: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: histoire des religions
Affichage des articles dont le libellé est histoire des religions. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est histoire des religions. Afficher tous les articles

vendredi 25 mars 2016

Mircea Eliade - Noces au paradis (partie III)

Voir auparavant sur ce blogue :
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/11/mircea-eliade-noces-au-paradis-quelques.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/11/mircea-eliade-noces-au-paradis-nunta-in.html

On peut se demander si Ileana, héroïne du roman "Noces au paradis" n'est pas la Hélène-Ennoia prostituée, compagne de Simon le Magicien perçu comme le premier des hérétiques par les chrétiens, ou si tout du moins le personnage féminin du roman et le personnage historique n'ont pas des caractéristiques communes. Eliade n'assigne-t-il pas à Ileana-Lucifer-Vénus (voir partie II), un rôle identique - celui de rédemptrice - à cette Hélène "découverte dans un bordel à Tyr (...) considérée comme la dernière et la plus déchue incarnation de la "Pensée" de Dieu (Ennoia)". (Eliade, M. (1976). Histoire des croyances et des idées religieuses, volume II). Nous avons montré les similitudes entre Ileana et Lucifer en mettant en exergue un passage significatif du récit d'Eliade concernant la perte de l'éméraude (chute des Cieux de Lucifer)...Eliade écrit ainsi dans son "Histoire des croyances et idées religieuses" : "(...) rachetée par Simon, Héléne-Ennoia était devenue le moyen de la rédemption universelle (...) L'union du 'magicien' et de la prostituée assure le salut universel, parce que cette union est, en réalité, la réunion de Dieu et de la Sagesse divine". Enfin, nous savons que Pierre était l'ennemi de Simon. Cet affrontement entre l'apôtre et le magicien était connu dans les permiers siècles de l'ère chrétienne. Peut-être donc qu'Eliade a transposé cette opposition dans son roman "Noces au paradis" en attribuant à chacun des deux personnages masculins,  Hasnas et Mavrodin, le rôle d'un des deux personnages mythico-historiques pré-cités.

samedi 19 mars 2016

Synodikon de l'orthodoxie - Dimanche du Triomphe de l'orthodoxie (20 mars)

Demain dimanche 20 mars, c'est le premier jour du Grand Carême et le dimanche du triomphe de l'orthodoxie. La première célébration a eu lieu en 843. Ce dimanche est devenu la fête de la victoire de l'orthodoxie sur toutes les hérésies dont une des plus importantes est la condamnation de la vénération des icönes : http://www.pagesorthodoxes.net/eikona/icones-intro.htm 
 C'est l'occasion de lire ce document "Le Synodikon de l'orthodoxie" (traduction Jean Gouillard). 
Cet article est éclairant pour ceux qui ignorent de quoi tout cela relève :  "Controverses et continuité de la conscience orthodoxe à Byzance à la lumière du Synodikon de l'orthodoxie" (Jean Gouillard, 1964) http://www.persee.fr/doc/ephe_0000-0001_1964_num_1_1_4879
A lire aussi : http://www.doxologia.ro/puncte-de-vedere/icoana-cea-mai-credibila-lui-hristos-lume

Voir aussi sur ce blogue : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/03/dimanche-du-triomphe-de-lorthodoxie.html


dimanche 1 novembre 2015

Sur les dimensions de la Liturgie et les temps liturgiques (PARTIE III)

L'activité liturgique de Jésus (sur la Croix)
On ne doit donc pas limiter la vie liturgique à la ritualisation. L'exemple premier, le plus signifiant peut-être,  de référence absolue dirons-nous, illustrant cet état de fait, est le comportement de Jésus-Christ sur la Croix. Lors de son martyr, Jésus prie pour l'humanité entière en prononçant ces mots avant les trois heures de ténèbres : "Père, pardonne-leur, car il ne savent ce qu'ils font " ou encore " Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis " (Evangile de Luc). Par cette première phrase, Jésus prie pour ses ennemis et demande donc le pardon pour ceux qui l'ont crucifié mais aussi pour la totalité du genre humain et par la seconde il rachète le bandit et promet le Salut, la résurrection, la vie éternelle à ceux qui se convertiront. Le Christ a une activité liturgique sur la Croix et nous dit donc que la vie liturgique ne se limite donc pas à l'espace sacré de l'église. Le Nouveau Testament, dans son ensemble, montre très bien cela. La vie liturgique existe hors des murs du temple.

Le baptisé comme co-célébrant
La vie liturgique cultuelle n'est, néanmoins, pas à séparer de la vie liturgique naturelle ou première dans sa dimension purement cosmique (voir Partie I). Ces deux dimensions n'ont pas à être séparées, n'ont aucun caractère inconciliable, elles cohabitent dans la vie du fidèle.
Lors du sacrement du baptême, l'être humain qu'il soit enfant ou adulte est un célébrant. Son rôle n'est donc pas passif. Par l'exorcisme, par l'eau et précisément l'immersion dans le cadre de l'orthodoxie au nom du Père, du Fils et du saint Esprit, par la sanctification des eaux, par la chrismation, par la communion, l'homme qui entre dans l'Eglise est co-célébrant.  Avec l'aide du prêtre qui préside à l'assemblée des fidèles, le baptisé se libère de sa condition d'esclave de Satan, il se convertit et participe réellement et  mystiquement à la vie du Christ, à sa mort et à sa résurrection. Considérer le baptême comme un simple rite de passage, c'est atténuer, voire mépriser ce sacrement. Il s'agit de bien autre chose pour les chrétiens orthodoxes en tout cas. Ce sacrement a, en effet, une dimension surnaturelle. A l'instar de Jésus-Christ, le nouvel entrant dans le corps du Christ (l'Eglise) plonge dans les eaux imite le combat du Seigneur contre le Dragon et sort victorieux des eaux. Il est débarassé de ses vêtements de corruption et naît à la vie nouvelle.
Enfin, ce sacrement du baptême se rattache aux "croyances que le genre humain est né dans les eaux" (Eliade, M. (1949, rééd. 2004), Traité d'histoire des religions, p. 219). "(...) aussi bien au  niveau cosmologique qu'au niveau anthropologique, l'immersion dans les eaux n'équivaut pas à une extinction définitive, mais seulement à une réintégration passagère dans l'indisctinct, à laquelle succède (...) un homme nouveau" (idem). Le baptisé devient un "nouvel Adam". Le modèle exemplaire de ce sacrement étant le baptême de Jésus-Christ par jean le Baptiste.Par la régression aux origines, le baptême réactualise le moment de la Création, celui où apparaît le premier homme, mais aussi le baptême archétypique, celui de l'homme-dieu. Le baptisé a donc un rôle actif durant ce moment liturgique en répétant symboliquement la naissance de l'homme né de  nouveau. 

Domaine public

à suivre...

VOIR AUSSI sur ce blogue :

dimanche 20 septembre 2015

Exaltation universelle de la Précieuse et Vivifiante Croix (14 septembre) et espace théophanique...

La Sainte Croix, saints Constantin et Hélène     

Nous n'abordons pas ici le thème du symbolisme de la c(C)roix. 

La fête de l'exaltation de la Sainte Croix commémore deux événements historiques : la célébration de la dédicace de la basilique du Saint-Sépulcre construite par Constantin en 335, après  la découverte de la Sainte Croix par Hélène sur le Mont calvaire (le Golgotha) en 326 et sa reconquête par l'empereur byzantin Héraclius en 630. La victoire de ce dernier marque, par incidence, la restauration du Saint-Sépulcre mis à sac par les Perses, donc finalement de la Croix sur le Gogoltha. Mais plus encore qu'une commémoration, il s'agit, comme nous l'avons déjà évoqué pour d'autres fêtes chrétiennes, de revivre ces événements par la régression aux origines, de redevenir contemporains de ces figures historiques. Il s'agit là du véritable sens de toute cérémonie religieuse, chrétienne ou non, d'ailleurs.
L'église du Saint-Sépulcre recouvre le lieu où Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, fut crucifié mais aussi le tombeau du Sauveur de l'humanité. Les esprits les plus matérialistes affirmeront que cet espace sacré, lieu de mort et de résurrection fut donc produit par Constantin et Hélène, il est, selon une autre optique, un espace hiérophanique donné, inné, sur lequel se manifeste le sacré, plus encore un espace théophanique, là où l'homme-dieu se manifeste et accomplit la promesse de Sa Résurrection. Plus encore, selon cette seconde approche c'est en ce point de l'écorce terrestre où devait se manifester le sacré qui préexistait à l'Incarnation de Jésus-Christ. C'est ce lieu qui fut choisi par le monde suprahumain bien avant la naissance du Christ. Il devait être le lieu d'une Révélation absolue, seule réelle pour l'homme religieux. C'est un lieu, un espace qualitativement différent du milieu qui l'environne. Même si nous sommes en Terre sainte (ou sacrée), selon l'expression...consacrée...et que la présence de Jésus-Christ sur celle-ci l'a sanctifiée, l'expression nie l'hétérogénité de l'espace sur cette terre d'Israël. 
Le Golgotha est, selon la Tradition, le lieu où Adam est né. Le crâne du premier homme, relique sacrée, aurait été trouvé en ce lieu. Or Jésus est le nouvel Adam. Il ne pouvait être d'autres lieux pour le martyr et la Résurrection du seigneur de l'univers. Disons que Constantin et Hélène n'ont fait alors que "confirmer" ou "instituer" le lieu. Ils l'ont, en quelque sorte, recosmisé après qu'il soit tombé dans l'oubli, dans l'histoire païenne romaine (construction d'un temple consacré à Venus sur cet espace sanctifié par le sang de Jésus-Christ répandu sur cette terre). Ils ont refondé un monde, (re-)créé un centre et, de fait, en l'occurrence, celui d'une religion instituée, historique et universelle. Ce centre, ce point de l'écorce terrestre sacré, (re-)sacralisé est devenu un centre du monde, le centre du monde pour les chrétiens malgré les assauts ultérieurs qu'il subira.

vendredi 28 août 2015

Rudolf OTTO - Le numineux dans la vie de l'esprit


Rudolf Otto filmé dans les années 30 (document rare)

Numineux : mystère terrifiant et fascinant (attraction et répulsion, crainte) - mysterium tremendum et fascinans. Sentiment de dépendance à l'égard d'un "Tout autre", d'un ailleurs absolu, mystérieux, sentiment d'effroi qui surgit et balaie l'expérience banale, quotidienne de l'être humain. Face au numineux, l'homme va éprouver ce sentiment d'écrasante nullité, d'être une simple créature. Mais, ce sentiment est multiple, il peut tout aussi bien faire accéder à un état de béatitude de l'être que provoquer un sentiment d'horreur par certaines de ses manifestations sauvages, démoniaques. Ce tremendum contient, à la fois, "l'inaccessibilité absolue" mais aussi "un sentiment de force de prépondérance absolue" qu'Otto désigne sous le terme de "majestas", dans le cas de l'expérience mystique (fusion ou contact-contemplation avec le/du  "Tout autre") par exemple. Dans cette situation, le sentiment d'inaccessibilité s'efface alors et laisse place à cette "majestas". 

VOIR AUSSI : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/11/le-numineux-experience-du-sacre.html



mercredi 24 juin 2015

Jean l'Evangéliste, Jean le Baptiste...D'un solstice l'autre...

Jean le Baptiste est fêté le 24 juin (nativité) et Jean l'Evangéliste le 27 décembre chez les catholiques (ou le 7 janvier chez les orthodoxes, deuxième jour de la Théophanie). Ces deux événements sont proche de la date des solstices d'été et d'hiver. Dans le premier cas, dans l'hémisphère Nord, nous sommes dans cette période de l'année où le soleil est au plus haut dans le ciel à midi. La durée du jour est, alors, la plus longue de l'année avant de diminuer et laisser progressivement plus de place à la nuit. Dans le second cas c'est, bien sûr, la durée du jour qui est la plus courte, le soleil est donc au plus bas à midi, mais dans le même temps, c'est le signe du triomphe prochain du soleil sur les ténèbres de la nuit. Or donc, à considérer ces deux fêtes catholiques, il y a une évidente (l'évidence s'impose aussi chez les orthodoxes) opposition-complémentarité entre les deux Jean. Tous deux sont gardiens des portes solsticiales, celle de l'été et celle de l'hiver. Le premier incarne le soleil déclinant (soit la vieillesse), quand le second représente le soleil invaincu, dies natali solis invicti (la jeunesse) qui tue les monstres des ténèbres...Soit la fin et et le début de l'année solaire.
Dans tous les cas le Soleil est Connaissance réprésentée par ce personnage bicéphale : Jean (Jean le Baptiste et Jean l'Evangliste). Ce dernier perpétue symboliquement les dieux solaires de certaines religions cosmiques.



Jean l'évangéliste, le théologien (ὁ Θεολόγος, ho theologos, on reconnaît sur l'icône le nominatif masculin...mes rudiments de grec ancien...). Jean porte son évangile. On peut ainsi lire les premiers versets de l'évangile de Jean (texte sur lequel travaillent forcément les apprentis "grécistes") : Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος. Οὗτος ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς τὸν θεόν, Au commencement - ou plutôt DANS LE PRINCIPE - était la parole (le verbe)...


 

Jean le Baptiste et ses attributs (1) : L'aigle (les ailes), son bâton de roseau en forme de croix, et témoignage de sa décollation, sa tête (et son sang) repose dans un calice. Saint Jean Baptiste, prophète qui fait la jonction entre l'Ancien et le Nouveau Testament annonce la venue du Christ. Seul être digne de baptiser le sauveur de l'humanité, il appelle à la métanoïa, i.e. à la conversion intérieure au-delà de l'intellect, seule authentique conversion sincère, pour accueillir le Verbe (hypostase de Dieu) afin que ce dernier puisse naître en l'homme...pour que l'homme se fasse Dieu à son tour. Là, nous rejoignons la théologie de Maître Eckhart, la tradition des mystiques de l'Occident chrétien et bien sûr celle du christianisme orthodoxe.
(1) L'agneau est aussi un attribut de Jean dans la peinture religieuse occidentale (ne pas confondre peintures et icônes. Ces dernières étant une vérité théologique), du fait de cette sentence prononcée par Jean le Baptiste "Ecce agnus dei, Voici l'Agneau de Dieu qui sauve le péché du monde" (Jean 1,29). L'Agneau de Dieu est une expression unique du 4e évangile. Dans l'Apocalypse, si l'agneau est une image récurrente utilisée pour désigner le Christ, l'expression Agneau de Dieu n'apparaît pas cependant.


VOIR AUSSI sur ce blogue :
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/06/les-fetes-du-24-juin-en-regions.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/10/fete-de-samonios-rappels.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/02/liturgie-orthodoxe-cosmique-exemple-du.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/01/theophanie-et-bapteme-du-christ.html
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/06/calendrier-christianisme-cosmique-j-m.html





dimanche 31 mai 2015

Pentecôte orthodoxe - Rusaliile, pogorârea (coborârea) Sfântului Duh et traditions populaires roumaines


Libre de droits
Dix jours après l'Ascension du Christ au Ciel ou cinquante jours (Pentecôte) après Pâques, c'est la descente de l'Esprit saint. L'Esprit est le souffle (pneumade Dieu (Genèse) ou le don de Dieu présent depuis les origines de la Création. Jésus-Christ le désigne sous le nom de paraclet, c'est-à-dire le "consolateur" qui est esprit de vérité. Par Jésus, l'Esprit saint se révèle comme la troisième hypostase de la Trinité. Lors de la Pentecôte, les premiers disciples du Christ reçoivent le don des langues (de feu...) : "Ils furent tous emplis par le Saint-Esprit et commencèrent à parler en d'autres langues, suivant les directives de l'Esprit" (Actes). 
S'agit-il de glossolalie, dans ce cas, on peut faire un parallèle avec certains autres traditions relligieuses. Les chamans n'ont-ils pas ce pouvoir de communiquer "en langues" ? Mais le "don des langues" semble être un "charisme", un phénomène religieux mystique qui ne limite pas à un "polyglottisme surnaturel". En témoigne, assez clairemnent, ce passage de l'Evangile de Marc : "Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront en langues nouvelles, ils saisiront des serpents, et s'ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux infirmes, et ceux-ci seront guéris". Enfin, l'Esprit saint, éternel, est bien sûr présent dans les principaux sacrements institués par l'Eglise. 

En outre, peut-on comparer la descente du saint Esprit avec le feu divin descendu sur terre, à savoir Vulcain-Héphaistos dans la mythologie gréco-latine ?... De même, dans le zoroastrisme, dans lequel le feu est symbole divin, l'Esprit doit descendre sur une vierge qui donnera naissance à un sauveur qui vaincra l'Esprit mauvais. Comment ne pas voir ici une similitude avec l'Annonciation faite à Marie et l'opération du saint Esprit annoncée par Gabriel ?...Marie qui accouchera du rédempteur, appelé à subir toute l'abjection du monde dont il sortira vainqueur... 



Comment expliquer la Trinité  ? Le Père, c'est l'Eternel mais c'est aussi "l'information", le Fils c'est la parole de dieu, le Verbe, c'est aussi "la matière", le saint Esprit c'est le souffle de Dieu, c'est aussi "l'Energie"..

Dans la tradition populaire en Europe orientale (Roumanie), Rusalii (Pentecôte) est l'héritage d'une fête préchrétienne héritéé du monde archaïque de la protohistoire : 



samedi 23 mai 2015

Ascension : explications, implications, symbolisme (religions archaïques, christianisme), 21 mai 2015 - orthodoxie

"Le Christ s'est Élevé !", "En vérité, Il s'est Élevé !"
Lire Luc (XXIV, 36-53) : "Tandis qu’il [...] bénissait [les disciples ] , il fut emporté au ciel".

Quarante jours après Pâques, le Christ quitte définitivement le monde terrestre, le monde sensible mais il promet aux apôtres la venue de l'Esprit saint. Ce sera La Pentecôte. L'Ascension c'est aussi l'annonce du futur retour de Jésus-Christ sur Terre et la garantie pour les croyants ("élus") de trouver une place aux côtés du Christ à la droite du Père. Selon la tradition écclésiastique chrétienne, Jésus-Christ n'est pas le seul à monter au Ciel. L'Assomption de la Vierge Marie (fêtée le 15 août) est un autre exemple remarquable d'élévation. Celle-ci conserve son corps physique non corrompu qui est  ascensionné. L'ancien testatement mentionne qu'Hénoch et Elie sont emportés au Ciel dans un char de feu. Selon la légende dorée, Jean et André, "le premier appelé" par Jésus, montent également au Ciel dans un nuage de lumière. Il s'agit dans tous les cas d'une élévation vers un autre niveau "cosmique", spirituel. 

Le régime existentiel des ces êtres est bouleversé. Leur vie terrestre irréprochable les conduit à accéder aux plus hautes sphères ou "galaxies" du monde divin ; Jésus se situant évidemment sur un  plan supérieur à celui de tous les autres ascensionnés dans l'espace suprahumain. Son espace est celui de la plus haute "qualité". 
Après avoir accepté cet acte de suprême humilité, cette "chute" dans la matière, à savoir vivre la condition des hommes, après avoir été rabaissé, ayant subi toutes les humiliations, martyrisé, crucifié, Jésus descendu dans les profondeurs des ténèbres s'élève au-dessus de tous. L'ascension est ainsi l'acmé d'un processus qui débute dès l'Incarnation dans la chair. On pourrait cependant discuter de cette idée du Dieu fait homme qui trôneraît au-dessus de toute l'humanité, car, chez les orthodoxes il est clairement dit que : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu à son tour"...Aussi, chaque chrétien est invité à imiter Jésus-Christ et non pas à "se prendre pour Dieu ou un dieu" (et cela dans une prespective narcissique, égotique) mais bien au contraire à effectuer une métanoia, une renovatio totale de son propre être et accéder à un mode d'être supérieur, au mode d'être "suprême", à une condition "toute autre"... 

Ajoutons que par la récitation de cette phrase "Notre Père qui êtes aux Cieux" (inclus dans une des principales prières chrétiennes), le fidèle répète la parole la plus fréquemment prononcée parmi la communauté des chrétiens. Le "Notre Père", prière chrétienne qui mentionne pourtant  un des grands motifs archétypaux qu'on retrouve dans nombre de traditions religieuses antérieures au christianisme : le Ciel, les cieux, le monde céleste ou bien encore le monde des "ancêtres". 
Par ailleurs, l'élévation au Ciel ou la descente aux Enfers peuplent les mythes européens ou extra-européens, archaïques (chamanisme) ou plus récents. Parmi les figures qui permettent d'accèder à ces espaces suprahamains ou ces sur-mondes on trouve le "pilier cosmique" qui est centre du monde, souvent réprésenté par un poteau, un arbre. Ceux-ci peuvent être considérés à la fois comme des médiateurs entre l'humanité, i.e. le monde terrestre et le monde divin, céleste, ou comme l'incarnation ou la représentation du dieu. Dans les sociétés archaïques, ce sont des êtres célestes qui escaladent le "pilier" pour transmettre, les messages des hommes, au(x) dieu(x) ou bien à un ancêtre mythique. Un aïeul mythique qui, en outre, a fourni, à la communauté, des gestes archétypaux, des modèles exemplaires, les seuls qui soient authentiques car sacrés donc vrais et qui régissent donc la vie de la tribu. 
Le poteau, l'arbre sacré s'inscrivent dans un système de croyances complexes incluant des rites d'iniations. L'escalade du "poteau" permet au novice, parfois au "prêtre", une fois arrivé au sommet de communiquer avec le monde supraterrestre. L'ascensionné prie et reçoit alors des visions, des révélations. L'ascension est un des moyens les plus anciens permettant de communiquer avec "l'autre monde". Le chaman, l'homme-médecine, êtres de la "qualité" aux comportements extra-ordinaires, et  qui  sont en mesure à s'élever au Ciel par l'extase sont des modèles parfaits de l'homme religieux que doit imiter le novice dans le cadre des rites initiatiques. L'escalade ou l'ascension (concrétement ou en esprit, symboliquement) par le biais du pilier cosmique (ou sa représentation concrète), qui relie les différents niveaux sprituels, permet d'accèder à des espaces de qualités différentes, et de fait, de modifier son statut ontologique, d'effectuer une transmutation de son mode d'être au monde. 



"Hristos s-a înălţat!" 


dimanche 15 mars 2015

Lazare, le "dieu fatigué" et la régénération du monde (moderne)...

Quand Mircea Eliade écrit  : "on ne se contente pas de transfuser du sang à un dieu fatigué (le monde moderne), on lui montre le signe sous lequel il peut se régénérer", comment ne pas entendre la référence à l'épisode de la résurrection de Lazare : "il y avait un homme malade, c'était Lazare de Béthanie" (Jean : 11). Ainsi, quand Marthe et Marie, soeurs de Lazare les (saintes) Myrrhophores envoient faire dire à Jésus : "Seigneur, celui que tu aimes est malade", n'y a-t-il pas identité avec le constat éliadéen sur le monde moderne ? Si cette parole a été prononcée durant l'existence terrestre du Nazaréen et témoigne pathétiquement de la souffrance de l'humanité d'alors, elle résonne, de toute évidence, à travers les siècles. 
Interpellé par les deux femmes, le seigneur de l'univers répond : "Cette maladie n’est pas la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que soit glorifié le Fils”. Autrement dit cette souffrance physique et forcément morale est, classiquement comprise comme l'annonce de la Passion du Christ, sa mort, son "éclipse" et sa résurrection instaurant le règne de l'Eglise ici et maintenant. Mais ce signe, peut  autant être compris comme celui de l'arrivée du "Temps", de la seconde venue que comme la justification des malheurs de l'humanité, des mondes passés et futurs et la possibilité de leur renovatio en suivant le(s) Signe(s).
Arrivé à Béthanie, Marthe interpelle Jésus : "Seigneur, si tu avais été ici mon frère ne serait pas mort", comment ne pas faire l'analogie avec le "Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ?" du Christ souffrant sur la Croix ? La résurrection de Lazare, résurrection physique est un signe qui laisse entendre à qui peut comprendre que d'autres événements se produiront à ce moment là, plus en avant dans le temps historique. Evénements qui concernent tout autant l'existence terrestre du Christ qui par un geste de pure humilité a accepté, en s'incarnant dans la chair, les limitations inhérentes à toute existence humaine que les possibilités de renovatio intégrale du monde. Cette deuxième option ou interprétation est séduisante. En effet, Lazare ressuscite physiquement et non spirituellement, il ne naît donc pas à la vie nouvelle comme il est promis par le Christ ("Celui qui ne naît à nouveau...", etc.). N'a-t-on donc pas ici une  métaphore (heuristique...). Le "dieu fatigué" d'Eliade (cf. Supra) équivaut au Lazare de l'Evangile de Jean qui est donc le monde moderne.
A travers la résurrection de Lazare (Evangile de Jean, 11), Jésus-Christ nous montre le signe sous lequel le monde (moderne), entendu dans le sens d'humanité, peut se "régénérer", c'est-à-dire poursuivre son existence dans l'histoire. Oui, ce monde (l'humanité) est souffrant, il n'est que chaos et il va mourir, mais il a encore une chance, toujours renouvellée à travers le temps, de se sauver lui-même par les Signes que le Cosmocrator lui envoie...
 Aussi sans pour autant nier le caractère fabuleux et authentiquement surnaturel de l'épisode de la "première resurrection", ce dernier ne nous livre-t-il pas, aussi, un message fondamental pour les temps présents?... Le monde moderne est porteur d'un chaos qui s'il suit le(s) Signe(s) du cosmocrator peut évoluer vers un cosmos, autrement dit un monde signifiant, porteur de sens, familier...

lundi 23 février 2015

L'antichambre de l'Enfer (1987) à la lumière des traditions populaires (la Légende de la Mort-Anatole Le Braz) et de quelques élements mythologiques européens

Film L'antichambre de l'Enfer - L. Bava - 1987
L'histoire est résumée ici

"L'antichambre de l'Enfer" au regard du fond mythologique européen

Selon la tradition populaire bretonne, la route de l'Enfer est "jalonnée de quatre-vingt-dix-neuf auberges" et "dans chacune d'elle, on doit faire une étape de 100 ans" (La légende la Mort, Le Braz, Chapitre XXI, L'Enfer). Le thème de l'auberge tenu par un être qui appartient aux puissances chthoniennes (par opposition à ouraniennes, célestes ou disons solaires), à la catégorie des êtres souterrains au sens d'infernaux est repris dans ce film. A l'évidence, derrière le patron de l'auberge on devine la Mort en personne, c'est l'Ankou des Bretons ou le Thanatos grec. L'Ankou (voir Ogmios), indifféremment  personnification de la mort, oberour ar maro, l'ouvier de la mort, le dernier des morts de l'année de la paroisse devient l'Ankou pour cette paroisse pour l'année suivante, serviteur de la mort mais aussi considéré aussi comme le plus grand des dieux (de Bretagne) : Jésus-Christ s'y est soumis comme n'importe qui d'autre...L'Ankou est une entité psychopompe guidant les âmes. C'est ce que fait l'aubergiste qui ouvre le chemin vers l'antichambre (vague rappel du vestibule de l'Enfer, ou de l'ante-Enfer chez Dante) mais laisse ensuite le héros, bien vivant cependant, (suivi par ses amis peu après) poursuivre son chemin en solitaire jusqu'à la crypte profanée. A noter qu'une des héroïnes qui participent à la quête interroge le groupe : peut-être, sommes-nous morts...Dans le film, l'Ankou (la mort) prend donc les traits d'un aubergiste, physiquement repoussant, cheveux blancs filasseux et visages émacié, bien humain en apparence, et se dévoile aux héros à la fin de leur périple. L'aubergiste jette le masque (au sens propre : il arrache son masque d'humanité) et se présente face aux héros avec une faux, un des attributs possibles de la Mort.

Du temps banal ordinaire au temps fabuleux, catabase et anabase, espaces de qualités différentes et esquisse d'une géographie d'un monde suprahumain

Le passage d'un milieu ou d'un espace à un autre est consubstantiel à la modfication de la qualité du temps. Les héros évoluent au sein d'un espace ordinaire, moderne ou postmoderne, profane sans éléments de sacralité, en l'ocurrence une petite ville "occidentale" de la fin du XXe s. et pénétrent peu à peu dans des espaces de qualités différentes. Basculement progressif et irruption de l'irrationnel : passage par la forêt, territoire d'innombrables mythes européens (et extra-européens) qui représente une première plongée dans l'inconscient puis découverte d'un édifice en ruine (château), d'une auberge, de catacombes, crypte et sépulcre, peuplés d'êtres surnaturels. On va du monde des hommes, des vivants à celui des morts des êtres de l'univers suprahumain, des esprits tout comme on passe du temps familier, banal de l'homme postmoderne à un temps fabuleux, merveilleux, sinon sacré et désormais, le plus souvent, difficilement accessible à l'homme de condition moderne.
On ne s'attardera pas ici sur l'évolution de la nature des Enfers dans la tradition mythologique/religieuse indo-européenne : de lieux destinés à tous les morts, on passe à une différenciation des différents espaces infernaux sous l'influence de certains auteurs greco-latins. On dira seulement que le thème de la descente aux enfers, archi-classique, dans la mythologie indo-européenne est bien présent dans le long-métrage. Et c'est peut-être là l'essentiel. Le héros (ou les héros) doit descendre dans l'antichambre de l'Enfer, espace intermédiaire entre le monde des vivants et l'Enfer (dans le sens des religions monothéistes) sans y accéder car une fois entré en ce lieu de damnation éternelle, il est impossible d'en revenir. 
Le héros par la descente dans les mondes souterrains imite un acte exemplaire effectué par un ancêtre mythique, la régression ad infernum (qui est une régression ad uterum, dans le ventre de la Terre ? Par christianisation le monde tellurique serait devenu infernal, ce qu'il n'était pas auparavant) mais également une plongée dans l'inconscient, mythico-religieux. Le premier du groupe  à relever le défi de la descente suivi de ses amis accepte, de facto, de renouer avec la dimension religieuse de son être.

On pense à Orphée, Enée, Pythagore (évidemment Jésus-Christ) mais plus encore à Ulysse qui s'approche des enfers sans y pénétrer. Ici est l'archétype de la répétition. Par l'imitation et par la régression, le héros devient ainsi contemporain du héros mythique qui a effectué ce trajet in illo tempore, à ce moment là, alors...
Mais, avant cette immersion dans les entrailles de la terre, territoire traditionnel des esprits, des démons, des âmes en peine le héros doit s'acquitter d'une somme d'argent. La référence à l'obole due au passeur d'âmes est assez explicite. Sauf que, le thème est très dégradé. Le héros qui souhaite relever le défi de la catabase ne paie pas pour l'âme du mort mais pour pouvoir participer à une quête : descendre sous terre et affronter des entités maléfiques ou simplement damnées ou âmes errantes (les anaon) qui attendent d'entrer définifivement en Enfer ou condamnés à rester à cet endroit (cf. l'ante-Enfer de Dante), dans l'espoir d'obtenir une récompense : un trésor. Une quête que personne n'est encore parvenu à réussir. 
Le héros puis les héros rencontrent dans cette "antichambre" les différentes créatures mythologiques classiquement présentes dans les récits mythico-légendaires : spectres, morts-vivants, vampires d'origines indo-européennes (cf. : strigoi, moroi mais aussi vârcolac en Europe orientale etc.), etc. La résurrection périodique des morts est également un élément participant de ce tableau macabre. Syndrôme des Temps derniers ?
En outre, cet espace subterrestre n'est pas uniforme : catacombes-sepulcre, ancien lieu de culte profané, "maison de morts" dans laquelle sont présents les membres d'une famille qui sortent de leurs cercueils pour prendre un repas composé d'abats humains. L'espace des profondeurs propre à ce monde des damnés est donc hétérogène. 
Un des protagonistes fait référence à M. C. Escher au moment où le groupe d'amis est déconcerté par une organisation de l'espace de profondeurs qui échappe à sa propre logique. Ce même personnage propose à ses compères d'abandonner toute référence à la géométrie euclidienne et de penser avec des notions différentes, d'abandonner leurs référentiels habituels : l'espace et le temps ne sont plus soumis aux mêmes règles. Les aventuriers doivent donc échapper à la montée et la descente perpétuelle (par une échelle) pour remonter à la surface et pour cela mettre en veilleuse l'élément rationnel de leur mode de penser et d'agir...Abandonner la logique formelle en quelque sorte mais surtout faire face à des paradoxes. Les lois physiques qui régissent l'univers sensible n'ont plus cours. Dans la lithographie de Escher, trois "univers" se croisent dans un seul espace, il y a six escaliers (deux échelles a priori dans le film) sur lesquelles des personnes venant de mondes différents peuvent se croiser, ce qui fait qu'un même escalier peut porter une personne qui monte et une autre qui descend mais en empruntant des marches différentes du même escalier ; cet état de fait se manifestant par des situations comme figurées sur le dessin : 


Maurits Cornelis Escher, 1953, Relativity
Par ailleurs, cette catabase n'est pas systématiquement suivie d'une anabase, d'une remontée à la surface. Mais dans ce cas présent, le héros (celui qui relève le défi de la catabase) et ses amis finissent par vaincre le temps (une nuit dans les entrailles de la Terre avec une perte de repères spatio-temporels) et les entités mais doivent encore combattre  la Mort (l'aubergiste-l'Ankou) qui trahit sa promesse. La Mort défaite, les héros sortent du ventre de la terre. Sont-ils morts à la vie profane, accèdent-ils à la vie nouvelle, passent-ils de l'adolescence à la vie adulte ? La fin du film ne laisse malheureusement rien penser de cela, c'est pourquoi elle est décevante... Elle ne laisse paraître aucun changement chez les personnages sortant victorieux de leur quête. En effet, le film s'achève sur une scène durant laquelle le  groupe d'amis qui a récupéré le trésor promis à celui qui serait en mesure de passer une nuit dans l'antichambre, est "cueilli" par la police pour avoir contrevenu à la loi humaine (vol, infractions au code de la route...)...En dehors de la satisfaction narcissique, bête et méchante, d'avoir "vaincu", les héros ne laissent rien montrer d'un quelconque changement de mode d'être, de conscience...

Le film reprend de manière très simplifiée, donc dégradée, le schéma narratif et la structure  du récit mythologique, initiatique

Enfin, un élement important permet de distinguer ce film avec un scénario calqué sur le déroulement du rite initiatique, du mythe authentique narré. Le héros est accompagné d'une bande d'amis (le héros n'est plus un et devient le groupe entier), il n'effectue pas sa quête sous la protection d'un dieu ou de puisances surnaturelles protectrices mais donc bien en étant simplement accompagné de quelques proches connaissances. Nous sommes donc plus proches du conte que du mythe en définitive.

Or donc, on pourrait simplement considérer le visionnage de ces films de genre (fantastique, horreur ou épouvante) de série B -il est vrai souvent de sombres navets- comme une activité vulgairement divertissante. C'est souvent le cas et c'est tout ce que demande le spectateur. Pourtant, parmi la masse des productions cinématographiques, outre le fait qu'un tel visionnage permet au spectateur de sortir du temps quotidien et banal à l'instar des héros de l'aventure qui effectuent une sortie "hors de l'histoire, on peut relever dans certaines oeuvres, des éléments et comportements appartenant à toute une mythologie, un légendaire, un merveilleux pagano-chrétien, conservant des structures mythico-religieuses parfois héritées des sociétés traditionnelles de la protohistoire qui permettent de donner une dimension supérieure à une telle distraction. Les motifs empruntés sont souvent superficiels, dégradés, réadaptés, "reconstruits" et appauvris mais ils sont bien là.  Ils sont dissimulés dans ceux-ci. Il suffit d'ôter la gangue spectaculaire qui les recouvre et faire peu de cas de toutes les indigences qui les obscucissent et les ridiculisent (comme ce matérialisme encore plus grossier que dans certains récits et représentations des traditions populaires) pour voir apparaître plus encore qu'un imaginaire, des schémas mythico-religieux (initiatiques) qui nous renvoient à notre propre histoire...une histoire non mise en scène...




vendredi 6 juin 2014

De l'athéisme, des croyants, du narcissisme, du monde moderne et du changement de paradigme....


Le plus stupide des hommes athées peut mépriser de toutes ses forces le croyant ou celui qui tente/vit une expérience du sacré selon différentes modalités, uniquement parce que les matérialismes (pratiques et philosophiques) ont triomphé et que cette victoire est sans partage. Le premier, aussi « terne » soit-il, aura toujours une ascendance sur le second car le monde moderne complote à sa « réussite ».
Je ne dis pas que seuls les croyants ont l’intelligence du monde, loin de là, car il s’en trouve, effectivement, ayant accumulé une bonne grosse couche de niaiseries, respectant une tradition dégradée par pure soumission, par peur.

Votre monde moderne est un désastre, un désert peuplé de méchantes petites vanités bavardes et d’airs supérieurs qui ne raisonnent pourtant que par slogans et automatismes (ils disent un jour, par exemple, « gauchisme » ou « fascisme » et ils le répéteront toute leur vie...) et dont l’univers mental est aussi peu fertile qu’une zone commerciale bitumée en sortie d’agglomération...En son stade final, il regroupe des masses coalisées, au mieux, en associations de défenses de consommateurs (ce que sont la plupart des partis politiques actuels). La traversée de la plus ou moins longue agonie de ces masses (leur vie) est balisée, fléchée, codée, de leurs les lieux de loisirs au chemin vers leur pavillon dortoir-mouroir jusqu’à celui vers le cimetière.

Il ne s’agit ni d’une voie de l’acceptation apaisée, de la transcendance, de la compassion, du malheur assumé, ni de celle de la révolte authentique, de la colère face aux injustices ou de la véritable transgression des normes qui mènent à la libération. C’est, au vrai, celle de la résignation (du « il en a toujours été ainsi » et même nombre de vos révolutionnaires professionnels sont sur cette voie) de l’immobilité pleine d’amertume, de rancœurs, de blessures, de colères sourdes, de bassesses, d’agacements, de piailleries, de petites excitations...

La monotonie du paysage est parfois rompue, il est vrai, par la présence de quelques bonnes âmes qui admettent l’ampleur de la catastrophe et comprennent la nécessité d’un changement de paradigme (par la voie de gauche ou par celle de droite, rien de « politique » à proprement parler,  j’ignore, de mon point de vue quelle est la bonne).

Enfin, la science aussi utile et pratique et souvent très« exacte » soit-elle dans ses applications/implications (et ne me faites le coup du discours « retour à l’obscurantisme », de la « théocratie », il ne s’agit pas de ça), ne dit rien du « réel », car elle ne sait toujours pas ce que c’est. Et, de fait, toutes les abstractions mathématiques possibles n’en disent rien. Vos « messies » modernes sont dans une situation d’impuissance totale sur la question du « réel », il vont uniquement là où leurs certitudes sur le monde les guident et guère plus loin... Ils ne savent pas, par exemple, si la matière est autonome, si la réalité s’arrête au monde sensible, où se situe la conscience et ce que c’est, sur ces questions ils n’en savent pas plus que mon quinquisaïeul illettré et ils n’en sauront jamais rien.

VOIR cet article :

http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/05/le-cosmos-eurasiste-contre-le-chaos.html