: Jean-Michel Lemonnier, bloc-notes: théophanie
Affichage des articles dont le libellé est théophanie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est théophanie. Afficher tous les articles

dimanche 20 septembre 2015

Exaltation universelle de la Précieuse et Vivifiante Croix (14 septembre) et espace théophanique...

La Sainte Croix, saints Constantin et Hélène     

Nous n'abordons pas ici le thème du symbolisme de la c(C)roix. 

La fête de l'exaltation de la Sainte Croix commémore deux événements historiques : la célébration de la dédicace de la basilique du Saint-Sépulcre construite par Constantin en 335, après  la découverte de la Sainte Croix par Hélène sur le Mont calvaire (le Golgotha) en 326 et sa reconquête par l'empereur byzantin Héraclius en 630. La victoire de ce dernier marque, par incidence, la restauration du Saint-Sépulcre mis à sac par les Perses, donc finalement de la Croix sur le Gogoltha. Mais plus encore qu'une commémoration, il s'agit, comme nous l'avons déjà évoqué pour d'autres fêtes chrétiennes, de revivre ces événements par la régression aux origines, de redevenir contemporains de ces figures historiques. Il s'agit là du véritable sens de toute cérémonie religieuse, chrétienne ou non, d'ailleurs.
L'église du Saint-Sépulcre recouvre le lieu où Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, fut crucifié mais aussi le tombeau du Sauveur de l'humanité. Les esprits les plus matérialistes affirmeront que cet espace sacré, lieu de mort et de résurrection fut donc produit par Constantin et Hélène, il est, selon une autre optique, un espace hiérophanique donné, inné, sur lequel se manifeste le sacré, plus encore un espace théophanique, là où l'homme-dieu se manifeste et accomplit la promesse de Sa Résurrection. Plus encore, selon cette seconde approche c'est en ce point de l'écorce terrestre où devait se manifester le sacré qui préexistait à l'Incarnation de Jésus-Christ. C'est ce lieu qui fut choisi par le monde suprahumain bien avant la naissance du Christ. Il devait être le lieu d'une Révélation absolue, seule réelle pour l'homme religieux. C'est un lieu, un espace qualitativement différent du milieu qui l'environne. Même si nous sommes en Terre sainte (ou sacrée), selon l'expression...consacrée...et que la présence de Jésus-Christ sur celle-ci l'a sanctifiée, l'expression nie l'hétérogénité de l'espace sur cette terre d'Israël. 
Le Golgotha est, selon la Tradition, le lieu où Adam est né. Le crâne du premier homme, relique sacrée, aurait été trouvé en ce lieu. Or Jésus est le nouvel Adam. Il ne pouvait être d'autres lieux pour le martyr et la Résurrection du seigneur de l'univers. Disons que Constantin et Hélène n'ont fait alors que "confirmer" ou "instituer" le lieu. Ils l'ont, en quelque sorte, recosmisé après qu'il soit tombé dans l'oubli, dans l'histoire païenne romaine (construction d'un temple consacré à Venus sur cet espace sanctifié par le sang de Jésus-Christ répandu sur cette terre). Ils ont refondé un monde, (re-)créé un centre et, de fait, en l'occurrence, celui d'une religion instituée, historique et universelle. Ce centre, ce point de l'écorce terrestre sacré, (re-)sacralisé est devenu un centre du monde, le centre du monde pour les chrétiens malgré les assauts ultérieurs qu'il subira.

mercredi 5 août 2015

Transfiguration - Schimbarea la Faţă a Domnului, Iisus Hristos - et tradition populaire "Obrejenia sau Pobrejenia" - 6 août



Schimbarea la Faţă a Domnului, Iisus Hristos
Transfiguration de Jésus-Christ sur le Mont-Thabor : de gauche à droite Elie-Jésus-Christ-Moïse, en bas : Jacques, Jean et Pierre.
"Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, Moïse et Elie leur apparurent, s'entretenant avec lui." (Matthieu 17).
La Gloire rendue visible. Jésus confirme, à la suite de son baptême, sa nature divine : théophanie ou hiérophanie suprême, ontophanie... Par cette manifestation Jésus prépare le coeur de ses disciples "à surmonter le scandale de la croix"...à  la Passion, i.e. à toutes les souffrances que l'homme-dieu devra endurer : calomnies, trahisons, tortures... et, bien sûr, la crucifixion. C'est une grande Consolation.
Par cette Transfiguration, Jésus-Christ -vrai Dieu et vrai homme- révèle que (Lui, évidemment, mais aussi) chaque être humain est appelé à la vie éternelle. Mais, c'est l'univers tout entier qui sera finalement transfiguré, le régime existentiel de toute la Création qui sera définitivement changé après les Evénements.
Au-delà du constat après lecture du texte sacré : la Lumière sensible ("nuées") qui entoure les témoins de la Transfiguration, cet épisode de la vie du Christ nous dit aussi, et peut-être surtout, qu'une authentique vie spirituelle, une authentique conversion-union en Jésus-Christ est une métamorphose (tranfiguration), une métanoïa. Celui qui veut suivre Jésus n'a pas d'autre choix que de naître à nouveau pour accéder à un plan existentiel supérieur en qualité. Il faudra avant cela dépasser toute la colère, toute la haine rentrée, toute l'envie pour vaincre la cécité spirituelle (Kyrie eleison, Seigneur aie pitié).


En Roumanie, spécialement, comme lors de chaque fête religieuse, il existe une tradition populaire de type agro-pastoral, héritée du monde païen, qui cotoie donc la tradition liturgique/écclésiastique, avec ses réjouissances, ses interdits, ses simples constats liés à l'observation des cycles naturels et cosmiques : Coliva de struguri la mosii Schimbarii la Fata. L'automne approche, les oiseaux commencent à migrer...Eh oui, nous sommes aujourd'hui tellement déconnectés et presque insensibles à ces changements subtiles qu'affirmer qu'à la date du 6 août, l'été s'achève progressivement peut paraître aberrant pour "nous" modernes.

dimanche 15 février 2015

Liturgie orthodoxe, cosmique : exemple de la fête de la théophanie et du sacrement du baptême, une renovatio totale


La liturgie orthodoxe est une liturgie cosmique car elle convoque toute la Création, s'adresse au cosmos tout entier. Les fêtes liturgiques, le sacrement de l'eucharistie (action de grâce) réactualisation non sanglante du sacrifice christique, présentent un caractère cosmique clairement affirmé. C'est la création tout entière qui est bénie, de prime abord sanctifiée par la réactualisation des Evénements, des Temps forts de la vie du Christ. Prenons l'exemple de fête de la théophanie et du baptême. D'une part, lors de la théophanie (épiphanie catholique), le fidèle revit le baptême du Christ (qui révèle au monde sa nature divine) par la régression ab origine, c'est-à-dire en devenant contemporain de Jésus-Christ, il intègre l'époque où le Christ a vécu. Lors du sacrement du baptême, le croyant imite Jésus-Christ  en recevant le "don de l'Esprit" par abandon du "vêtement de corruption". Le baptême du Christ est un acte exemplaire qui a eu lieu à ce moment et qu'imite donc le fidèle. D'autre part, l'officiant bénit à la fois les eaux de la piscine baptismale mais également toutes les eaux de la Terre. Ainsi, l'acte rituel des "bains de la Théophanie" et la bénédiction des eaux chez certains orthodoxes sont un témoignage du caractère cosmique de la liturgie orthodoxe. Les fidèles orthodoxes reconnaissent à ce moment les vertus miraculeuses, guérisseuses, de ces eaux car par leur renovatio, elles acquièrent un nouveau statut intégrant le corps de Gloire de Jésus-Christ révélé comme seigneur de l'Univers, de toutes choses existantes, visibles ou invisibles. Le fidèle est purifié, par l'immersion meurt à l'ancienne vie et en sortant victorieux des eaux devient, à l'instar du Christ un nouvel Adam. La cérémonie rituelle a pour fonction de retrouver l'innocence primitive du premier homme au sein d'une nature non souillée, immaculée. L'apôtre Pierre dit que "le baptême sauve". Il sauve et produit le "nouvel homme" mais délivre aussi l'univers tout entier qui est sauvé des conséquences de la Chute originelle. Aussi, on ne peut pas dire que la nature est seulement sanctifiée par la bénédiction car, en effet, elle retrouve un caractère sacré. 
Le baptême est donc à la fois mort initiatique et renovatio individuelle pour le converti, tout autant que reconnaissance du caractère sacré des éléments de la Création : la nature (les eaux), elle-même est sauvée, rénovée. Le régime existentiel du baptisé tout autant que celui de la nature est bouleversé. Tout (animés et non-animés) accède à un mode d'être supérieur, différent de ce qui prévalait antérieurement. Par le sacrement, le cosmos est aussi est appelé à la Vie nouvelle. Nous sommes donc bien en présence d'une sotériologie cosmique. Ainsi, l'analyse assez répandue opposant paganisme et christianisme (soit d'un côté le sacré, de l'autre le saint ; par l'avènement du christianisme la nature ne serait donc plus sacralisée mais sanctifiée) doit être remise en cause. Le christianisme, surtout dans sa version orthodoxe, reconnaît donc bien en vérité la sacralité de la nature, des éléments, de l'univers dans sa totalité, le monde suprahumain y compris. 
Montage, JML, 2014
Voir aussi : 
http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2015/01/theophanie-et-bapteme-du-christ.html






mardi 6 janvier 2015

Théophanie et baptême du Christ (calendrier grégorien)

Si la date de célébration, ou plutôt de réitération rituelle, de l'épiphanie par les catholiques romains et des protestants est la même que pour les chrétiens orthodoxes chez qui l'année liturgique est établie à partir du calendrier grégorien, les orthodoxes utilisent le terme de théophanie pour ce moment de l'année liturgique qui correspond à la manifestation de Dieu (hiérophanie ou manifestation du sacré suprême). Pour ces derniers, il s'agit de célébrer ou revivre ce moment là qui a eu lieu in illo tempore, alors... i.e. le baptême de Jésus-Christ (boboteaza, terme spécifique, ou botezul domnului en langue roumaine) durant lequel ce dernier se manifeste  comme (fils de) Dieu. C'est l'accomplissement de la  promesse solsticiale, la victoire de la lumière sur les ténèbres, la révélation de l'essence de Jésus-Christ. La période des 12 jours, du 25 décembre au 6 janvier, est la période d'attente de cette réalisation qui est ontophanie. Jésus dévoile sa nature divine au monde, comme la Lumière s'affirme comme seule vérité face à l'obscurité...

lundi 22 décembre 2014

La lumière qui s'éteint - Mircea Eliade, partie II : metanoïa, nouveau solstice

La lumière qui s'éteint, p. 264 - Manuel, dieu païen
Extrait : la métanoïa de Manuel, l'un des héros du roman, participant au rituel orgiaque dans la bibilothèque -lieu initiatique- qui prendra feu (comme celle d'Eliade bien des années plus tard...événement traumatisant pour cet érudit, savant majeur du XXe s.)  Voir ici : http://jeanmichel-lemonnier.blogspot.fr/2014/06/la-lumiere-qui-seteint-mircea-eliade.html

Ce paganisme est très nietzschéen dans ses valeurs. L'homme qui devient dieu est en réalité le surhomme, le créateur de valeurs. Le chaos destructeur réalisé grâce au rite  orgiaque (au début du roman) aboutit à la création de nouvelles valeurs portées par Manuel, l'Emmanuel, c'est-à-dire "Dieu est avec nous (avec lui)". Le rituel orgiastique fut bien un évenement comparable au  "25 décembre", à un solstice (le soleil qui "s'arrête" et adopte un nouveau mouvement), à une victoire de la Lumière sur la Ténèbre (Dies natalis solis invicti). C'est à la fois une cratophanie et une théophanie (hiérophanie suprême). On a vu qu'Eliade pouvait très bien faire référence aux comportements des phibionites. Avec ce passage, l'auteur nomme  l'hindouisme. Le savant roumain évoque, de toute évidence, la consubstantialité dieu-esprit (ou âme)-lumière-semen virile dont on retrouve la trace dans les constructions religieuses indo-aryennes. N'oublions pas qu'Eliade, loin de défendre une tradition et d'en montrer la supériorité par rapport à telle ou telle autre, a montré à travers ses recherches, à l'instar de Guénon, l'unité des différentes traditions religieuses présentes et passées. 
Or donc, le paganisme de Manuel est tout autant hindouiste que nietzchéen. Manuel est Shiva, destructeur et créateur. La destruction se fait sur le plan physique -la bibilothèque détruite par le feu régénérateur- et sur celui des valeurs. Manuel, le jounaliste (quelle profession plus médiocrement moderne ?) découvre que tout était faux jusque là. Désormais, il a enterré Dieu, le dieu chrétien ou plutôt le dieu des chrétiens (aussi lâche et médiocre qu'eux, à leur petite hauteur...),  il ne tremble plus devant l'univers, devant l'immensité du cosmos, il n'a plus ni terreur ni effroi. L'homme fait l'expérience de la solitude cosmique...Il devient lui-même un dieu...païen. Manuel devient Shiva Nataraja, le danseur cosmique. La voie de la délivrance vient par la danse dans le monde religieux hindouiste.  Manuel-Shiva détruit les anciennes valeurs et en crée de nouvelles à l'infini, c'est l'éternel retour des cycles de destructions et de créations (différent du sens nietzchéen). 
La danse cosmique de Shiva
Source non identifiée
A partir de ce passage, on peut peut-être considérer, par déduction, que les  trois acteurs du rituel dans la bibilothèque à savoir Melania, le professeur et Manuel incarnent symboliquement trois divinités (avant d'acquérir leurs qualités, au moins dans le cas de Manuel le double "sombre" dans le sens de "caché" et "non controlé"du bibliothécaire Cesare héros principal du roman. Cesare est-il simplement schizophrène du fait de sa difficulté à interpréter le réel ou plus encore atteint du trouble de la personnalité multiple, ce qui ne serait pas contradictoire avec son "état", la maladie comme signe divin, phénomène transitoire vers la délivrance, sa recosmisation ?...) : Shakti, Kali ou plus sûrement Parvati, le principe féminin suprême, la Lumière, est Mélania et les deux divinités complémentaires Shiva et Vishnu (Hari Hara) sont Manuel et l'universitaire? En effet, Parvati procrée en même temps qu'elle détruit les illusions et l'ignorance, Shiva détruit lui aussi pour créer ensuite un nouveau "cosmos". A travers ces interprétations et "incarnations", on lit la prostitution sacrée telle que pratiquée, par exemple, autrefois dans certains temples hindouistes ? L'acte sexuel qui imite l'acte divin de hiérogamie (imitation de la syzygie), est donc un rite initiatique, ici effectué dans la bibilothèque-temple brûlée par le feu de Shiva (attribut phallique porteur du feu infini) donne naissance à "l'homme nouveau", ou plutôt au surhomme affranchi des contraintes de ce monde, un dieu finalement, si on doit le comparer aux autres hommes de condition spirtuellle misérable.

Dernières remarques. Ce dieu païen "au-delà de toutes catégories", s'oppose en tout au "dernier homme", au médiocre petit homme gris de notre ère, bien dans son époque, éternel satisfait de sa  condition, de ses centres d'intérêts qui ne dépassent guère son horizon immédiat, abruti par son travail, ses loisirs, son absence de convictions profondes etc.  Notre époque hypermoderne semble être réellement celle du dernier des hommes, de ce nouveau type anthropologique, de cet être faible moralement (homme ou femme), construit sur un mode hystérique, arrogant, sarcastique et stupide, ce narcisse dégénéré, imbu de lui-même  (sans pouvoir s'avouer consciemment qu'il se déteste pronfondément), pousseur de caddie dans les galeries marchandes -non-lieux- du supermarché mondial.."Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos. Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. Malheur ! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même.Voici ! Je vous montre le dernier homme." Nietzsche, "Ainsi parlait..."

Prophétie réalisée...







Pour une lecture nietzschéenne des évangiles, le bon livre d'Eric Edelmann :