant la naissance du Christ. Il devait être le lieu d'une Révélation absolue, seule réelle pour l'homme religieux. C'est un lieu, un espace qualitativement différent du milieu qui l'environne. Même si nous sommes en Terre sainte (ou sacrée), selon l'expression...consacrée...et que la présence de Jésus-Christ sur celle-ci l'a sanctifiée, l'expression nie l'hétérogénité de l'espace sur cette terre d'Israël. 
Le Golgotha est, selon la Tradition, le lieu où Adam est né. Le crâne du premier homme, relique sacrée, aurait été trouvé en ce lieu. Or Jésus est le nouvel Adam. Il ne pouvait être d'autres lieux pour le martyr et la Résurrection du seigneur de l'univers. Disons que Constantin et Hélène n'ont fait alors que "confirmer" ou "instituer" le lieu. Ils l'ont, en quelque sorte, recosmisé après qu'il soit tombé dans l'oubli, dans l'histoire païenne romaine (construction d'un temple consacré à Venus sur cet espace sanctifié par le sang de Jésus-Christ répandu sur cette terre). Ils ont refondé un monde, (re-)créé un centre et, de fait, en l'occurrence, celui d'une religion instituée, historique et universelle. Ce centre, ce point de l'écorce terrestre sacré, (re-)sacralisé est devenu un centre du monde, le centre du monde pour les chrétiens malgré les assauts ultérieurs qu'il subira.

lundi 13 juillet 2015

De la lutte des places...


Les lieux de cultes (hors saison et sans curés chanteurs de variétés...), les bibliothèques malheureusement de moins en moins épargnées par l'invasion thématico-festive et de plus en plus inclues dans d'horribles médiathèques et autres Nouveaux Equipements Culturels, bâtiments à l'architecture hybride fusion entre le modèle stalinien et le tas de boue postmoderne (1) et les hôpitaux psychiatriques sont sans doute les derniers espaces publics de la modernité post-historique où l'on peut encore trouver silence, apaisement et réflexions non conditionnées.
Le bord de mer ? Peut-être, mais alors en hiver et par gros temps, quand les "f - estiva(n)liers" bruitistes à la démarche simiesque, trimbalant leurs flatulentes effluves et leur vaniteuse connerie bavarde (2) en tous lieux ont foutu le camp et ont réintégré leurs lieux d'ennui de travail machinal d'accumulation d'humiliations et de servitudes lâches.
Le reste de l'espace public ? Occupé par l'individu/machine-désirante, merveilleusement bien dressé pour servir (bien malgré lui?) les intérêts de l'hyper-classe, qui fait valoir son droit à une certaine "spatialité", DJ' de ses mobilités-"mobilitudes" multiples, qu'il soit porteur de murs des cités artificielles mais plus encore libéral-libertaire consommateur d'espaces et de biens matériels (3), tertiarisé, apéritifisé, nomadisant d'un espace "requalifié" signifiant (signifiant pour lui ; car ce signifiant ne renvoie qu'à lui-même et à sa "tribu") à un autre. Autrement dit, dans le dernier cas cet espace public urbain hypermoderne "festivisé" est investi par l'héritier direct du petit-bourgeois gauchiste-hippy spontanéiste ; il est l'ultime expression du parasitage néo-colonialiste du bourgeois culturel.  Donner l'impression de re-tisser du lien social, de renouer avec des solidarités authentiques alors que seuls certains groupes (qui, certes, donnent l'impression du plus grand nombre) s'approprient, dans une perspective purement égotique, des pans de plus en vastes de l'espace public...

De l'occupation libidineuse et ludique des villes en temps de paix... Destruction de l'intimité, place à l'intimisme de foule...à l'ère des masses (anomiques)...


Les intellectuels, conseillers du prince, sous-doués de la déconstruction, abstractionnistes du réel, spécialistes du néant, animateurs des cortèges mortuaires des saccages spectaculaires qui se réjouissent de la destruction de ce "monde ancien moisi" qui n'existe pourtant plus depuis des décennies sont, bien sûr, l'avant-garde de la "lutte des places" : tout appartient à tout le monde, sauf, de tout évidence, leur poste confortable (mobilité sociale...), le loft de ces partousards (souvent d'anciens logements familiaux acquis après relégation des classes populaires à bonne distance de leur quartier) ou leur maison de campagne achetée pour une poignée de cacahuètes grâce à la déportation des masses rurales (euphémisée en "exode rural" par des légions de sociologues, de géographes et de statisticiens) vers les camps de concentration de la modernité urbaine et (techno-)industrielle...La terreur à la campagne doit être camouflée par le discours de la libération par la ville, à la ville...et les procédés rhétoriques qui mènent à la négation des campagnes (ça n'existe plus!) comme à la négation du prolétariat sont les mêmes. On dressera dans le même mouvement la "classe ouvrière" contre les classes moyennes pour mieux liquider ces dernières ensuite, par la valorisation politico-médiatique des discours de beaufs anti-fonctionnaires notamment.


                                                                      Spéculations...
L'unique fonction de ces pantins subjectivistes à roulettes -la boîte à outils foucaldienne sous le bras- enfonceurs de "portes ouvertes" (festives...) qui ne circulent plus qu'en "site propre" (4) est de donner une forme vaguement philosophique aux lieux communs de leur époque, de justifier un statu quo. Et avec quelle arrogance ! Il faut avoir fréquenté un de ces techno-populistes yuppies, néo-scientistes mystiques pour prendre la mesure de cette autoritaire connerie satisfaite (Ah, comment évoquer ce perpétuel petit air supérieur et agacé, si caractéristique de ces hystériques dont la volonté de toute-puissance infantile n'a jamais été contrariée ?!...). Des maquisards mondains, pour qui, toute désagrégation des valeurs qui permettaient de vivre dans un monde signifiant et familier est un formidable pas de plus vers ce que les adjudants de la pensée appellent "émancipation".


L'explosion de la cellule familiale remplacée par les "connaissances" et la bande de potes -quel horrible mot !- (ah, ces listes d'"amis", de véritables annuaires !), l'arrachement des individus à la terre de leurs ancêtres, la négation de la "nature humaine" qui ne serait qu'une construction sociale visant à imposer et légitimer des dispositifs de "normalisation" par incidence l'apologie des identités multiples ("Je" est un autre, Gilles Deleuze écrira que "je" n'existe pas, ce qui est encore plus radical), de la confusion-superposition de l'usage des lieux et des genres, mais aussi des temps (de travail, de loisirs...à foison) autrement dit la promotion de la déresponsabilisation et du parasitisme socio-spatial participent donc de cette reconfiguration du vécu spatio-temporel d'une violence inouïe, désormais sans limites fixes et évidemment impossible à assumer pour l'individu : confusionnisme, mélangisme, "shizoïdie", de quoi fournir une patientèle intarissable à tous les praticiens des métiers "psy".


Simple question rhétorique : comment ces intellectuels progressistes peuvent-ils ignorer que toute cette contestation ludique, toutes ces transgressions ne servent qu'à implanter et normaliser le marché du néo-capitalisme ? Parce qu'ils ne sont, tout simplement, consciemment ou non (très souvent l'inconsistance de leur culture politique milite en faveur de la seconde hypothèse), qu'une face de la pièce de ce néo-capitalisme qui ne peut guère s'embarrasser d'interdits pour étendre son Marché à l'infini.


L'échec de toutes les idéologies laisse un "Moi vide" au milieu d'un champ de ruines intellectuel, à la merci de tous les simulacres, de toutes les campagnes "marketing", toutes les impostures novlangagières, toutes les logorrhées de mutants, de toutes les théories fumeuses qui doivent combler un trou noir idéologique qui s'étend inexorablement...occuper l'espace... Désormais, anxiété chronique, dépression nerveuse, névrose personnelle et objective, psychose attendent n'importe qui au bout du chemin de l'après-histoire... Des solutions ? La personne contre la masse, l'esprit contre la matière, le Don contre le Marché, le "cosmos" contre le chaos, la qualité contre la quantité, la réalité et la vie contre le simulacre et le spectacle.


(1) jusqu'à quand l'un des derniers havres d'anti-bruitisme ne sera plus préservé de la présence de jongleurs, de joueurs de djembés et des cracheurs de feux au nom du "pas de temps mort", "pas d'immobilisme"...pas de réactions ?
(2)souvenir d'une visite de la nécropole des rois de Saint-Denis : des shorts Nike qui recouvraient des viandes logotisées, faces de haine, hyènes hargneuses mais spontanéo-festives et "mobilisées", avachies sur les escaliers qui mènent à la crypte des Bourbons
(3) on "consomme" ainsi tout autant de la place publique consacrée à des événements ponctuels tels les apéros "intervilles" (demain les partouzes Tweeter sponsorisées (parrainées !) par Les Grandes Gueules de RMC, NRJ12 et Bouygues Telecom ?) à destination d'une clientèle particulière et limitée, qu'on pratique la consommation ludique et libidinale dans des shopping malls, accessible à cette même clientèle : les nouvelles classes moyennes d'argent principalement ; les plus pauvres, forcément frustrés, devant se contenter des miettes du festin-festif...Exciter l'envie sans jamais la satisfaire...
(4) on fera peu cas du fait que tout en défendant les transports doux, certains parmi eux prennent l'avion, parfois, 6 fois dans l'année


Publié sur Agoravox ; http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/de-la-lutte-des-places-170135



jeudi 2 juillet 2015

Virgil Gheorghiu, le temps et l'espace liturgiques

Ces quelques lignes du prêtre orthodoxe et écrivain V. Gheorghiu nous renseignent, dans un langage très simple, sur les catégories de l'espace et du temps effectives durant la Divine Liturgie : "Chaque dimanche (...) à la célébration de la Divine Liturgie, je devinais la présence invisible, à côté des anges, de tous les gens du village qui étaient morts et enterrés autour de notre maison. Mais, à côté d'eux et des anges, il y avait au synaxe, toujours invisbles, les chrétiens de notre village qui naîtront dans les jours, dans les années et dans les siècles à venir. Dans notre petite église, comme dans toutes les églises, il n'y avait pas de passé, de présent ni d'avenir" (Virgil Gheorghiu, (1965, rééd 1990) : De la vingt-cinquième heure à l'heure éternelle, p. 64).
Rappelons que l'espace religieux sacré de l'église se distingue de l'espace profane du dehors (hors l'église). Mais ce que nous dit ce texte c'est que dans l'enceinte sacrée, il n'y a pas de frontière entre l'univers sensible et le monde suprahumain et que le temps est aboli, les fidèles deviennent contemporains de la vie du Christ et de celle de toute l'humanité passée, présente et à venir. Tout est déjà là. Par incidence, le temps liturgique, n'est ni un temps du souvenir de la vie du Christ, ni une commémoration de celle-ci. Ainsi, la messe chrétienne orthodoxe est bien réactualisation rituelle des événements de l'existence de Jésus-Christ. Les conceptions profanes du temps et de l'espace n'ont donc plus cours. Ce petit texte affirme, de fait, la cyclicité du temps liturgique et confirme par là que le temps du christianisme n'est pas uniquement linéaire. Si dans le christianisme, à l'instar du judaïsme, il y a bien un début (la Création cosmique, Adam puis le Nouvel Adam chrétien Jésus-Christ) et une fin (eschatologie cosmique), le temps liturgique est, quant à lui, cyclique et s'apparente à celui propre aux religions cosmiques pré-chrétiennes ou non -chrétiennes. On ajoutera que concomitamment à ce temps qui concerne la totalité de la Création coexistent le temps des communautés humaines (celui d'une société ou d'une génération s'achevant par leur destruction qui renvoie à l'eschatologie humaine) et le temps personnel inscrit dans cet intervalle entre la naissance et la mort physique et se prolongeant par la naissance au Ciel (eschatogie personnelle).
VOIR SUR CE BLOGUE :

samedi 23 mai 2015

Ascension : explications, implications, symbolisme (religions archaïques, christianisme), 21 mai 2015 - orthodoxie

"Le Christ s'est Élevé !", "En vérité, Il s'est Élevé !"
Lire Luc (XXIV, 36-53) : "Tandis qu’il [...] bénissait [les disciples ] , il fut emporté au ciel".

Quarante jours après Pâques, le Christ quitte définitivement le monde terrestre, le monde sensible mais il promet aux apôtres la venue de l'Esprit saint. Ce sera La Pentecôte. L'Ascension c'est aussi l'annonce du futur retour de Jésus-Christ sur Terre et la garantie pour les croyants ("élus") de trouver une place aux côtés du Christ à la droite du Père. Selon la tradition écclésiastique chrétienne, Jésus-Christ n'est pas le seul à monter au Ciel. L'Assomption de la Vierge Marie (fêtée le 15 août) est un autre exemple remarquable d'élévation. Celle-ci conserve son corps physique non corrompu qui est  ascensionné. L'ancien testatement mentionne qu'Hénoch et Elie sont emportés au Ciel dans un char de feu. Selon la légende dorée, Jean et André, "le premier appelé" par Jésus, montent également au Ciel dans un nuage de lumière. Il s'agit dans tous les cas d'une élévation vers un autre niveau "cosmique", spirituel. 

Le régime existentiel des ces êtres est bouleversé. Leur vie terrestre irréprochable les conduit à accéder aux plus hautes sphères ou "galaxies" du monde divin ; Jésus se situant évidemment sur un  plan supérieur à celui de tous les autres ascensionnés dans l'espace suprahumain. Son espace est celui de la plus haute "qualité". 
Après avoir accepté cet acte de suprême humilité, cette "chute" dans la matière, à savoir vivre la condition des hommes, après avoir été rabaissé, ayant subi toutes les humiliations, martyrisé, crucifié, Jésus descendu dans les profondeurs des ténèbres s'élève au-dessus de tous. L'ascension est ainsi l'acmé d'un processus qui débute dès l'Incarnation dans la chair. On pourrait cependant discuter de cette idée du Dieu fait homme qui trôneraît au-dessus de toute l'humanité, car, chez les orthodoxes il est clairement dit que : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu à son tour"...Aussi, chaque chrétien est invité à imiter Jésus-Christ et non pas à "se prendre pour Dieu ou un dieu" (et cela dans une prespective narcissique, égotique) mais bien au contraire à effectuer une métanoia, une renovatio totale de son propre être et accéder à un mode d'être supérieur, au mode d'être "suprême", à une condition "toute autre"... 

Ajoutons que par la récitation de cette phrase "Notre Père qui êtes aux Cieux" (inclus dans une des principales prières chrétiennes), le fidèle répète la parole la plus fréquemment prononcée parmi la communauté des chrétiens. Le "Notre Père", prière chrétienne qui mentionne pourtant  un des grands motifs archétypaux qu'on retrouve dans nombre de traditions religieuses antérieures au christianisme : le Ciel, les cieux, le monde céleste ou bien encore le monde des "ancêtres". 
Par ailleurs, l'élévation au Ciel ou la descente aux Enfers peuplent les mythes européens ou extra-européens, archaïques (chamanisme) ou plus récents. Parmi les figures qui permettent d'accèder à ces espaces suprahamains ou ces sur-mondes on trouve le "pilier cosmique" qui est centre du monde, souvent réprésenté par un poteau, un arbre. Ceux-ci peuvent être considérés à la fois comme des médiateurs entre l'humanité, i.e. le monde terrestre et le monde divin, céleste, ou comme l'incarnation ou la représentation du dieu. Dans les sociétés archaïques, ce sont des êtres célestes qui escaladent le "pilier" pour transmettre, les messages des hommes, au(x) dieu(x) ou bien à un ancêtre mythique. Un aïeul mythique qui, en outre, a fourni, à la communauté, des gestes archétypaux, des modèles exemplaires, les seuls qui soient authentiques car sacrés donc vrais et qui régissent donc la vie de la tribu. 
Le poteau, l'arbre sacré s'inscrivent dans un système de croyances complexes incluant des rites d'iniations. L'escalade du "poteau" permet au novice, parfois au "prêtre", une fois arrivé au sommet de communiquer avec le monde supraterrestre. L'ascensionné prie et reçoit alors des visions, des révélations. L'ascension est un des moyens les plus anciens permettant de communiquer avec "l'autre monde". Le chaman, l'homme-médecine, êtres de la "qualité" aux comportements extra-ordinaires, et  qui  sont en mesure à s'élever au Ciel par l'extase sont des modèles parfaits de l'homme religieux que doit imiter le novice dans le cadre des rites initiatiques. L'escalade ou l'ascension (concrétement ou en esprit, symboliquement) par le biais du pilier cosmique (ou sa représentation concrète), qui relie les différents niveaux sprituels, permet d'accèder à des espaces de qualités différentes, et de fait, de modifier son statut ontologique, d'effectuer une transmutation de son mode d'être au monde. 



"Hristos s-a înălţat!" 


jeudi 22 janvier 2015

L'OEUVRE DE MIRCEA ELIADE : ENTRE NOSTALGIE DES ORIGINES ET VOIE POUR L'INSURRECTION DE L'ÊTRE CONTRE L'HYPERMODERNITÉ (publication scientifique dans une revue à comité de lecture)




Translated Title: MIRCEA ELIADE'S WORKS: BETWEEN THE NOSTALGIA OF THE ORIGINS AND THE WAY FOR THE UPRISING OF THE BEING AGAINST HYPERMODERNITY
Publication: Annals of "1 Decembrie 1918" University of Alba Iulia - Philology (15/2/2014)
Author Name: LEMONNIER, JEAN-MICHEL;
Language: French
Subject: Culture and Society
Issue: 15/2/2014
Page Range: 18-37
No. of Pages: 20
Summary:  

He will not be here to make yet another comment about a work which is already widely discussed, showing the contributions of thereligious historian regarding the understanding of religious phenomena or theexperience of the sacred, but rather to try to extract work from the materialneeded to build a liberating way for the individual with a hypermodernistattitude. Even more than an alternative path of salvation in the religious sense,it is a revolution of the human being, who has been shrugged off of all hisillusions about politics, world trading, egotistic exchange that takes shapewithin what we call the "eliadean system". We know about the similaritiesbetween Mircea Eliade's and Corneliu Zelea Codreanu's new man, but we musttranscend this identification corresponding to a particular historical contextand review the work of the religious historian to overcome any collusion withany particular political ideology. In a similar manner, we try to show that alarge part of his work - if not all - goes beyond the development of a "newhumanism" and traces a possible path for the insurrection of man by a return to his own center. Therefore, Mircea Eliade would not be the voice of arevolutionary vanguard guiding the man, but the inspiration of a completerevolution of the man who is beyond the world of the technician and of themercantile illusion, which takes place in its "cosmic utterness". Thus, Eliade'swork would carry the answers that can lead us to the end of the night of theillusions of materialistic societies and would predict an insurrection of the realbeing, of the quality who dares to face the reign of quantity and fragmentation,in order to permanently abolish it by a metanoia. So, the work of the Romanianscientist certainly announces - to be sure indirectly - the end of all ideologiesand brings all the stones for the construction of a "non-ideology" or "nonphilosophy"that exceeds all religious and political categories, the base of anew society: a community of the real being. In other words, when talking about his work, Eliade tells us how this nostalgia of origins can be sublimated and become a source of renewal and absolute, leading us to think about the modern world and all its paroxystic extensions as being a historical parenthesis, hopeless, destined to be abolished, in order to make way for the man exempted
of his alienation, free from all possible burdens: the membership to a social class, varied delusional beliefs, narcissism and self-hate, death anxiety, adoration of immediacy...

Keywords:
 cosmic totality; Mircea Eliade; revolt against, hypermodernity; alienation